‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 93 sur 178 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

contre la dignité de ses adversaires ; on lui attribuait le rôle infâme d'inoculer à la jeune Belgique « les vices de la décrépitude; » on annonçait que Tesprit qui soufflait autour de lui pouvait conduire à la démolition des forteresses et au remplacement de Tarmée « par \ine » économique gendarmerie (1); j> on humiliait le pays en disant qu*il avait à sa tête une administration puisant toute sa force dans « cette ressource des petits ^expédients, dans l'emploi de laquelle un pouvoir sans » dignité et sans conviction est destiné à s'abaisser chaque »jour d'u» degré, jusqu'à ce que l'homme d'Etat soit » descendu à la hauteur de celui du funambule de la 9 foire (2). » Puis, quand l'irritation , grâce à ces paroles imprudentes, se manifestait dans les classes lettrées, dans la bourgeoisie, dans la hiérarchie administrative, dans la jeunesse, et même dans une partie de l'armée, les amis de M. Devaux se basaient sur cette irritation même pour décH^rer la politique unioniste impossible !

Ce n'est pas que H, Devaux partageât à l'égard des catholiques les passions et les haines qui distinguaient ^n. grand nombre de ses coreligionnaires politiques. Son intelligence élevée lui faisait apprécier les éléments de moralisation, d& conservation et d'ordre qui se trouvaient représentés au sein de la majorité parlementaire. Il ne désirait pas « un triomphe absolu, exclusif, bru- »tal, oppresseur (3). » Il ne voulait pas exclure les catholiques des fonctions lucratives de l'Etat ; il crai-

(1) Revue natiùnale, T. XI , p. 187, 18d et 192.

(2) Ibid., T. IX, p. 56.

(3) T. IV, p. 88.

gnait même de voir décroîlre leurs forces au-delà d'une certaine mesure (1). De temps en lemps, il se relâchait de la rigueur de ses prétentions, pour déclarer qu'il ne verrait pas d'inconvénient à leur donner une position secondaire au sein du ministère (2). Un jour, rendant aux catholiques un hommage précieux sous sa plume, il écrivit ces lignes significatives: « L'opinion catholique »a rendu de très-grands services à la révolution et par «conséquent au pays et à sa nationalité. Elle a beaucoup »ardé à développer k révolution et à la rasseoir; elle »a le mérite d'être soumise à l'influence d'un intérêt

»moral... Oui , nous nous sommes demandé quelque- :»fois si, dans rintérèl de la nationalité et pour mieux » conserver à celle-ci un caractère propre, il n'était pas »à regretter que la Belgique tout entière n'appartînt pas »à cette opinion.... Mais la politique d'un Etat ne s'é- »tablit ni sur des regrets ni sur d€S désirs: son point »de départ, ce sont les réalités, les faits. Or, un fait »donl, à moins de fermer les yeux à la lumière, il est » impossible de ne pas reconnaître la gravité, c'est que i^ropinion libérale tient une place considérable dans les »grandes influences du pays, c'est que les forces de cette «opinion croissent d'année en année.... (3).» M. Devaux possédait trop de lumières pour ne pas savoir que le jour même où les catholiques disparaîtraient complètement de la scène politique, le rôle de Topposition serait immédiatement saisi par le radicalisme révolutionnaire.

(1) T. XII, p. 125 et 126; T. XIII, p. 305. — M. Devaux a plusieurs fois protesté contre l'imputation de vouloir exclure les catholiques des emplois publics. T. VIII, p. 286; T. X, p. 146.

(2) T. VIII (1843), p. 214, T. XII, p. 306.

(3) Revue nationale, T. XIII (1845), p. 504.

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