‹ La belle argentièreChapitre 10 sur 42 · I. \ i;i:i.i,i: a it<ii:.\Ti i.hI · texte numérisé non relu

I. \ i;i:i.i,i: a it<ii:.\Ti i.hI

Or. le ,i;i'iililli(imiM(' y aniioiirail (|iril serait dr rcloiir d.iDS six on liiiil mois; donc, dt's ;'i )in's«'iil. on dcNail s'allfiidrc à 1(^ voir parailrf.

(".t'jii'iidaiit. le délai «|iic lui Mirmr avait (ixé s'rlail (M'onlé, t'A le Ijaroii n'avait I»as donné sif;n«' de vie.

M"* do Prévalais élait tri's in(jniùt(! et ne savait aniirès de (jni se renseigner.

Snr ces entrefaites, elle apprit qne h; comte do Lapeyre était revenu à Aromitz. Elle alla Ini faire visite, espérant qn'il pourrait lui donner quelque indication précieuse.

En ellel, le comte de Lapeyre arrivait de Jérusalem ot s'était certainement embarqué à Alexandrie pour rentrer en France. Peut-être y avait-il rencontré lo baron.

C'était pour accomplir un vœu que M. de Lapeyre avait entrepris ce long voyage. Il avait été atteint, deux ans auparavant, d'une maladie si grave, que sa vie était sérieusement menacée. Sa mère, qui le soignait, alla se mettre en prières à l'église d'Aromitz et fit vœu d'envoyer son fils en pèlerinage aux lieux saints s'il recouvrait la santé.

Six mois plus tard, le comte était sauvé, et sa convalescence n'inspirait plus aucune crainte. Sa mère lui communiqua le vœu qu'elle avait fait, lui mit dans la main une bourse bien garnie et lui proposa de se mettre en route.

Le comte avait trente ans alors. 11 menait une vie fort dissipée. Tout ce que lui avait laissé son père était depuis longtemps dévoré; sa réputation de joueur et de débauché s'était répandue à dix lieues à la ronde. Il était devenu pour ses amis et pour ses vassaux un objet de terreur. Toutes les portes s'étaient peu à peu fermées devant cet effréné libertin.

Aussi ne demanda-t-il pas mieux que de faire un voyage, qui lui promettait des surprises de toute nature, et qui lui fournissait des ressources inal tendues. Trois jours après il s'élançait gaiement en selle.

Il avait mis dix-huit mois à accomplir le trajet, puis il était revenu à Aromitz où l'attendait sa mère.

Dès que M""' de Prévalais apprit son retour, elle surmonta ses répugnances et se rendit chez la comtesse. Elle trouva M. de Lapeyre assis à côté de sa mère.

Il fut évidemment très surpris de cette visite, car il se leva, rougit, prit son chapeau, et, sous prétexte qu'il avait des ordres urgents à donner, se dirigea vers la porte,

— Un mot, je vous prie, fit la baronne en l'arrêtant. Je n'abuserai pas de votre complaisance, monsieur le comte. Je n'ai qu'un renseignement, un seul, à vous demander...

— Je vous écoute, madame, dit M. de Lapeyre, sans lâcher le bouton de la porte, que sa main tourmentait avec impatience.

Il bondit sur la bride du cbeval qu'il saisit des deux maius et à laquelle il se pendit...

— Je désirais savoir de vous, monsieur, si c'était à Alexandrie que vous vous étiez embarqué pour regagner la France?

— Oui, madame.

— Et dans quel port de mer avez-vous atterri? ^

— A Gênes, madame.

— Eh bieni à Alexandrie ou à Gênes, n'avez-vous pas rencontré le baron de Prévalais ?

LlV. II. F. ROY, édit. — Reproduction interdite. H

— Mou. iiiadainr Kl vous n'avez uiirdnrmriil ciiIi'ikIm [lailci de lui?

!*as davaiilai;!', iiia<lainr. Je ne suis nièiiK^ pas {loiirijuoi vous m'adressez («lie (|iieslioii, ajoiUa-t-il avec un soiirirt- liuinciix. .le n'ui jamais vécu avec le itaroii. ni avec vous, sur un pied d'inlimilé assez grande pour que nous nous inlormions les uns les aiilics de cv qui nous intéresse.

].(' comle était fort pùle en proiion(;anl ces paroles, dont il ne chercha jias à dissimuler l'aigreur. M"'" de Prévalais attrihua cette j».1l(!ur à la colère qu'éjirouvait M. de Lapeyro de n'avoir jamais été reçu chez elle.

— .le vous remercie, monsieur, dit-elle, et je vous demande pardon de vous avoir retenu si longtemps.

J.e comle n'attendit pas une minute de plus; sans daigner même adresser un salut à la haronne, il disparut.

Sa mère s'elTorça vainement d'atténuer la grossièreté dont il avait fait preuve; M""* de Prévalais ne songeait guère à s'en formaliser. Elle était plus inquiète que courroucée. Sans savoir pourquoi, elle avait fondé de grandes espérances sur la démarche qu'elle venait d'entreprendre.

