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liniiil sur sa poitrine. Osoras-ln (lir(W|u»' lu ik; nraimes pas loi-m(*'m(î ? Pareil blaspliiiiic peul-il sortir de ces lëvres roses 't
— (lilltcMl! siipplift-l-olle, "pi vous en conjure, laissoz-nioi I Vous ahiisez... vous savez (pie je ne puis ai)pel«'r personne h. mon secours... Je vous en prie !
l'Jli> (It'faillil dans ses bras tandis qu'il la serrait sur son cœur ol la couvrait de ses n'yards ardents.
— Ah ! que lu es belle et que je taime ! dit-il d'une voi.x que le désir faisait trembler.
Enm^.me temps, il se pencha sur son adorable visage, et, pour arrêter sans doute le blasphème prêt à s'en échapper, il posa sur ses lëvres un baiser brûlant.
— GrAce ! fit-elle, toute frissonnante, ol chancelant dans les bras qui l'enlaçaient.
Mais lui, emporté parla passion, la couvrait de caresses et l'entraînait. Il avait tout oublié. Le bonheur qu'il savourait l'avait enivré
Au même instant, on frappa timidement à la porte de la chambre.
Le sentiment du danger rendit à Léona toute sa vigueur. Elle s'arracha de celte étreinte, à demi pâmée, cl courut se réfugier dans l'angle de la chambre le plus éloigné.
Gilbert eut un instant la pensée de braver le mari jaloux. Pour Lèona, il ne le fît pas.
— Qui est là? dcmanda-t-il.
— Moi, Capricanti, répondit une voix sonore.
Sa femme l'avait laissé dans la cour, a(in de prévenir le baron de son arrivée. Elle redoutait tellement un conflit entre ces deux natures passionnées qu'elle n'avait pas voulu les mettre immédiatement en présence.
C'était fort sage, mais elle n'avait pas prévu que la convalescence de Gilbert avait fait en dix jours des progrès rapides, que ce n'était plus un malade qu'elle allait voir, mais un amant plus violemment épris que jamais, en qui se réveillaient, avec les générosités du sang, les ardeurs de la passion.
Sa prudence aurait causé sa perte, si Capricanti, trouvant un peu longs les préambules et ayant toutes sortes de bonnes raisons pour se défier de Gilbert, n'avait pris le parti de se présenter lui-même.
Le baron lui ouvrit la porte avec une brusquerie nerveuse. Bien certainement, si Léona ne se fût pas trouvée là, une explication violente aurait eu lieu.
Elle le devina si bien que, surmontant sa faiblesse, elle s'interposa vivement.
— Monsieur de Prévalais, dit-elle avec effort, voici mon mari, dont je garantis la loyauté el la discrétion. Il vient à vous, animé du repentir le plus sincère et chargé par un mourant d'exécuter ses dernières volontés. Vous m'avez promis de lui pardonner et de l'écouter avec calme; je compte sur votre promesse.
LA BELLE ARGENÏIÈUE
- Ne m'approchez pas I cria l'orfèvre avec un geste d'horreur. Ah ! si vous saviez I...
^ L'orfèvre les observait en silence. Léona était en proie à un trouble qu'elle n'avait pas pu dissimuler complètement ; les yeux de Gilbert lançaient des éclairs. Que s'était-il passé ? Le baron avait-il fait des difficultés pour le laisser entrer ? La visite qu'il recevait avait-elle ranimé sa colère et lui avait-elle inspiré des idées de vengeance ? Léona avait-elle eu de la peine à le contenir ?
Peut-être, mais, en se soumettant aux exigences de sa femme, il n'avait pas dépouillé le vieil homme au point d'abjurer tout sentiment de jalousie. Or il
LiV. 45. F. ROY, édit. — Reproduction interdite. 45
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av.ùl loiilù fraiiulrc dis «u;lui au cImîvcI du (jui la l\v^\^'. Arf^crilièrc s'était usnis»; juMidanl j)it'S df livtis mois. Quidijuc; conliaiiciî (jiril l'ûl dans lo serim;nt (\iit'. Lfoiwi lui avait lait, il n'ignorait [loint qut4 dun^i'i- courait soti iionix'ur dans l(> lapprochomcnl dr di-ux rtres (ju'unissaienl déjà l'un a l'.uiln! la cliarité (it la reconnaissance.
Il eut In ("ourago tio. n'en laisser rien paraître.
— .Monsieur, dit-il à (lilherl, Léona n'a lait (jne traduire ma pensée. Je vous deoiaiiderai la permission de la com[déU!r.
