‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 6 sur 178 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

son entrée au cabinet, c'était sa qualité de député deGand ei sa naissance dans les Flandres (1). Repoussant avec dédain le drapeau de TUnion sous lequel il avait lui-même combattu pendant dix années, M. Devaux enveloppait dans un blâme commun les catholiques qui avaient offert et les libéraux qui avaient accepté le partage des portefeuilles. Les derniers « avaient retardé Vavénement définitif de leur parti au lieu de le hâter (2).» — Et cependant M. Devaux se plaignait avec amertume des commentaires des publicistes catholiques qui Taccusaient de viser au renversement du ministère. Il ne voulait, disait-il, ni raffermir ni ébranler le cabinet (3) ! Mais alors à quoi servaient les pronostics, les traits, les mercuriales et les réquisi* toires de la Revue nationale ?

D'autres symptômes d'affaiblissement se manifestaient au sein de la législature.

Une fois entré au pouvoir, M. Ernst avait promptement conquis les sympathies de tous les hommes modérés des deux Chambres. Doué d'un remarquable talent oratoire, jurisconsulte éminent, administrateur zélé et habile, toujours sur la brèche pour défendre les droits et les intérêts de l'administration centrale, il avait pris une part active à toutes les mesures que le cabinet de M. de Theux pouvait invoquer comme un titre à l'estime et à la confiance du pays. C'était en grande partie à ses efforts personnels qu'on devait la loi du 22 septembre 1835 sur l'expulsion des étrangers qui troublent l'ordre public, loi dont la présentation avait été l'une des condi-

(i) Revue nationale, T. I«", p. 47i.

{%lbid.,T. II, p. 85.

15) Ibid.i p. 86.

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lions de son entrée au ministère, et celle, plus important» encore, du 45 mai 4838, qui modifia si heureusement rinstilution du jury. Son passage au département de la Justice avait été marqué par des améliorations larges et durables. Inaccessible aux obsessions et à l'intrigue, portant la sévérité jusqu'au scrupule dans la collation des emplois de Tordre judiciaire, il avait forcé ses adversaires eux-mêmes à rendre hommage à son impartialité rigoureuse. La magistrature et les Chambres lui tenaient compte de cette fermeté inébranlable dans l'accomplissement de tous ses devoirs, et la promptitude avec laquelle il avait déposé son portefeuille, au moment où le cabinet s'engagea dans une voie qu'il croyait dangereuse, n'avait fait que raffermir l'estime dont son nom se trouvait justement entouré dans les régions officielles et dans les masses. Quel que soit le mérite de son successeur, le départ d'un homme de la valeur de M. Ernst laisse un vide difficile à combler (4).

(1) De 1833 à iSiO, M. Ernst avait occupé une place éminente dans les débats parlementaires. Ses rapports sur la loi relative aux extraditions et sur la rcorf^anisation de rÂcadémie royale, sa participation aux travaux de la commission chargée de préparer un projet de loi sui* l'enseignement supérieur, son intervention active dans les débats qui précédèrent l'organisation communale et provinciale, dénotent un esprit ferme, élevé et lucide. Nous avons déjà fait connaître le rôle qu'il remplit dans un incident relatif à la Société générale (T. III, p. 216).

Gomme administrateur, il s'occupa avec une grande sollicitude des établissements de bienfaisance et de l'amélioration du régime des prisons. Il introduisit dans ces dernières les Sœurs de charité dont la présence a produit tant de résultats utiles. C'est à lui qu'on doit la fondation du pénitencier de Namur, pour les femmes condamnées à un emprisonnement de plus de six mois , et la pensée première d'un établissement de même nature pour les jeunes délinquants, dans les édifices de l'ancienne abbaye de Sl-Hubert.

On nous a fourni la preuve que M. Ernst, peu désireux du pouvoir, avait longtemps repoussé les offres de M. de Theux avant d'entrer dans

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