Elle rentra chez elle, subitement assombrie et agitée de sinistres pressentiments. Hélas ! les événements ne devaient lui donner que trop cruellement raison!

La pauvre femme, dont le cœur s'était gonflé de joie à la pensée de revoir son mari, et qui avait montré à tous ses amis la lettre dans laquelle le baron annonçait son retour, devint de plus en plus triste à mesure que les mois succédaient aux mois. A la lin de la troisième année, elle avait perdu tout espoir.

Depuis plus de quatre mois M. de Prévalais aurait dû être auprès d'elle! En vain ses amis essayaient de la consoler ef de lui faire comprendre combien de difficultés inattendues pouvaient surgir dans le cours d'un si long voyage; elle les écoutait, immobile et distraite, sans protester d'un geste, mais persuadée que son mari avait été victime de quelque catastrophe imprévue.

— Ou savait qu'il était riche, se disait-elle, on l'aura surpris et tué au moment où il s'y attendait le moins.

Et, songeant à son cher Gilbert, qui n'avait plus de protecteur ni de patrimoine, elle se désolait : comment donnerait-elle à son fils une éducation digne d'un gentilhomme de son nom et de sa naissance ?

Ce fut pour répondre en quelque sorte à ce terrible point d'interrogation que revint le capitaine de La Coudraye. ^'

Il ignorait que sou ami eût quitté la Navarre pour aller chercher fortune en Orient. Fidèle à la promesse qu'il lui avait faite, il venait se fixer auprès de jui, non pas qu'il fût dégoûté du service, mais parce que ses blessures et sa santé le condamnaient définitivement au repos.

Il n'était pas vieux cependant, puisqu'il était âgé seulement d'une quarantaine d'années, mais il avait besoin de grands ménagements. 11 avait contracté dans la dernière campagne des fièvres, que le climat natal pouvait seul guérir, affirmaient les médecins.

Sous le rapport de la fortune, il n'était guère en meilleur état. Il ne possé • dait absolument qu'une méchante bicoque, qu'il avait confiée en partant à la garde de l'unique serviteur qu'il eût conservé. Seulement cette bicoque avait été bien entretenue; elle était entourée de quelques pièces de terres et dominée par des bois de valeur à peu près nulle, mais d'une assez vaste étendue.

Fort heureusement, ces bois étaient très giboyeux et pourvoyaient en abondance la table du capitaine. Or, il n'avait ni femme ni enfant; l'avenir n'avait pas lieu de l'inquiéter.

Quand M""" de Prévalais lui eut raconté ses douleurs :

— Eh bien ! est-ce que je ne suis pas là, moi ? s'écria-t-il. Croyez-vous que je ne ferai pas pour le fils de mon meilleur ami ce qu'il aurait fait pour le mien? Occupez-vous du grec et du latin, vous, madame ; je me charge, moi, de l'éducation militaire de Gilbert, et je vous promets que, dans dix ans, il n'y aura pas en France beaucoup de gentilshommes qui sauront mieux que lui manier un cheval ou tenir une épée.

La baronne accepta les propositions de cet ami généreux. Dès le lendemain de son arrivée il se mit à l'oeuvre, et tous les jours, pendant quatre heures, il ne manqua pas de venir au cbâteau Le jeu lui plaisait d'autant plus que son élève était très docile et montrait de grandes dispositions.

Un an se passa encore... point de nouvelles du baron! M"^ de Prévalais prit le deuil pour ne le quitter jamais.

Bien entendu, elle n'était jamais retournée chez le comte de Lapeyre, dont la mère était morte, et qui continuait à mener la même vie scandaleuse d'autrefois.

Chacun s'en étonnait. On savait, en effet, qu'il ne restait rien au comte de l'héritage paternel et que sa mère s'était au trois quarts ruinée pour subvenir aux besoins incessants de ce dissipateur,

— Oii donc a-t-il pris l'argent qu'il sème à pleines mains? se demandait-on. 11 faut qu'il ait trouvé un trésor ou qu'il ait dévalisé quelqu'un...

Les suppositions allaient grand train dans le pays.

— Qui sait, insinuaient les amis de la baronne, s'il n'a pas assassiné M. de Prévalais pour s'emparer de ses richesses ? C'est précisément pour l'époque à laquelle il est revenu en Béarn que le baron avait annoncé son retour... C'est à Alexandrie qu'il devait également s'embarquer... Et M. de Prévalais ne reparaît pas ! et sa femme reste sans nouvelle depuis plus de deux années !

Ces bruits avaient fini par arriver jusqu'aux oreilles de la baronne ; mais elle les avait repoussés avec horreur, ne pouvant ajouter foi à de semblables infa-

Si I,A IM.M.i; All»ii;.NTli;KK

mit'S. (iilln'il aussi Itis avait oiilciidu r«''j)r;l(îr. Il (Hail liiuii j«;iiin' alors pour se formtM" U!U' oonvirlion h cet rj^ard ; pourtant son oîil brillait d'utn; lueur nit'iiacautt', louli'S les fois ([u'on proiioïK.ait (Itîvaiil lui Ir nom de M. de Lapcyrc!.

