‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 7 sur 178 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

La retraite du baron d'Huart n'était pas moins fâcheuse. La franchise et la loyauté de son caractère, qui lui valaient des amitiés chaleureuses sur tous les bancs de la représentation nationale, avaient puissamment contribué au maintien de la concorde entre les fractions diverses et plus ou moins dissidentes qui marchaient sous le drapeau de 1830. Placé jeune encore à la tête de Tune des administrations les plus importantes et les plus difficiles, il y avait déployé des qualités rares qui, se développant avec une rapidité merveilleuse, lui procurèrent en peu de temps une autorité prépondérante parmi les sommités delà finance. En 1836, alors que les calomnies de la presse étrangère représentaient le gouvernement belge comme dépourvu de toute estime à l'intérieur même du pays, il ouvrit un emprunt de 30 millions de francs par la voie d'une souscription publique, et la promptitude avec laquelle la nation répondit à son appel suffit pour raffermir le crédit de l'Etat et nous relever dans l'estime de l'Europe. On le savait éclairé, habile, juste, implacable pour l'agiotage. Son départ, de même que celui de M. Ernst, avait incontestablement affaibli la position de ses collègues restés au banc des ministres (1).

la combinaison mixte de 1834. — Il avait exigé la présentation de la loi du 22 septembre 1835, pour mettre un terme aux expulsions par simple arrêté royal.

(1) L'emprunt décrété par la loi du 18 juin 1836 est un épisode plein dMntérét de notre histoire financière. Le gouvernement avait été autorisé à contracter l'emprunt jusqu'à concurrence d'un capital nominal de trente millions. Se procurer cette somme par l'entremise de quelque maison de banque , à l'exemple de ce qui s'était fait en 1831, eût été le moyen le plus simple; le sort de l'emprunt eût été immédiatement assuré. Mais M. d'Huart , tout en recherchant les conditions les plus avantageuses pour le trésor public, avait à cœur d'affranchir le pays du

12 8 juiw 1839 — 6 avril 1840.

Quand un cabinet^ formé à la suite d'un programme de conciliation, voit s'éloigner deux de ses membres les plus éclairés, H est rare que le remplacement de ceuxci lui rende Tinfluence et la force dont il disposait avant leur retraite. Il en est surtout ainsi quand la dislocation ministérielle a pour cause un de ces événements imprévus qui provoquent les passions populaires, alarment le patriotisme et exercent une action décisive sur les destinées de la patrie. L'attitude à la fois prudente et énergique du gouvernement dans la négociation du traité de paix était loin d'être généralement comprise. Une partie de la nation, prenant ses vœux pour la réalité, persistait à croire que l'Europe aurait reculé devant la résistance armée des Belges. La presse» continuant une

patronage onéreux des grands capitalistes. II croyait que la dignité nationale» de même que la liberté d'action du gouvernement pour d'autres opérations financières à efTcctuer dans l'ayenir» y étaient vivement intéressées. Il voulait aussi saisir l'occasion de mettre en évidence,, d'un côte les forces financières du pays, de l'autre, la confiance de toutes les classes dans l'avenir de nos institutions nouvelles. Le mode d'une souscription publique lui parut le seul propre à produire ce double résultat, et , le 5 juillet 1856, un arrêté royal en régla les conditions. L'emprunt était divisé en 50,000 obligatioas de 1,000 fr. chacune, à l'intérêt de i^ct au prix de 92 fr. pour 100 fr. de capital nominal. Les souscriptions devaient être précédées d'un dépôt de garantie de 10 '^lo au moins du capital souscrite à fournir soit en numéraire , soit en obligations de l'emprunt belge 5 °io , soit en bons du trésor. Le 26 juillet était le jour fixé pour la souscription , et le lendemain le Moniteur en fit connaître le résultat. — Toutes les prévisions élatent dépassées. Les souscriptions partielles s'élevèrent à la somme énorme de 691,073.000 fr., ce qui donna pour chaque action souscrite un prorata de fr. i3,ii pour 1000 fr. Les dépôts de garantie dépassaient 70 millions , dont 42 millions en numéraire ! — A cette époque le prix de 92 fr. pour un capital nominal de 100 francs, à l'intérêt de i'*io « était très^élevé; mais î'efi'et moral fut bien autrement important. La nationalité belge venait de donner aux puissances étrangères une preuve irrécusable de sa vilalilé, et, à l'intérieur même du pays , l'impression produite par cet éclatant succès exerça sur la politique une sérieuse et utile influence.

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