Le baron ne répondit pas. Il l'invita d'un geste à s'expliquer,
— Il est vrai, commença Cai)ricanti, qu'obéissant à une aveugle jalousie et entraîné j)ar des insinuations malsaines, j'avais formé le projet de vous tuer. (Irovez (jue, si je parle d'insinuations malsaines, c'est pour rester jusqu'au bon» dans la vérité et non pour atténuer le crime dontje m'accuse. Vous en trouverez la j)reuve dans la démarcbe que je viens faire, bien plus que dans des prolestalions dont vous êtes en droit de suspecter la sincérité.
Gilbert s'inclina sans dire mol.
— En elTet, monsieur, je puis être le plus despote et le plus jaloux des maris, mais je suis un honnête homme, reprit l'orfèvr»'. Je vous connaissais sous le nom de Gilbert et non sous celui de baron de Prévalais.
Le jeune gentilhomme sourit d'un air incrédule.
— Vous en doutez? fit Capricanli. Vous avez tort, monsieur. La preuve, c'est que je suis cbargé, depuis trois ans, de remettre aux héritiers du baron Jérôme-Didier de Prévalais une somme de deux cent quatre mille livres et que, si j'avais su que vous fussiez cet héritier, je me serais fait un scrupule, avant de vous tuer, de vous restituer cette somme.
— Que dites-vous? s'écria Gilbert confondu.
— A moins, ajouta Capricanli, que vous ne me croyiez capable d'avoir voulu me défaire de vous pour ne pas vous rendre celte fortune...
— Je ne vous ferai pas cette injure, monsieur, répondit le baron, qui n'était pas encore remis de la surprise que lui causaient ces paroles; mais, de grâce, expliquez-moi...
— C'est bien simple, monsieur, dit l'orfèvre. Un de mes amis a fait tort 5 voire père delà somme que je vous apporte. Saisi de remords, au moment de rendre l'âme, il a désiré que cet argent vous fût restitué ; il m'a prié de le faire en son nom, j'ai accepté et me voici.
A ces mots, il souleva son manteau et découvrit un petit coffret d'ébène, incrusté de nacre et garni d'argent, qu'il lendit au gentilhomme.
— J'ai pensé, reprit-il, que convertie en pierreries, une somme de cette impoitance serait pour vous d'un transport plus facile. Si cependant vous pré feriez la recevoir en or, je suis prêt à vous racheter en espèces tout ou partie de ce petit trésor.
El il voulut remettre à Gilbert le coffret qu'il tenait à la main.
— Un instant, monsieur, fît le baron en se reculant. Si honorable que soit votre mission et si grosse que soit la somme que vous m'apportez, je ne puis Taccepter sans qu'il me soit bien prouvé qu'elle m'appartient.
— Comment? balbutia Capricanti.
— Sans doute, monsieur. Je suis dans une ignorance absolue des circonstances mystérieuses dans lesquelles mon père a disparu. N'est-il pas tout naturel que je cherche à retrouver ses traces? Quand il a quitté Aromitz, en 1558, il n'emportait g^uëre plus de trente mille livres ; comment votre ami pouvait-il lui en avoir soustrait plus de deux cent quatre mille? Enfîn, à part cette question de détail, quand, où et comment ce personnage, dont vous ne me donnez même pas le nom, s'est-il trouvé en relations avec mon père?
— Que vous importe? demanda l'orfèvre. Le principal pour vous est de rentrer dans ce qui vous est dû.
— C'est quelque chose, sans doute, et c'est pourtant à quoi je tiens beaucoup moins qu'à m'éclairer sur les événements qui ont trait à la disparition de mon père. Vit-il ? Est-il mort? Yoilà des questions qui m'intéressent bien autrement que votre cofTret !
— Mais, monsieur...
— N'insistez pas, fit Gilbert. Rien ne me fera démordre de cette résolution Si vous ne voulez me donner aucun éclaircissement, si vous ne pouvez me démontrer que cette somme est à moi, je n'en veux pas.
— Je ne puis cependant pas conserver plus longtemps ce dépôt, à présent que j'en connais le destinataire, objecta l'orfèvre.
— Libre à vous de vous en débarrasser, monsieur. Il ne manque pas de pauvres à Paris. Je vous autorise pleinement, pour ma part, à en disposer en leur faveur.
— Ainsi vous refusez formellement de l'accepter, si je garde le silence auquel je me suis engagé? interrogea Capricanti.
— Formellement, oui, monsieur.