(Ju'ils fussent ralomuicux ou non, ct!s hruils acfjuirtMit diius la suite, une telle consislanco, que le comte fut mis pour ainsi diroon int(;rdit par ceux-là mômes qui avaient été jusqn'alors les com[)agiions de ses débauches.

11 savait bien à quoi s'en tenir, lui aussi, sur l'ostracisun; dont il était devenu rohjet, puisqu'il n'osa en demander compte à personne. Vers le milieu de la troisième année qui avait suivi son retour, il disparut un beau soir, sans avoir annoncé son départ à qui que ce fut.

Depuis cette époque, on no l'avait jamais revu en Navarre et personne ne savait où il était allé.

Faute d'aliments, le feu finit toujours par s'éteindre. M. de Lapeyre n'était plus là, on ne s'occupa plus de lui, et les suppositions auxquelles il avait donné lieu demeurèrent ensevelies dans l'oubli.

Depuis deux ans déjà, Gilbert avait fait des progrès de toute nature. Le bénédii'lin d'un couvent voisin lui avait appris à lire et à écrire et lui avait donné déjà quelques notions d'histoire. Grâce au capitaine, il commençait à manier un cheval et possédait les premières notions d'escrime.

C'est que c'était un rude compagnon, que le capitaine ! Il se portail comme un chêne à présent. Par hasard, les médecins ne s'étaient pas trompés : l'air de son pays lui avait fait le plus grand bien et avait eu raison des fièvres qui le dévoraient jadis.

Tout le monde l'aimait et l'estimait. On savait avec quelle bravoure il s'était battu pendant vingt ans; on admirait avec quelle grâce et quelle vigueur il se servait d'une épée. Son éloge était dans toutes les bouches, sa réputation s'étai'' répandue jusqu'à la cour du roi de Navarre, où il comptait, du reste, trois ou quatre compagnons d'armes.

Aussi, lorsque Antoine de Bourbon s'enquit auprès de ses gentilhommes d'un officier auquel il pourrait confier l'éducation militaire de son fils Henri, ceux-ci lui désignèrent immédiatement le capitaine La Coudraye.

Il fut mandé à la cour et le roi lui exposa ce qu'il attendait de son dévouement.

Le capitaine se déclara très flatté du choix qu'avait fait Sa Majesté, mais il lui raconta comment il avait pour ainsi dire adopté le fils de M. de Prévalais, — ajoutant que, pour rien au monde, il ne voudrait faillir à la mission dont il s'était volontairement chargé.

— Qu'à cela ne tienne, répliqua le roi. Le baron de Prévalais était un de mes officiers les plus dévoués ; ses ancêtres ont versé leur sang- pour la Navarre, il est trop juste que j'acquitte envers l'héritier de ce nom Illustre la dette de recon-

naissance que son pays a contractée. Amenez à la cour avec vous le fils du baron de Prévalais.

Le capitaine n'avait plus à soulever la moindre objection.

— Je suis aux ordres de Votre Majesté, dit-il, à la condition que la mcro de Gilbert consente à se séparer de son fils.

— Pourquoi s'en séparerait-elle? demanda le roi. Ne peut-elle venir habiter auprès de lui ?

— Elle est pauvre, sire... fit timidement observer le capitaine.

— Raison de plus, monsieur de La Goudraye. Nous saurons lui trouver, auprès de la reine, un emploi honorable et qui la mettra à l'abri du besoin.

Cette fois, aucune difficulté ne s'élevait plus contre ce projet. Il ne s'agissait que de décider la baronne à accepter ces brillantes propositions.

Gela ne fut pas aussi facile que se l'était imaginé le capitaine.

]yjme jg Prévalais ne se résignait pas sans regret à quitter les lieux qui lui rappelaient ses trop courts instants de félicité. Cependant elle sacrifia ses répugnances à l'intérêt de Gilbert. Elle ne mit à son départ d'Aromitz qu'une condition : c'est que, même à la cour, elle ne serait pas forcée de quitter les vêtements de deuil qu'elle avait définitivement adoptés.

Lorsque le capitaine l'eut assurée qu'on la laisserait complètement libre d'agir à sa guise, elle se décida.

Ce fut ainsi que Gilbert, qui avait dix ans, et Henri, qui en avaitneuf. devinrent d'inséparables camarades sous la direction des mêmes maîtres.

A dater de ce moment ils ne se quittèrent plus que le jour oii Henri, qui allait atteindre sa vingtième année, partit pour Paris avec Jeanne d'Albret. Encore Henri voulait-il à toute force que Gilbert l'accompagnât.

