‹ La belle argentièreChapitre 41 sur 42 · I.A IIKU-K AIMiK.NTlIJlM · texte numérisé non relu

I.A IIKU-K AIMiK.NTlIJlM

liO liaroii III' (lai^iiii jtas ri'jioïKirr. Il s<! conlciila «le luuisscr l(;.s <!|»aiil«!S.

— Allons, je» vois qu'il faiil en liiiir avr^c vous, dit lo rapilaiiio. Viiiirz donc, niousiciir, l'I vi'iiilloz nwi l'air*;, jiiscjii'aii l*nV-aiix-("-l(!rcs, riioiiiKMir dr volrisooiélô... r/ost bion le diablo si nous lu; trouvons pas là un soldat ou deux en ^^og:uctte, (|ui consentent i\ nous servir dr, lonioins.

— Vous avez raison, lit le baron résolument. Finissons-en ! Maiuleiiant (jUfî l'altercation avait pris de si grosses proportions, il n'était

pas l'iïché du dénouement auquel elle avait abouti.

Très j)rnl)al)lemont, en ell'et, M. de Nogaret soupçonnait que le baron avait des iiitellii;encts avec le roi de Navarre. Les deux ou trois pbrases qu'il avait prononcées, tout d'abord, y faisaient si clairement allusion, qur (iilbert craif^nait réellement que cotte rencontre ne détruisît toutes ses combinaisons.

Qui sait si, en quittant M. de Prévalais, le capitaine n'irait pas trouver la reine-m^re et ne lui révélerait pas la présence du jeune gentiliiomme à Paris? Catherine ne pouvait-elle pas, comme lui, remarquer que le baron arrivait juste la veille de la chasse? Et, ses soupçons éveillés, où s'arrêterait-ellc? KWe ne manquerait pas de lancer sur les traces de Henri ce même capitaine de JNogaret, qui était venu une première fois le surprendre si mal à propos.

A tout prix il fallait l'empêcher.

Ce fut donc bien moins à la colère qu'à la prudence que finit par obéir le jeune gentilhomme, en acceptant le défi que lui avait porté le comte.

Il marchait, silencieux, à côté de l'officier, dont un sourire railleur continuait à effleurer les lèvres, et qui avait l'air de se demander par quelle bouchée il allait commencer pour croquer ce pauvre petit jouvenceau.

Au bout de quelques minutes, ils arrivaient au Pré-aux-Clercs.

Ainsi que l'avait pensé le capitaine, ils trouvèrent deux soldats, qui étaient en train de s'enivrer en compagnie de filles perdues, dans le premier cabaret qu'ils rencontrèreiit.

L'officier leur fit signe de les suivre et se dirigea vers le théâtre du combat.

Gilbert était tout à fait calme, quand il posa le pied sur le terrain. C'était là qu'une première fois il avait croisé le fer avec Lacaille et d'Asti. Il s'agissait aujourd'hui d'un bien autre adversaire et d'une cause autrement sacrée !

Bientôt M. de Nogaret s'arrêta. Le baron en fit autant et dégaina.

Les deux soldats se tenaient à distance, et observaient curieusement, en hommes qui vont assister à un spectacle intéressant.

Décrire ce combat, qui dura près de vingt minutes, serait long et inutile. Placés en face l'un de l'autre, les deux adversaires se mesuraient du regard et exécutaient sans succès les passes les plus savantes.

Experts en l'art de l'escrime, que la noblesse pratiquait à cette époque dès sa plus tendre enfance, ils avaient successivement recours à toutes les feintes, à toutes les vigueurs usitées en pareil cas.

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Tout d'abord, le capitaine avait attaqué mollement, s'imaginant qu'il aurait facilement raison d'un ennemi peu expérimenté ; mais, quand il vit à quel jeu sobre et correct il s'adressait, il devint plus sérieux et se ménagea davantage.

D'un commun accord, au bout de dix minutes, ils s'étaient arrêtés.

Les soldats admiraient naïvement. Jamais si fines lames ne s'étaient escrimées devant eux.

A la seconde reprise, ce fut pis encore. Le baron et le capitaine savaient qu'ils avaient mutuellement affaire à forte partie.

M. de Nogaret ne riait plus et commençait à regretter la légèreté avec laquelle il avait provoqué cette rencontre.

Gilbert dardait sur lui son regard perçant, aussi correctement assis que dans une salle d'armes, le poignet souple et délié, ne se fatiguant pas à dessiner des coups inutiles, attendant sans impatience le moment favorable.