Tout déconcerté de cette résistance inattendue, l'orfèvre se tourna vers sa femme, qui n'avait pas fait un mouvement pendant ce débat singulier, afin de laisser à son mari tout l'honneur de cette restitution.
— Que faire ? lui demanda-t-il.
— Je n'ai rien à vous conseiller, répondit la Belle Argentière. Agissez selon vos inspirations d'honnête homme.
Capricanti devint blême. Le sang afflua à son cœur et faillit l'étouffer. Il sentait bien que le devoir l'obligeait à parler, mais il reculait devant l'horrible nécessité de livrer à l'infamie le nom qu'il portait. Il chancelait, une lutte si épouvantable se livrait en lui, et son visage exprimait de si terribles angoisses, que Gilbert lui-même en fut ému.
856 LA nrijj: aiuiiintikiie
— Qu'avez-vous donc? deinandii-l-il imi faisant un pas vers lui.
— N.' in'apiirochez pas! cri;i l'cili'vro avec un fj'esle d'horreur. Ali ! si vous savi»'/...
il se redressa.
— Kli iiieu 1 oui, rcpril-il d'un ton farouche, en promenant autour de lui un œil luiiiard, vous saurez tout. Le criin»; ai»pelle l'e.xpiiilion et, puisque le coupable est mort, c'est moi cpii aurai le triste couraj^e...
Un sanglot déchira sa poitrine et étouffa le son de sa voix.
— Un crime? interrogea (jilbert. Est-ce donc ainsi que mon père est mort?
— Oui, répondit Uipricanti, qui courba la tête comme s'il eût été le vrai coupable.
— Comment ! s'écria le gentilhomme avec un geste d'horreur. C'est donc vous ?...
— Moi ? se défendit l'orfèvre. Oh ! reprit-il en joignant les mains, il ne me mancjuait plus que cette honte !
— xMais alors parlez, parlez donc ! lit Gilbert haletant.
— Vous avez raison, monsieur, et puisse le supplice que j'endure mériter le pardon et le repos éternel à celui que je vais accuser! dit l'orfèvre avec accablement.
Le malheureux faisait réellement peine à voir. Léona s'était détournée, pour ne pas céder à la pitié qu'il lui inspirait, en arrêtant sur sa bouche l'aveu prêt à s'en échapper.
Gilbert était si ému lui-même, qu'il fut sur le point de lui faire grâce ; mais il s'agissait de son père! C'était un devoir sacré pour lui de savoir à tout prix comment avait fini le baron de Prévalais. Il résista au sentiment de généreuse commisération qui l'entraînait.
Lentement, d'une voix sourde et entrecoupée de sanglots, Capricanti entre prit alors le lugubre récit du drame qui s'était accompli à bord de \a. Santa-Maria
— Ah ! s'écria le gentilhomme. J'avais deviné à ma haine que ce comte de Lapeyre avait trempé dans cet assassinat! Celui-là vit du moins... Il n'échappera pas à ma vengeance.
Ce fut son premier cri. Puis, quand il aperçut à ses genoux ce fils, qui s'accusait du crime que son père avait commis ; quand il vit se courber devant lui cette nature énergique et farouche que la honte et la douleur avaient vaincue, sa colère s'évanouit.
— Relevez- vous, monsieur, dit-il à l'orfèvre. La sublimité de votre sacrifice a lavé le sang dont votre père avait souillé son nom. A lui, comme à vous, je pardonne, et du plus profond de mon cœur, le mal que vous m'avez fait l'un et l'autre.
— Et... balbutia Capricanti, en levant sur lui un regard timide... ce colîret...
— Je l'accepte, fit le gentilhomme, qui le prit et le déposa, sans l'ouvrir, sur le meuble qui se trouvait à sa portée.
Alors, se tournant vers Léona :
— Quant à vous, madame, ajouta-t-il, je ne sais plus en quels termes vous remercier. Je vous dois la vie, la fortune... Gomment traduire la reconnaissance dont mon cœur est pénétré? Par quelles preuves de dévouement absolu m'acquitterai-je jamais envers vous?
— Ne cherchez pas, monsieur, interrompit la Belle Argentière. Tout n'est pas fini. Au récit que l'on vient de vous faire il manque quelque chose : la preuve de son authenticité. Vous pouvez en avoir besoin quelque jour. Sachant que vous n'en abuserez pas, je vous l'ai apportée, la voici : c'est ce récit même, écrit de la main du vieux Gapricanti et confié par lui à son fils avant sa mort.
A ces mots, elle lui remit les quelques feuillets qu'elle avait dérobés à son mari.