Assurément Gilbert n'aurait pas mieux demandé, mais il ne put se résoudre à abandonner sa mère, dont la douleur et le désespoir avaient brisé le courage.

Avant de retourner avec elle à Aromitz, il eut avec Henri un dernier entrelien, à la suite duquel ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre avec une effusion toute fraternelle.

— Sois tranquille, lui dit Henri, je te promets que je ne resterai pas longtemps absent-et que nous nous reverrons bientôt.

— Et moi, fit Gilbert, je jure à Votre Majesté que je n'abandonnerai jamais sa fortune et que je suis prêt à verser mon sang pour elle en toute occasion !

Gilbert accompagna le cortège royal jusqu'aux frontières de la Navarre et s'en revint à Aromitz, tout attristé.

Il y serait mort d'ennui, si le capitaine ne l'avait emmené souvent à la chasse et n'avait passé avec lui la plus grande partie de ses journées.

Pendant ce temps, M°"= de Prévalais faisait restaurer le château de la tête aux pieds. Le séjour de onze années qu'elle avait fait à la cour de Navarre lui avait permis de réaliser des économies relativement considérables, de sorte

LA ni:i,i.i: \ui;k NTii'Ur-:

(int'lli' i»iil iiuNmo raclielor la plus m'amlo partie des lcrn\s que son jiaiivit; inari avail vriidiios.

l']sl-il l)i'soiii d'ajoiilcr qirrilc ii'ivail jamais cmiIcikIu parlor dij lui ?...

A pari l'oisivclc dans laqiioliiî il vivail cl ([ui lui pcsail si fort, fîilljcri n'aNait donc [tas li'up à so plaiudrc d<' 1 1 loi lune. .MalhcureusciiKint son 6p6e sa roiiillail inulilomeuL dans le fourreau ! Son nom m»''mo serait peul-ôlre tombé duus l'oubli, si un évéuemcuil inattendu ne l'avait tout à eouj) mis en relief.

Alin de donner carriiire au besoin d'activité dont il était dévoré, il était devenu le plus intrépide chasseur de tout le pays.

Dès qu'un de ses tenanciers lui si;^ualait le voisinage d'un sang-lier, d'un ours même, il ne prenait aucun repos avant d'en avoir délivré la contrée.

Toujours par monts et j»ar vaux, à pied ou à cheval, il errait par les chemins comme le héros d'une ballade allemande. Ses muscles d'acier ne connaissaient pas la fatiyue, son adresse était proverbiale, son courage à toute épreuve.

Un jour qu'il gravissait la pente d'une montagne assez escarpée, il crut entendre le galop d'un cheval qui se dirigeait de son côté.

— Non, ce n'est pas possible, se dit-il, qui donc serait assez fou pour descendre au yalop un cheii 'i pareil?

En effet ce chemin, non seulement était très rapide, mais très étroit. Il avait été taillé assez grossièrement dans le flanc de la montagne et côtoyait un précipice qui, à la hauteur où se trouvait Gilbert, ne mesurait pas moins de trois cent cinquante pieds.

Faire galoper un cheval sur une pente semblable, c"ôlait s'exposer à une mort presque certaine, si l'animal avait butté contre une pierre ou simplement fait un faux pas.

Le gentilhomme crut donc être le jouet d'une erreur. Malheureusement le chemin tournait comme la piste d'un cirque, de sorte qu'il était impossible de rien voir.

Tout à coup, Gilbert s'arrêta. .Non... Il ne se tromjiaiL pas... il entendait résonner distinctement sur les cailloux les fers du cheval... Au même instant, il aperçut une jeune femme, le corps désespérément renversé en arrière, qui s'efforçait vainement de contenir sa monture emportée. Ses traits n'exprimaient point la frayeur ; elle ne poussait pas un cri ; mais son visage était d'une pâleur livide.

Evidemment elle se voyait perdue et se préparait à la mort.

Ce fut comme une vision. En moins de temps que nous n'en mettons à le raconter, la bète alfolée arrivait près de Gilbert; mais, en moins de temps aussi qu'elle n'en avait mis à venir jusqu'à lui, le gentilhomme s'était replié sur lui- .''' même.

-Tenez-vous bien, madame ! cria-t-il.

LA BELLE ARGENTIÈilE 87

Comme le lion qui guette sa proie, il bondit en disant ces mots sur la bride du cheval, qu'il saisit des deux mains et à laquelle il se pendit.

L'effet de cette tentative hardie fut prompt comme la foudre. Le cheval s'abattit sur Gilbert et roula avec lui sur les pierres du chemin. Par trois fois il essaya de se relever, secouant furieusement la tête pour échapper à la main de fer qui le retenait, piétinant avec une sorte de rage sous ses sabots impatients le corps du malheureux gentilhomme... trois fois il retomba sur lui!

Enfin il demeura sur la place. Il était dompté.

