‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 91 sur 178 · CHAPITRE XXXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXY

quelques candidats du gouvernement avaient échoué dans tes villes les plus importantes du pays , d'autres y avaient obtenu un nombre considérable de suffrages. A Tournay, MM. Dumortier et Goblet ; à Bruxelles , MM. Van Volxem, Meeùs et Coghen; à Gand, MM. Desmaisières, Kervyn et de Saeger; à Namur, MM. Garcia et Brabant, avaient été élus en parfaite connaissance de cause. Et quand même toutes les villes importantes se fussent coalisées pour repousser les candidats du ministère, était-ce une raison suffisante pour établir à leur bénéfice le vasselage politique des districts ruraux ? Etait-il juste et légal de s'emparer de ce fait pour efl^cer le texte de la Constitution qui proclame que chaque député représente la nation entière , et non pas seulement l'arrondissement qui lui accorde la majorité des suffrages? Ainsi qu'on devait s'y attendre, la presse quotidienne s'empara de l'opinion de M. Devaux, pour la commenter avec son ardeur et son adresse habituelles. Comme les élections de Bruxelles, de Gand et de Liège prenaient de plus en plus une teinte libérale, tandis que les arrondissements moins importants par leurs richesses restaient fidèles aux traditions du Congrès, les feuilles libérales 'proclamèrent audacieusement la suzeraineté électorale des villes populeuses. Les électeurs de ces villes étaient représentés comme formant le pays intelligent , tandis que tout district électoral accordant sa confiance aux catholiques était dépeint comme soumis à l'influence abrutissante du pouvoir occulte. Attribuant aux grandes villes le monopole de l'intelligence, des lumières et du tact politique, on arrivait naturellement à prétendre que leurs élus do-

valent posséder le pouvoir, alors même qu'ils se trouvaient en présence d'une majorité hostile ! C'était proclamer l'asservissement des deux tiers des collèges électoraux ; c'était miner le régime parlementaire par sa base! Cependant» à l'heure où ces étranges doctrines étaient professées à la tribune belge, l'Angleterre et la France voyaient les sommités de leurs parlements sortir, non pas des capitales de ces grands pays, maïs de quelques bourgs perdus sur l'immensité de leur territoire. En Angleterre, les districts secondaires envoyaient au parlement les Palmerston , les Stanley, les Graham , les Robert Peel. En France, M. Guizot, le chef avoué du parti conservateur, était le député de Lisieux; M. Thiers, le chef avoué de l'opposition , représentai! la petite ville d'Âix ; M. Dupin , le président de la Chambre élective, était le candidat du bourg de Clamecy : tandis que Paris , confiant ses intérêts à des^ hommes dont l'opposition inintelligente amena la catastrophe de Février, préludait, sans le savoir, a» choix des Caussidière, des Loui^ Blanc, des Pierre Leroux,, des Eugène Sue. Qu'on place, aujourd'hui encore, les. destinées de la France aux mains des électeurs de Paris et de Lyon , et l'expérience sera bientôt faite! L'homme d'Etat est obligé de tenir compte de l'opinion des grandes villes, alors même que l'erreur les domina et que la passion les égare ; mais elles n'ont pas le droit d'aspirer au monopole de l'influence politique. Si leurs murs renferment plus de lumières scientifiques , plus d'activité industrielle, plus de richesses, elles abritent aussi plus de corruption, plus d'immoralité, plus de passions cupides. Par cela même que les électeurs s'y

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