Le capitaine était en nage. Le bruit de sa respiration haletante troublait seul, depuis quelques instants, le silence de mort qui présidait au combat.

Le baron sentit que la victoire était proche. Attendre une troisième reprise, c'était donner à l'ennemi le temps de reprendre des forces. Aussi, après l'avoir assailli pendant deux ou trois minutes, d'attaques si rapides que le comte n'avait pas le temps de riposter, il eut recours enfin à la fameuse recette du capitaine la Coudraye.

Cette fois encore elle ne manqua pas d'atteindre son but. Frappé en pleine poitrine, M. de Nogaret tomba en avant, après avoir fait quelques pas.

Gilbert ne jugea pas prudent d'attendre plus longtemps. Il jeta deux pistoles aux soldats.

— Portez sur-le-champ ce gentilhomme à l'Abbaye, dit-il. Et il disparut en courant.

Tout auprès du Pré-aux-Glercs, qui s'étendait, on le sait, sur la rive gauche de la Seine, à partir de la tour de Nesles, se trouvait, en effet, un couvent de moines bénédictins. C'était chez eux que, le plus souvent, on conduisait les blessés, atteints trop grièvement pour supporter la fatigue d'un plus long transport.

Or le capitaine était sérieusement touché, car un râle sourd s'échappait de sa poitrine et une écume rougeâtre affluait à ses lèvres.

— Cela m'étonnerait s'il pouvait parler avant huit ou dix jours, avait dit Gilbert avant de s'en aller.

Désormais plus tranquille, il acheva de régler ses affaires. Il ne lui restait plus qu'à faire parvenir au roi de Navarre le collier d'or que celui-ci avait donné.

Ce collier on s'en souvient, devait être renvoyé au roi par Gilbert la veille de la chasse, et signifiait : « tout est prêt. »

Mais à qui confier cette misssion délicate ? Le baron, très embarrassé, s'en ouvrit à Goron, sur la fidélité de qui il savait pouvoir compter aveuglément.

Celui-ci se rendit chez un orfèvre du voisinage.

F. A UKMJ': AIUJKNTirilK

— J;ii chrz moi, dil-il, un collier d'orque le roi do Navarrey a laissé depuis plus (1»> ilrux ans, (ju'il n'est jamais venu reprendi»* et «juo je no poux pourlunt pa*^ i^artier indélininuuil.

— C'est bien simple, vous n'avez qu'à le lui rapporter.

— Sans doute, mais vous (loviiioz bien pourquoi je no mo soucie pas d'aller an lionvrc. ..

— IS'on. Pourquoi ?

— Comment! vous avez oublié de quelle fa(;on mystérieuse mon pauvre frèrt" à tout à coup disparu?

— Ali ! c'est juste.

— Vous comprenez que je n'ai j)as envie d'avoir le même sort, reprit Goron. Vous, an contraire, vous êtes orfèvre, le roi vous a donné son collier à réparer; vous le lui rapportez, rien n'est plus simple.

— Assurément. Vous voudriez donc que je m'en chargeasse?

— Cela m'obligerait.

— Je ne puis vous refuser un si petit service, répondit l'orfèvre et dès demain...

— J'aimerais mieux que ce fût aujourd'hui.

— Alors, il n'y a pas de temps à perdre. Voici la nuit qui arrive...

— J'ai justement attendu ce moment, afin que vous fussiez certain de rencontrer le roi.

— Et ce collier, vous l'avez?

— Le voici.

— Bien, donnez. Dans une demi-heure, je vous rapporterai la réponse.

— Et nous souperons ensemble, promit Goron.

Pas plus que l'orfèvre, l'aubergiste ne savait pourquoi il importait tant que ce collier fût remit le jour même à Henri de Navarre. Il avait fait ce que lui avait ordonné Gilbert, sans demander la moindre explication.

Quoi qu'il en eût dit, le souvenir de son frère ne l'avait pas guéri du dévouement que sa famille avait montré de tout temps pour le jeune roi.

Quant à Henri, il avait passé cette longue journée au sein d'intraduisibles angoisses.

Depuis huit jours, du reste, que la chasse du roi était annoncée, il ne vivait pas.

— Gilbert ne peut pas l'ignorer, se disait-il. Il doit préparer tout pour notre fuite...

