‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 56 sur 178 · CHAPITRE XXXIIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIi

réduisaient à des actes individuels, n'étaient imputables ni à Tune ni à l'autre des deux grandes opinions nationales. Au lieu d'une conspiration redoutable organisée avec mystère, on ne trouva que des tentatives isolées et locales. On constata 635 déclarations suspectes, dont 1rs auteurs appartenaient à peu près en nombre égal aux deux camps rivaux (1). I^ gouvernement n'en crut pas moins devoir prendre des mesures pour mainlenir dans notre système électoral la sincérité qui en fait la base essentielle. Il présenta aux Chambres une série de mesures que celles-ci adoptèrent, quelques semaines plus tard, à une majorité considérable (3). L'opposition s'était imaginé que ce terrain était propre à servir de champ à une nouvelle bataille. Avec ime grande habileté, elle s'efforça de prouver que l'ancienne majorité avait disparu depuis le traité de paix, qu'un classement nouveau s'était opéré depuis cette époque ; et à l'appui de cette argumentation elle citait des noms de l'ancienne majorité qui figuraient aujourd'hui dans la minorité, et d'autres noms qui, appartenant jadis à la minorité, se trouvaient maintenant parmi les soutiens de la politique ministérielle. C'était étrangement dénaturer la question. Sans doute, plusieurs membres de la Chambre s'étaient placés, depuis trois années, sous une bannière qu'ils n'avaient pas suivie pendant une grande partie de leur carrière parlemen-

(0 M. Nothomb allait même plus loin : o Ces tenfativcSf dit-il, sont dues à toutes les opinions, et je n'hésite pas à dire qae les 393 déclarations de patentes snr le total de 035 déclarations suspectes, sont dues en majeure partie à l'opinion que l'on voudrait présenter comme com* plétement hors de cause. »

(2) Loi du i*r avril I8i3.

4^0 13 AVRIL 1841 — 16 AVBiL 1843.

taire. Les luttes incessantes de la tribune et de la presse n'en fournissaient que trop de preuves! Mais ce fait, très-rcgrellable sans doute, ne concernait que les indi-» vidus et ne portait aucune atteinte aux doctrines ellesmêmes. Ce que voulait le ministre de l'Intérieur, ce qui consliluait la base de son système, ce qui depuis deu^ ans faisait sa force et sa gloire, c'était l'existence d'une majorité mixte composée de libéraux et de catholiques. Ce qu'il repoussait, ce qu'il condamnait comme funeste au pays, c'était le gouvernement à l'aide d*une majorité homogène, c'est-à-dire purement libérale. Or, il fallait fermer les yeux à la lumière, il fallait nier l'évidence,, pour ne pas avouer qu'une majorité mixte et modérée existait au sein des Chambres et servait d'appui aux ministres.

M. Nothomb fil ressortir cette vérité avec un rare bonheur. Pas un contemporain n'aura perdu le souvenir de l'effet immense que produisit son langage à la fois ferme et modéré, éloquent et lucide. On remarqua surtout les accents pathétiques qu'il trouva dans la partie de son dis-* cours où il fut amené à parler de sa vie passée et de l'abandon de ses amis politiques. Il rappela à M. Lebeaii les paroles suivantes, que l'honorable membre avait prononcées dans une discussion politique de 1833 : « C'est »au centre que j'ai planté ma bannière, c'est là que je »resterai, dût-on me taxer de doctrinaire, de juste-mi- »lieu et d'autres graves anathèmes, inintelligibles pour » ceux-là mêmes qui les prodiguent!» Et lorsque l'ancien ministre de la Justice lui cria que cette bannière était le drapeau du libéralisme, M. Nothomb lui répondit aussitôt: «Vous vous trompez. Ce n'était le dra-

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