CHAPITRE XXXII
»peau ni de rim ni de l'autre carap; il eût été absurde »de le prétendre; on ne pouvait planter au centre le x>drapeaude l'un des deux camps; au centre, l'un et Dl'autrede ces drapeaux se fussent trouvés déplacés, »Et si vous vous étiez emparé du drapeau du libéra- »lisme pour le planter au centre, que devenait le camp «libéral, désormais sans drapeau? » Il termina son discours par quelques mots profondément sentis, qui produisirent une impression visible sur tous les bancs de la Chambre. « H y a,» s*écria-t-il , «dans la vie des p jours douloureux; c'est le jour où Fox et Burke se » séparent. C'est le jour des grands conflits entre les «missions politiques et les amitiés privées. Les amitiés «privées viennent quelquefois à se briser: mais ne se «forme-t-il pas de grandes amitiés politiques, en quel- «que sorte, entre les hommes d'Etat et les assemblées «délibérantes? N'était-ce pas une grande amitié politique «que cette alliance qui a si longtemps existé entre vous «et la majorité mixte, devenue tout-à-coup, en avril «1841, l'objet de votre proscription? N'avez-vons rien «éprouvé ce jour-là? N'avez-vous pas hésité lorsqu'il «s'est agi de quitter le terrain commun où nous étions «depuis dix ans et de rompre avec cette vieille majo- «rité, en la jetant comme une proie aux passions du «pays (1) ? î>
Ces paroles éloquentes trouvèrent un écho sympathique dans le cœur de tous les membres de la majorité des deux Chambres. C'était avec un profond regret que
(1) Discours du 18 mars 18i3. Le discours de M. Nolhomb, dont tous les contemporains ont conservé le souvenir, a été public en brochure, sivcc une introduction cl des noies, firux. Dcltombc, i845, in-S".
les hommes fidèles au programme de 1830 voyaient M. Lebeau et M. Rogier, qui avaient rendu tant de services au pays , se faire les alliés , les défenseurs, les chefs de celte même fraction du libéralisme que, dans les phases les plus importantes do leur carrière ministérielle, ils avaient constamment rencontrée parmi leurs adversaires les plus implacables. C'était avec une douloureuse surprise que les catholiques se voyaient réduits à combattre deux promoteurs de V Union, deux conseillers du Régent, deux fondateurs de Tindépendance nationale, deux chefs de cette majorité mixte qui^ depuis la réunion du Congrès, avait résolu tous les grands^ problèmes de la politique belge. La crise de 1841 semblait avoir élevé une barrière infranchissable entre la majorité des Chambres et les ex-ministres que l'adresse (lu Sénat avait privés de leurs portefeuilles. Le grand parti de Tordre se fractionnait en deux camps hostiles, pendant que la démagogie européenne étendait sa propagande, préparait ses armes et multipliait chaque jour ses phalanges militantes.