Il ne modifia cependant en rien les habitudes d'indépendance qu'il avait prises depuis cinq mois. Le dernier jour, seulement, il ne sortit pas. Ne fallait-il pas qu'il fût au Louvre, quand le baron lui renverrait ce collier, symbole de délivrance et de liberté?

On conçoit combien lui parut interminable cette journée d'attente. A mesure qu'elle s'écoulait, il se prenait à pâlir et à trembler.

— Mais Gilbert ne sait donc rien? se disait-il. M. de Nointel lui a donc manqué de parole?

Ce fut bien pis enore, quand il vit tomber le crépuscule. A six heures du soir, il n'avait encore rien reçu!

— Décidément il est arrivé quelque chose à Gilbert... Tout est perdu! murmurait-il avec découragement.

Enfin son valet de chambre vint annoncer que son orfèvre demandait à lui remettre en personne un collier que le roi de Navarre lui avait confié.

Le cœur de Henri fut près d'éclater. Il eut cependant le courage d'affecter de l'humeur et de hausser les épaules avec un mécontentement apparent.

— Eh bien! qu'il entre, puisqu'il tient tant à me voir, répondit-il. Le valet de chambre introduisit l'orfèvre et se retira.

Celui-ci allait donner des explications.

Henri ne lui en laissa pas le temps.

— Je vous remercie, mon ami, dit-il, du zèle que vous avez mis à réparer ce collier.

A ces mots, il tira de sa poche quatre ou cinq pistoles et les tendit à l'orfèvre.

— Voici pour votre peine, mon ami. A une autre fois ! ajouta-t-il.

En même temps, il poussa devant lui jusqu'à la porte de son appartement l'honnête commerçant, qui n'y comprenait rien et se confondait en salutations.

Quand le roi de Navarre fut seul, il put enfin se livrer à la joie immense dont son cœur était rempli. Demain, il serait libre! Demain, il allait retrouver des amis... commander à une armée... dicter des lois à son tour... venger le meurtre de sa mère... Le rêve qu'il caressait depuis près d'une année allait se réaliser!

Il rassembla quelques papiers, le peu de bijoux qu'il possédait et les glissa dans la doublure de son pourpoint.

Cela fait, il se rendit chez Marguerite.

Il avait beau se contenir, il rayonnait lorsqu'il entra chez la reine.

— Ma bonne Margot, lui dit-il, je reconnais que, depuis une année, vous m'avez servi en fidèle alliée. Je veux vous en témoigner ma reconnaissance.

— Et à propos de quoi ces protestations, sire ? répondit-elle. On croirait que vous allez partir et que vous venez me faire vos adieux.

Henri se mordit les lèvres. Son impatience l'avait trahi.

— Vous vous trompez, madame, je ne pars pas, ou du moins je ne pars pas encore, quoique ce ne soit pas l'envie qui m'en manque. En effet, voilà que le duc d'Alençon est sur le point de traiter avec notre bien-aimée mère et d'abandonner ceux qu'il a entraînés dans sa rébellion. Avouez que le moment serait bien choisi pour rallier cette armée et pour en prendre le commandement à sa place.

— J'en conviens, sire.

— Étant donc admis que l'instant est favorable et que je brûle du désir de

i-.\ iu;i.ij; \ iKiKN'ii i:i{K

ne pas It» liiisscr t-chappcr, reprit lo roi dn Navairn, il m; scrail pas impossible <]in> je prolilassc (In la proinijîre occasion (|ni se préscnlrra. (^)iian(l se présenlera-l-elle? Jo l'if^nore. i*eut-(Hre uujourd'hni... peul-èlre (Ittniaiii... penl-Mre dans linil jonrs...

— Micnx vaudrait i\ur. ce fiU aujonrd'liiii qnr dtîniain, cL diiinain qtic dans huit jours, lit observer linenient .Mar^ucriti'.

— Sans aucun doute. Aussi comme cette occasion peut se présenter dans des circonstances tellement exceptionnelles que le temps me manque pour vous •în avertir, je tiens à vous rappeler la promesse que vous m'avez faite.

— Laciuello, sire ?

— Celle do ne m'abandonner jamais et de suivre ma fortune, vers quelque biil ([u'ellc me conduise.

— Je vous le promets encore, sire.

— De sorte que si je partais aujourd'hui, demain ou dans huit jours...

— J'irais vous rejoindre aussitôt que cela me serait possible, mon cher sire.