La jeune femme avait sauté à terre. Elle était même tombée assez rudement, car ses mains étaient en sang, sa robe en lambeaux, et son chapeau avait roulé à dix pas d'elle. Néanmoins elle s'était relevée pour venir en aide à celui qui l'avait si miraculeusement arrachée à la mort.

Malheureusement, les bonds désordonnés de sa monture s'étaient succédé avec une si foudroyante rapidité que, quand elle parvint à se relever et à se rapprocher dô Gilbert, le cheval, toujours maintenu par les mains crispées du gentilhomme, ne cherchait plus à se défendre.

Elle s'empressa, afin de dégager le corps de Gilbert, sur lequel l'animal pesait de tout son poids.

— Ne craignez rien, monsieur, lui dit-elle, je tiens la bride, il ne m'échappera pas. D'ailleurs, s'il m'échappe... tant pis pour lui !

Gilbert lâcha prise, la jeune femme remit sur ses pieds sa monture et l'abandonna, pour voler au secours du gentilhomme, qui demeurait étendu sur le chemin.

Paisiblement, le cheval se mit à brouter l'herbe, sans chercher à profiter de sa liberté.

La jeune femme se pencha sur le corps de Gilbert qui ne donnait plus signe de vie.

— Monsieur I monsieur ! l'appela-t-elle à deux reprises.

Le gentilhomme ne répondit pas, n'ouvrit même pas les yeux.

— Au secours! au secours! cria-t-elle, sans s'apercevoir que les larmes étouffaient le bruit de sa voix.

Qu'allait-elle devenir en ^présence de ce corps inerte? Il était donc mort? mort pour elle !

— Mon Dieu ! supplia-t-elle, en se tordant les bras de désespoir. Que faire? Aller chercher du secours ? Non. Je ne peux pas l'abandonner ainsi.

Jamais la pauvre enfant ne s'était trouvée dans une situation si cruelle. Son anxiété était à son comble. Elle promenait autour d'elle un regard effaré... il lui semblait qu'elle devenait folle...

Subitement elle écoula.

— Mademoiselle ! mademoiselle ! criaient deux voix lointaines.

88 LA 111,1,1.1- .MHiK.N I li;UK

— l'jiliii, les voici ! dit-cllo en joigiuiiil les nuiiiis t!l vu levanl lus yiMi.v an ciel.

l'illf s'rhiiHM à 1.1 rcnconlrc! do ceux (|iii la cln'icli.iiriil. (l'élaienl drux d(; ses doin(>sliques, qui ravjnciil accompaf;riéo dans sa itroinrnado et qui n'avaii'iit j>ii arriver h lonips pour cmpèchor co déplorable accident.

Elle leur fil si<;ue d'accourir.

— Vile! vite! dit-elle. Un gentiliiomme (;sl là, qui va mourir, qui est mort peut-être à cause de moi.

ïj>s domestiques attachèrent leurs chevaux et s'approchèrent do GiUjfirt.

Tandis que l'un arrachait au gentilhomme ce «|ui restait de son pourpoint, l'autre allait puiser avec son chapeau do feutre un peu d'eau dans une mare et bassinait le front, le visage elles mains du blessé.

A part quelques écorchures ou contusions sans gravité, le corps ne présentait aucune plaie.

C'était donc à la suite de lésions internes que Gilbert avait perdu connaissance.

Le contact de l'eau froide finit cependant par lui faire ouvrir les yeux.

— Qui ètes-vous, monsieur? oii voulez-vous qu'on vous transporte? demanda la jeune femme, qui avait suivi d'un œil attentif toutes les phases de cette résurrection.

— Chez la baronne de Prévalais, répondit Gilbert d'une voix faible; mais non... je vous remercie, madame... j'irai bien seul... je me sens...

Il voulut se relever, mais il retomba sans mouvement entre les bras des domestiques, 'sur lesquels il s'appuyait.

Comment transporter un homme qui ne pouvait pas se tenir à cheval, qui n'avait pas même la force de se soutenir? Il y avait au moins une lieue à faire pour arriver au château de Prévalais !

La jeune femme avisa près de là une misérable chaumière et donna l'ordre à ses domestiques d'y conduire le blessé. Ils le prirent par les bras, par les jambes, et s'acheminèrent lentement vers la cabane, pendant que, leur montrant le chemin, leur maîtresse s'élançait en avant et faisait préparer un lit.

Ces préparatifs sommaires étaient terminés quand le gentilhomme arriva, il n'avait pas repris connaissance.

Un des laquais acheva de le déshabiller et de le mettre au lit ; l'autre dessendit à Aromitz pour aller y chercher un chirurgien.

Une heure après, quand le docteur arriva, Gilbert allait beaucoup mieux, grâce aux soins qu'il avait reçus. Il avait pu prononcer quelques mots et remercier l'inconnue de la sollicitude qu'elle lui témoignait.

Le chirurgien commença par palper tous les membres et par faire jouer toutes les articulations.

Le baron regagna l'auberge du Soleil levant. 11 était tout décontenancé.

