CHAPITRE XXXV
de leurs railleries les hommes qui parlaient d'une lutte prochaine entre les riches et les pauvres, entre le capital et le travail, entre Tordre et l'anarchie, elles saluèrent avec enthousiasme l'apparition du Juif errant d'Eugène Sue : œuvre immorale, où le mariage était nommé une action folle, égoïste, impie; œuvre antisociale, où l'organisation du travail était glorifiée avec emphase, où M. Louis Blanc était salué comme l'une des gloires du socialisme; œuvre révolutionnaire, où les rêveries de Fourier étaient appelées des théories immortelles. Il suffisait que le Juif errant fit la guerre aux jésuites; il suffisait que la Compagnie de Jésus fût lâchement accusée de marcher à la conquête du pouvoir par l'espionnage, la délation, la guerre civile, le meurtre, l'empoisonnement et l'incendie ! Le Juif errant obtint les honneurs de la reproduction dans les colonnes des neuf-dixièmes de nos feuilles libérales. Des pères de famille, des propriétaires, des hommes sincèrement dévoués à Tordre, lurent et commentèrent ces pages où TEglise apparaissait sous la forme d'une vaste arène peuplée d'intrigues infâmes et de crimes atroces, mais où la société civile, malgré des ménagements adroitement conservés dans la forme, recevait aussi des coups nombreux et terribles.. Des Belges, égarés par leurs passions politiques, se rendirent à Paris pour offrir au romancier une médaille porlant cette inscription pompeuse : Les libéraux belges à Eugè7ie Sue.., Sa plume foudroie l'hydre qui brava Rome et les rois! La semaine suivante, la loge la Persévérance , d'Anvers, adressa une plume d'or à Eugène Sue, et celui-ci répondit avec emphase :