‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 9 sur 178 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

versette accueillit cette mesure. Le public ne se rendait pas compte des motifs qui avaient dicté la décision mi-^ nîstérielle, et peu de noms étaient aussi impopulaires, que celui du général Van der Smissen. Au lieu de chercher l'explication de l'acte dans le texte du traité de paix et dans le désir d'être utile aux habitants du territoire cédé, les journalistes de l'opposition affirmaient que l'admission du général dans les cadres de l'armée avait pour cause unique la crainte des révélations importunes, d'un conspirateur de d83i. Le général, disait-on, avait proféré des menaces; il avait manifesté le projet de publier un mémoire compromettant pour une fouie de personnages placés dans les rangs les plus élevés de l'administration nationale. Le gouvernement, redoutant lui-même la révélation de ces turpitudes, avait acheté le silence d'un traître, en lui jetant sur l'épaule des insignes de général belge! Dans l'armée surtout, l'arrêlé du 48 juillet avait provoqué une répulsion insurmontable. Les officiers subalternes déclaraient hautement qu'ils ne rendraient pas les honneurs militaires à l'homme expulsa des cadres par un arrêt du premier tribunal militaire x\u royaume. Toujours fidèle, mais humiliée d'avoir assisté, l'arme au bras, à l'exécution d'un traité quf mutilait le territoire, l'armée voyait une humiliation nouvelle dans la restitution de la cocarde belge à l'exgénéral Van der Smissen.

Ces sentiments se firent jour dans la Chambre des. représentants, et, contrairement à l'attente générale, elles amenèrent la dissolution du ministère.

Comme toutes les assemblées délibérantes , le parlement belge avait eu ses. entraînements passionnés et;

18 8 juiî^ 1839 — 6 AVRIL 1840.

même ses heures d'injustice ; mais on y avait toujours trouvé un patriotisme ardent, un dévouement sincère à la nationalilé, un sentiment profond et vif de la dignité du pays. La restitution de l'uniforme et de la cocarde au condamné de 1831 blessa les susceptibilités patriotiques de la Chambre populaire. Par l'organe de son rapporteur, M. Brabant, la section centrale chargée de l'examen du budget de la guerre déclara a qu'elle avait vu Davec regret la conduite du gouvernement dans la réin- »tégration du général Van der Smissen. » Ce fut en vain que, dans la discussion publique, ouverte le 13 mars, le cabinet s'efforça de repousser ce blâme, en restituant à l'acte incriminé le seul caractère qui lui fût propre, celui d'une application large et généreuse du traité de paix. Les efforts des ministres furent loin d'aboutir au résultat désiré. Renchérissant sur les paroles du rapporteur de la section centrale, M. Dumortier proposa de retrancher des allocations du budget le traitement de non-activité destiné à Van der Smissen.

Le ministère s'était trompé. Sans doute, au point de vue de l'amnistie proclamée par le traité, toute poursuite à charge des conspirateurs de 1831 était désormais' inadmissible; mais il n'en résultait pas que le nom du général dût être replacé sur les contrôles de l'armée. Le décret du 5 mars i831 déclarait déchus de leur grade les officiers de la garde-civique et de l'armée qui, étant en activité au moment de sa promulgation, n'auraient pas prêté dans le mois suivant le serment constitutionnel prescrit par le Congrès national. Yan der Smissen n'avait pas rempli cette formalité. Peu importait que sa Cuite eût été motivée par le désir de se soustraire à l'at*

Page 1