— Rien de cassé, murmura-t-iL

Il se mit alors à ausculter le gentilhomme et fit en se relevant une grimace de mauvais augure. La jeune femme attendait qu'il se prononçât. Le chirurgien se garda bien de le faire devant elle.

— Mademoiselle, lui dit-il, car, si je me trompe, c'est à la fille du marquis de La Modane que j'ai l'honneur de parler...

— Vous ne vous trompez pas, monsieur, balbutia-t-elle avec embarras.

LiV. 12. F. R9Y, édit. — RcproductioQ interdite. ^'^

i.A iMi.i.i; AiMii;\Tii;iM-:

— l'Ai Itit'ii ! iu;iiI('iuoi.si'll(% jioiirsiiivit !<• rliinirf^'K'ii, votre présence ici est (li'sormais iiuililc. AI. le baron est on hoiines mains, rassuroz-vons. Je le connais el je le s(»i-iie ihîpuis son enfanco, je ferai donc, pour l».* tirer de; co manvai» l)as, lont ci; (jn'il sera linmainement possible do faire.

— J'obéis, monsienr, lit Henriette, mais ne pourrai-je pas du moins emporter d'ici la certilnde qne M. de Prévalais no court aucun danger sérieux?

— Vous m'en demandez trop à la fois, mademoiselle. Il faut que je me livre h un examen j)lus attentif, et, j»ermeltez-moi do vous le dire, l'intérèl bien naturel que vous témoignez à M. Gilbert me g^èue plus en ce moment qu'il ne lui sert.

— (^est juste, monsieur... oxcusez-moi... dit lajeune fille toute rougissante. Je me relire. Désirez-vous que je vous laisse un de mes domestiques?

— Cela ne peut pas nuire, mademoiselle.

l']llo fit signe à l'un de ses laquais de rester, salua la docteur et s'éloigna. Le chirurgien put alors étudier plus longuement l'état du blessé.

— Ilum !... fit-il à demi-voix. Dans tous les cas, ça sera long-...

Puis, jetant un regard sur l'intérieur délabré dans lequel on l'avait amené :

— Et d'abord, reprit-il, il ne peut pas rester ici.

A force de chercher, il trouva dans l'écurie unmulet et un bât qu'il mit surle-champ en réquisition. Il enveloppa Gilbert dans une couverture, l'assit sur le bcU, le dos appuyé sur les côtes du mulet, lui fit boire quelques gouttes d'un cordial qu'il avait apporté, puis, cheminant à côté du gentilhomme, il donna au domestique l'ordre de prendre l'animal par la bride et de se mettre en marche.

Gilbert soutint ce voyage de trois quarts d'heure sans défaillir, mais lorsqu'il arriva, une écume rougeâtre colorait ses lèvres.

Après l'avoir installé dans sa chambre, et confié aux soins de François, le chirurgien alla prévenir la baronne et lui raconta ce qui était arrivé.

La malheureuse femme frémit dépouvante.

— Est-ce que je vais le perdre aussi ? demanda-t-elle.

— Non, j'espère que non, répondit le docteur. Cependant, je ne vous le cache pas, j'aimerais mieux qu'il eût les deux jambes cassées. Une cassure... à la bonne heure... on sait ce qu'on soigne, tandis que les plaies internes... on n'y voit que du feu...

Il avait du moins le mérite de la franchise, ce chirurgien. Il eut aussi celui d'avoir été bon prophète, car si Gilbert ne mourut pas, il fut obligé de garder trois mois durant un repos à peu près absolu.

Pendant le premier mois il avait été littéralement entre la vie et la mort. Sans les soins que lui prodigua sa mère et le dévouement avec lequel François lui sacrifia ses jours et ses nuits, Gilbert aurait infailliblement succombé.

Ce François Brot était le fils d'un des anciens fermiers du baron, dont j^jme (Jq Prévalais avait racheté les biens tout récemment. La joie de ce pauvre homme fut si grande, lorsqu'il redevint le tenancier de Gilbert, qu'il sollicita la faveur de consacrer son fils aîné au service de son jeune maître.

Gilbert, en effet, n'avait pas de domestique auprès de lui, quand, après avoir quitté la cour du roi de Navarre, il revint se fixer à Aromitz. Il accepta l'offre de son fermier.

A vrai dire, il ne fut pas pleinement satisfait tout d'abord du service de Dégourdi, qui faisait ses débuts dans la carrière et qui ne brillait pas par l'intelligence. Peut-être même se serait-il décidé à le congédier, mais le brave garçon se prodigua avec tant de zèle, tant que dura la maladie du gentilhomme, que celui-ci finit lui-même par prendre François en amitié et entreprit de le former.

Ce fut sur le bras de Dégourdi qu'il s'appuya, le jour oii il risqua dans le parc sa première promenade au soleil. Il en fut de même pendant les deux mois que dura sa pénible convalescence, sans que la patience de François se démentît un seul instant.

Enfin le docteur déclara que le malade était sauvé et pouvait reprendre ses anciennes habitudes.

