‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 96 sur 178 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

tous tes royaumes de la terre; après avoir amèrement reproché à l'Eglise sa sollicitude pour réducation religieuse des masses; après avoir évoqué les ombres de Joseph II, des héros de la Rochelle et des victimes des dragonnades de Louis XIV, l'orateur résuma les prétentions de la maçonnerie nationale dans une de ces phrases énergiques et concises qui dispensent de tout commentaire : « Il faut y » s'écria-t-il, « établir autel "b contre autels enseignement contre enseignement (1) f i>

Radicaux, orangistes, francs-maçons de tous les rites, libéraux de toutes les nuances, ennemis hier, alliés aujourd'hui , se mirent à l'œuvre avec une ardeur nouvelle.

Ainsi qu'il arrive toujours, les doctrines professées dans les régions supérieures de la société trouvaient un écho puissant dans la crédulité des masses. Celles-ci ne se bornaient pas à dénier au clergé catholique l'exercice de ses droits constitutionnels : avec cette redoutable logique de la foule, elles avaient ijmmédiatement aperçu les conséquences dernières de la propagande ultralibérale. Toutes les œuvçes de dévouement entreprises par le prêtre , les sacrifices qu'il s'imposait pour améliorer le sort des classes inférieures, les écoles qu'il fondait pour éclairer et moraliser le peuple, les asiles qu'il ouvrait à l'indigence, tous ses travaux et tous ses actes furent bientôt envisagés comme autant de manoeuvres habilement dirigées pour s'emparer de la suprématie politique. On attribuait à des mobiles

(1) Ce discours a élé publié parle Journal de BruœeUeSf n" du 6 février ISu5.

vulgaires, à des ambitions mesquines, à des calculs misérables, cette activité puissante et féconde qui, depuis dix-huit siècles» dans tous les pays, sous tous les régimes et à travers toutes les vicissitudes, forme le caractère distinctif du clergé catholique. Tandis que les chefs de Fopinion libérale étaient fermement résolus à ne pas sortir des voies légales, un déplorable esprit d'intolérance se manifestait dans les districts industriels. A Verviers, où le clergé séculier avait réclamé le concours de deux membres de la compagnie de. Jésus, plusieurs milliers de prolétaires firent entendra des menaces devant la demeure d'une famille hono-, rable, qui s'était chargée de l'entretien de ces religieux jnoffensifs. Le repos public était menacé au point que l'administration communale crut devoir se livrer à des démarches humiliantes pour apaiser l'émeute. L'ordre ne fut rétabli que sur la promesse que les deux jésuites ne viendraient pas à Verviers!

Certes, il n'était pas possible d'imaginer une violation plus manifeste, plus odieuse de la liberté des cultes et du droit constitutionnel d'association. Aussi la presse libérale s'em pressa- l-el le de blâmer ces excès révolutionnaires; mais, il est triste de le dire, la désapprobation était loin d'être sans réserve. Un journal de Liège, voyant une sorte de provocation dans l'appel de deux prêtres belges, publia ces lignes significatives : € Si nous traitons avec la sévérité qui leur est due des

• démonstrations d'intolérance, nous n'en blâmons

»pas moins l'imprudence qui a été la première cause de »ces désordres, en nous réjouissant toutefois qu'elle » n'ait pas reçu dans ces circonstances la leçon tcrribU

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