CHAPITRE XXXV
li voulait non pas anéantir leur influence, mais les réduire à la condition de minorité permanente; bien plus, il exigeait que les catholiques acceptassent librement cette position de dépendance et dinfériorité éternelle. Il ne se bornait pas à revendiquer le pouvoir pour ses amis; il voulait en outre leur procurer une opposition patiente, résignée, raisonnable et commode. Malheureusement, si des plans de ce genre sont faciles à combiner dans le silence du cabinet, ils ne résistent pas un seul jour au souffle de la réalité. Le parti qui proclamerait $on exclusion perpétuelle du pouvoir se condamnerait par ce seul fait à un anéantissement rapide et inévitable! Des hommes politiques, relégués à jamais dans les rangs de la minorité , lutteraient en vain dans Tarcne électorale, contre des candidats que recommanderaient les sympathies des ministres, le concours du parti victorieux et la perspective dos faveurs officielles : la dispersion de leurs phalanges serait l'œuvre d'une seule campagne. Sans le savoir , le directeur de la Revue demandait, non pas Tinfériorité, mais l'anéantissement de l'influence des catholiques dans les régions gouvernementales.
Malgré son incontestable bonne foi , malgré la droiture de ses intentions, M. Devaux s'était chargé de la défense d'une thèse inconciliable avec les faits, avec l'équilé politique, avec les saines traditions constitutionnelles. Quand on dépouille ses arguments des séductions de la forme, quand on pénètre au fond de ses doctrines, <|uand on pèse ses griefs dans la balance de l'équité et de la raison, on découvre une foule d'erreurs graves, de formules hasardées et de propositions contradictoires.
Mais il n'est pas raoins vrai que, présentées avec art, développées et commentées avec une certaine modéralion dans les formes, ces idées devaient sourire, nonseulement aux libéraux déjà séparés de l'Union, mais encore à ceux qui, restés fidèles aux traditions do t830, assislaient avec effroi aux luttes chaque jour plus ardentes de la tribune et de la presso. Comme les amis de M. Devaux s*engageaient à être impartiaux et justes envers les catholiques, une partie du corps électoral' se plaça de leur côté, dans Tespoir de ramener ainsF le calme et la paix dans l'enceinte des Chambres. On se berçait de l'espoir chimérique de contenter les libéraux, sans priver les catholiques des droîls, des libertés et des avantages qu'ils avaient conquis en 1830. Chaque jour les rangs des unionistes s'éclaircissaient au profit de h, gauche, et le directeur de la Revue nationale finit par devenir l'âme et le drapeau d'une armée redoutable.
Il est vrai que M. Devaux ne s'était pas seul montré sur la brèche. Peu de temps après la fondation de la Revue ^ le libéralisme avait acquis des auxiliaires d'un dutre genre. Les orangistes et les démocrates lui avaient apporté le concours de leurs forces militantes.
Ainsi que nous l'avons dit, la dissolution des dernières phalanges de l'orangisme date du traité du 19 avril. C'était en vain que les chefs multipliaient les banquets et les réunions clandestines qui avaient jusque-la servi de stimulant et de lien aux fidèles. La pitoyable et ridicule issue de la conspiration de 1841 dissipa les illusions les plus vivaces. A l'exception de quelques fanatiques incorrigibles , les hommes énergiques du parti passèrent avec armes et bagages dans le camp du