Gilbert sentait bien lui-même que les forces lui étaient revenues et attendait avec anxiété la décision souveraine du chirurgien, dont il accusait la prudence.

Tant qu'avaient duré la maladie et la convalescence, W^° de La Modane était venue très régulièrement, deux fois par semaine, rendre visite à la baronne de Prévalais et prendre des nouvelles du blessé.

Quant au marquis, il n'avait pas daigné se déranger. Il avait même essayé de faire entendre à sa fille que ses visites au château d'Aroinitz étaient trop fréquentes, mais la jeune fille ne l'avait pas écouté.

— M""" de Prévalais a'est-elle pas de bonne naissance ? avait-elle demandé.

— Je ne prétends pas le contraire, répondit le marquis.

— Au temps où elle était demoiselle, la famille de Romignac, à laquelle elle appartient, n'était-elle pas intimement liée avec la famille de ma regrettée mère?

— J'en conviens, mon enfant, mais...

— Et vous voudriez, s'écria Henriette, sans donner à son père le temps de formuler une objection, que je ne témoignasse pas à M"'° de l^révalais un peu d'amitié, quand elle a failli perdre pour moi son fils unique? Ce serait de l'ingratitude, mon père, et l'on ne dira jamais de votre fille qu'elle est ingratte.

Le marquis était veuf depuis trois ans. Henriette était sa seule consdlalion, il avait concentré sur elle toute son affection ; il la laissa faire. '"

Chacun blâma, du reste, l'attitude qu'il avait prisé à. la suite de ces événements. 11 n'était pas aimé dans le pays. Autant sa fille était douce, bonne, charitable, autant le marquis se montrait fier avec les humbles, obséquieux envers

LA ini.l.i; AMCKNTIKKK

c«Mi\ auxqiii'ls il r»'('i)im;iissiiil iiuii sii|M''ii(nilr (|iiiilc()ii(jii(!, (pu; ci' fùl ci'Ihî ,]>) lu riclit'Srti" 011 dtî la naissance.

Oiianl ;\ (iilbort, l'acte do coiiragi' qu'il venait d'accomplir avait aclicvé de |t* [.liccr Irl's liant dans l'estime de tous les gentilshommes de la conliée.

On n'ii^norait pas «jn'il était le meilleur ami d'Henri de Navarre; on avait entendu vanter sa force et son adressi; de chasseur ; on avait bien vile aj)pris que sa mère avait racheté pour lui la jjIus grande partie de son ancien patrimoine : mais, comme homme, il n'avait encore donné aucune preuve do virilité.

La générosité avec laquelle il s'était dévoué pour sauver M"° de La .Mudane le mit en relief et prouva que le sang des Prévalais n'avait pas encore dégénéré.

Son éloge était dans toutes les bouches. Comme on le pense bien, Henriette avait été la première à répandre le bruit de son miraculeux sauvetage. Aussi chaque fois qu'on la voyait avec son père, on ne manquait pas de lui demander comment allait Gilbert, et on y mettait le plus souvent un malin plaisir, car on était certain, en abordant cette question, d'être souverainement désagréable au mar(]uis.

Pourquoi? On ne le comprenait guère. On avait cherché quelquefois il l'interroger, mais il avait détourné la conversation et refusé d'expliquer catégoriquement l'antipathie qu'il manifestait contre le gentilhomme.

Ce fut bien pis encore lorsque Gilbert fut complètement rétabli. Reçu partout à bras ouverts, il eut de fréquentes occasions de se trouver en face de M. de La Modane, et l'on remarqua que celui-ci, tout en répondant avec froideur au salut qui lui était adressé, évitait ostensiblement de lui parler. Souvent même il battait brusquement en retraite, sourd au.x protestations d'Henriette, qui ne devinait pas les motifs de cette fuite précipitée.

Gilbert n'avait d'ailleurs en aucune façon tenté de se rapprocher d'elle. Loin de se faire un mérite aux yeux de la jeune fille de l'héroïsme avec lequel il avait risqué sa vie, il se tenait modestement à l'écart, n'échangeant avec elle qu'un salut cérémonieux ou les quelques paroles banales qui constituent pour ainsi dire la formule de la plus élémentaire politesse.

Si ces relations, un peu tendues, avaient perdu parfois de leur raideur, c'était lorsque M"*^ de La Modane venait rendre visite à la baronne et que Gilbert était auprès de sa mère.

Toute contrainte était naturellement bannie de ces sortes d'entretiens et, quoique le gentilhomme ne se fût jamais trouvé seul avec Henriette, il se livrait avec plus d'abandon aux charmes d'une causerie famiPière.

Ce fut dans une circonstance semblable qu'il annonça à M"° de La Modane sou prochain départ pour Paris.