— Alors, ma bonne Margot, voilà qui est bien convenu, fit le roi. Vous me laissez mes coudées franches ?

— Que Votre Majesté ne s'occupe pas de moi. Je ne suis pas en pays ennemi à la cour de France et je n'y cours aucun danger.

— Qu'on dise donc que vous n'êtes pas la meilleure des femmes ! fit le roi en lui baisant galamment la main.

— Et vous, le modèle des maris, répliqua en riant Marguerite.

Elle le regarda disj)araître, sans changer de visage ; mais dès qu'il se fut éloigné, elle devint sérieuse et pensive.

— Il y a loin encore de là au trône de France, murmura-t-elle ; mais qui sait? ... Nous y parviendrons peut-être...

Ces quelques mots résumaient toute l'ambition de la jeune reine et expliquaient pourquoi elle se liguait avec son mari contre sa mère el ses deux frères.

Le lendemain, au petit jour, la foule des gentilshommes encombrait les cours du Louvre. Henri III, lui-même, venait de se mettre en selle. Henri de Navarre, seul, n'avait pas encore paru!

11 descendit au moment même où le roi, fort mécontent, donnait le signal du départ.

— Excusez-moi, sire, fit Henri en sautant lestement à cheval, mais je dormais d'un si bon somme, ce matin, que mon valet de chambre a eu toutes les peines du monde à me réveiller.

Il mentait impudemment. De la nuit il n'avait pas pu fermer l'œil.

Enfin, le cortège royal s'ébranla. Pendant la route, Henri ne quitta pas le roi. Il était d'une verve intarissable ; ses éperons caressaient malgré lui les flancs de son cheval.

Huit heures sonnaient quand on arriva au château de Saint-Germain, où étaient réunis la meute et les piqueurs.

Une légère collation avait été préparée, à laquelle le roi de Navarre fit le plus grand honneur.

— On dirait que vous faites des provisions pour deux jours, mon frère, dit Henri III.

Le roi de Navarre eut un léger tremblement nerveux. Se doutait-on de quelque chose ? Il eut peur. Déjà il avait remarqué que le capitaine des gardes de Sa Majesté ne faisait pas partie de l'escorte. Cette absence l'inquiétait. Est-ce qu'on l'avait fait partir d'avance? Lui aurait-on donné l'ordre de cerner la forêt avec sa compagnie ?

Néanmoins Henri fit bonne contenance. D'ailleurs il n'eut pas beaucoup le temps de la réflexion : le roi venait de se lever de table.

Dix minutes après, on était en pleine forêt, et les chiens donnaient sur un magnifique dix-cors que les piqueurs avaient signalé.

Le roi de Navarre ne se pressait pas. Il laissait s'éloigner, les uns après les autres, les gentilshommes qui l'entouraient. Enfin il demeura seul.

Obliquant tout à coup sur la gauche, il se dirigea vers le chemin qui conduisait de Saint-Germain à Poissy. C'était sur cette route que, le jour oii Gilbert chassait avec lui, ils avaient rencontré M. de Moissac; c'était là aussi qu'il espérait retrouver le baron de Prévalais.

^ Il ne se trompait pas. A peine avait-il quitté la traverse pour s'engager dans ce chemin qu'il vit venir à lui, au galop de son cheval, un gentilhomme dont le visage disparaissait sous les plis de son manteau.

Arrivé près du roi de Navarre, il se découvrit.

— Enfin! c'est toil dit Henri.

— Etes-vous prêt, sire ?

— Oui, mais es-tu sûr que nous ne sommes pas surveillés?

— Je n'ai pas rencontré âme qui vive.

— Ce n'est pas une raison, fit observer le roi. Je n'ai pas vu M. de Nogaret ce matin et j'ai bien peur...

— N'est-ce que cela qui vous inquiète, sire? Alors rassurez-vous. M. de Nogaret est au lit depuis hier au soir, malade d'un coup d'épée qui ne lui permettra guère de se lever avant six semaines.

— Bah! qui te l'a dit?

— Personne, sire; mais je puis vous l'affirmer à bon droit: c'est moi qui lui ai fourni le coup d'épée, pour qu'il ne vienne pas nous déranger une seconde fois.

— Ah ! je respire ! fit Henri soulagé d'un grand poids. ^

— Alors, en route? demanda Gilbert.

— En route ! répondit le roi de Navarre.

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