CHAPITRE XXXV
il affirmait que le cabinet et les Chambres devaient largement tenir compte des droits et de l'influence de l'opinion libérale. Un parti qui dispose de la majorité des villes et qui compte dans ses rangs une foule d'hommes honorables et distingués doit être respecté dans les limites de ses droits et dans la mesure de son importance. Méconnaître cette vérité > placer le parti libéral parmi ces fractions impuissantes qu'on peut impunément rejeter de toutes les sphères où s'agitent les influences officielles, ce serait s'engager dans une voie pleine de mécomptes pour soi-même, pleine de périls pour l'avenir de la monarchie conslilulionnelle, pleine de redoutables éventualités pour l'indépendance du pays. Mais les catholiques ne se rendaient point coupables de cette faute politique, de ce déni de justice parlementaire, puisqu'ils se contentaient du partage des portefeuilles. M. Devaux , qui reprochait à ses adversaires de ne pas priser assez haut Tinfluenee des idées libérales, commettait précisément cette en*eur à Tégai'd des idées catholiques. Le caractère distinetif des théories de la Revue nationale n'était-ce pas celte persistance à l'éclamer le pouvoir pour soi, l'obéissance et la résignation pour les autres?
On a vu que le pays refusa d'abord de ratifier cet ostracisme politique. Le libéralisme était incontestablement en progrès, mais les élections de 1843- n'en laissèrent pas moins au gouvernement une majorité considérable. Malgré les efl'orts chaque jour plus énergiques de toutes les nuances de l'opposition , elle réunissait rarement, dans les circonstances les plus favorables > une phalange de 23 volants. Sous peine de
méconnaître les notions les plus élémentaires du régime constitutionnel, le cabinet et la majorité du parlement étaient donc en droit d'attendre le verdict électoral de 1845.
Tel n'était pas l'avis du directeur de la Revue natio^ nale. Impuissant à contester Va quantité^ il se mit résolument à discuter la qualité de la majorité gouvernementale (1). Mettant habilement à profit les succès électoraux obtenus par ses partisans dans quelques centres populeux, il lit une distinction injuste et blessante entre les députés des villes et ceux des districts agricoles. « Les représentants libéraux, » disait-il, « ne i)Succombent que dans les petites localités, où manque »la vie politique, où l'on prête peu d'attention aux DafTaires du gouvernement, où la presse locale est nulle. » C'est, au contraire, dans les centres les plus éclairés, »où les affaires générales du pays préoccupent le plus ^les esprits, où toutes les questions de choses et »d'hommes sont contradictoirement discutées chaque •jour par des journaux de couleur diverse, c'est là que » l'opinion catholique échoue.» Le tableau n'était pas tracé avec une exactitude rigoureuse. La lutle électorale n'existait pas précisément entre l'opinion catholique et l'opinion libérale, mais bien plutôt entre les partisans de la majorité mixte, personnifiée dans le cabinet, et les partisans d'une majorité libérale homogène, représentée par les défenseurs du cabinet de 1840. Or, si
(I) Cependant, mémo au sujet de la qualité ^ M. Devaux commit parfois des erreurs singulières. Dans un article consacré au résullal des élections de 1843, il rangea MM. de Corswarem et le prince da Cliimay parmi les partisans dt ses doctrinej {Btvm nationalt, 18i5, T. ÏX, p. 57).