Henriette ne cacha pas son étonnement. Elle savait que Gilbert avait refusé, trois ans auparavant, d'accompagner le jeune roi de Navarre à la cour de

France, pour demeurer auprès de sa mère. Comment avait-il aujourd'hui le courage de se séparer d'elle et d'entreprendre un voyage auquel il avait renoncé d'abord ?

Elle n'osa pas l'interroger à cet égard, mais elle revint, deux jours après, chargée pour le gentilhomme d'instructions minutieuses. Elle le pria d'aller voir la comtesse d'Ermilly et de lui répéter exactement tout ce que faisait ou disait sa tante.

Cette démarche de la jeune fille surprit Gilbert. Il avait eu le temps de l'étudier et de la juger; il connaissait son extrême délicatesse. Il ne crut donc pas que ce fût de son propre mouvement qu'Henriette le priait de se livrer à cette enquête et acquit la certitude qu'elle n'agissait en cette circonstance que d'après les désirs de son père.

Il lui promit, néanmoins, de remplir consciencieusement la mission qu'elle lui confiait.

Le lendemain, il se mit en roule, après avoir embrassé sa mère et serré la main du capitaine La Coudraye.

Ce départ n'étonna pas seulement M"" de La Modane, il étonna aussi tous ceux qui n'étaient pas dans le secret. Gomment Gilbert avait-il pris cette brusque résolution? Comment la baronne l'y avait-elle autorisé? Quels motifs impérieux avaient nécessité cette séparation? C'est ce qu'il reste à expliquer en peu de mots.

Depuis la mort d'Antoine de Bourbon, les habitants de la Navarre souffraient réellement de l'abandon dans lequel ils se trouvaient.

En effet, ils n'avaient plus de roi.

Lorsque, trois ans avant, Henri de Navarre avait quitté le Béarn avec sa mère pour aller épouser Marguerite de Valois, il avait assuré ses genlilhommes que son séjour à la cour de France ne serait pas de longue durée. Or, trois ans s'étaient écoulés, depuis que ce mariage avait été célébré, et Henri était toujours à Paris.

Si facile que fût à administrer le petit royaume, il était singulièrement tiraillé par ceux auxquels le jeune roi avait délégué ses pouvoirs. Le besoin d'une main ferme se faisait sentir de jour en jour avec plus d'urgence.

On s'expliquait d'autant moins la conduite d'Henri, qu'elle paraissait sans excuse aux yeux de la plupart des gentilshommes béarnais. Ils savaient comment était morte la mère de leur jeune roi ; ils accusaient hautement Catherine de Médicis d'avoir empoisonné Jeanne d'Albret, pour se débarrasser d'une femme dont elle redoutait l'esprit d'intrigue, l'habileté et la sagesse, et pour isoler le jeune roi de Navarre.

En v.ela la reine-mère semblait avoir pleinement réussi, car, depuis cette époque, Henri avait oublié en apparence qu'il eût un royaume et n'avait manifesté d'aucune façon qu'il eût le désir d'y retourner.

LA iu:i.m: \ii(ii:.\Tii:Ki'':

(,Mifli|iirs goiililshoininoH avaient fait lo voya^M) dt; l'aris, pour souder lo jruiif roi, «'l n'avait'iil [m ohtt-iiir dt; lui rcxplicatiou (pi'ils étaient venus cluMcluT.

lia Navarre était donc divisée un dnix catnits : les uns ariirinaient (pillenri, saturé d'auiour et do plaisirs, avait renoncé délinitivoment i sa coupjune; les autres, — cl ceux-là se tlattaient d'ôtro les plus clairvoyants, — soutenaient qu Henri, emprisonné et fi^ardé à vue dans lo Louvre par Catherine, ne montrait tant d'ardeur pour les plaisirs ipralin d'endormir les défiances de sa geôlière et de lui échapper plus sûrement dès que l'occasion s'en présenterait.

Lequel des deux camps avait raison? On résolut do savoir définitivement à quoi s'en tenir. On cherchait à qui conlier cette mission délicate, lorsque l'accident de xM"" do La Modaue attira sur fiiUjert l'attention dos gentilshommes béarnais.

ils se souvinrent alors que le baron était l'ami d'enfance du jeune roi, et ils se llattèi'ent que (lilbert viendrait plus facilement à bout do rompre l'inexjjlicable silence dans lequel se renfermait Henri.

Ou lui proposa de le tenter; il soumit le cas à sa mère et au capitaine La Coudraye. Si la baronne hésita, le capitaine déclara tout net que Gilbert n'avait pas le droit de se soustraire à l'honneur qu'on lui faisait, dût-il périr victime de son dévouement.

Après un débat fort animé, le capitaine finit par triompher des hésitations bien légitimes de la pauvre mère et lo départ du jeune baron fut résolu.

Quinze jours. après, il quittait le château de Prévalais, bien monté, bien pourvu d'argent, et muni de lettres de crédit pour les principaux chefs qui tenaient encore la campagne au nom du jeune roi.

Ce fut ainsi qu'après un voyage de vingt jours Gilbert fit son entrée dans Paris.

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