I. A m: lu: aikîkntikiik
ndmiralilf Ix-aiilt- un rcLiard n'|HMilaiil, an fond durjnd on lisait un ainonr jii'ofund.
E\W. eut conscienco do l'ompirc (in'i'llc oxorçait sur lui, mais clic se. dclonina dcd;\ii;ii(Miscmcnl, comnnî si lo sentiment do sou triomphe n'avait aucune val(Mir à SCS y(>u\.
— One vous ai-jc iiromis en accciitanl votro nom? rcpril-elli!. Jo vous ai juré de lo respecter ot de le faire respecter, pas autre chose. Soyez tranquille, je ne nianrincrai pas h mes cni^ai:cmcnts. Ou, si jamais mon cœur m'enlrainait si loin que ma raison devienne impuissante à lo contenir, vous seriez le premier à l'apprendre, je vous lo promets.
Elle se tut et laissa pendant quelques secondes ses yeux errer à l'aventure, emportée par sa rêverie hien au delà des murs étroits dans lesquels elle était enfermée.
Le tigre était définitivement dompté. Il la contemplait avec une sorte d'extase el ne faisait pas un mouvement, afin de ne pas la distraire des pensées qui l'absorbaient.
— Et c'est vous qui lécriminez, qui vous fâchez, qui menacez! reprit-elle avec une vivacité soudaine. Mais que dirai-je donc, moi, le jour oii mon cher passé, que j'essaye en vain d'oublier, se représentera à mes souvenirs?
Capricanti baissa la tète et ne répondit pas.
— Suis-je votre femme autrement que de nom? continua-t-elle. Me suis-je donnée h vous librement? Vous ai-je laissé entendre que je vous aimerais jamais? Non, vous le savez bien. C'est en vertu d'un marché que j'ai consenti à porter votre nom. C'est placée entre la ruine démon pore et le déshonneur de vous appartenir, que je me suis résignée à cet horrible sacrifice. Pouvez-vous dire que je vous aie trompé, moi? Mon passé avait-il quelque chose de caché pour vous? Ignoriez- vous que j'étais aimée? N'est-ce pas vous qui avez été la cause du drame sanglant dans lequel celui que j'aimais moi-même a perdu la vie?
— Vous me rendrez au moins cette justice, balbutia Capricanti, que je n'ai personnellement rien fait pour amener cette catastrophe...
— Croyez-vous que je serais auprès de vous si je n'en avais pas la certitude? demanda-t-elle avec une énergie farouche. Et pourtant, sans vous, serais-je poursuivie par le remords d'avoir tué mon pauvre Giulio?... Ah! tenez, croyezmoi, monsieur, ne vous avisez jamais de recourir à la violence pour me contraindre, sans cela je briserais comme un lien fragile la chaîne à laquelle je me suis rivée et dont vous me faites sentir si lourdement le poids?
En disant ces mots, oubliant l'accidenL dont elle avait été victime quatre heures auparavant, elle voulut se lever pour calmer l'agitation à laquelle elle était en proie; mais elle laissa échapper aussitôt un cri de douleur. Elle serait tombée, si elle n'avait pas trouvé sur une console, qui se trouvait à sa portée, l'appui que cherchait instinctivement sa main défaillante.
LA CELLE ARGENTIERE 43
Capricanti s'élança à son secours.
Elle le repoussa fièrement.
— fvierci, lui dit-elle, je n'ai pas besoin de vos services. Grâce à Dieu! je no suis point une de ces femmelettes qu'une foulure fasse tomber en pâmoison. Vous pouvez vous retirer, monsieur : je vous ai dit tout ce que j'avais à vous dire. Je n'y ajouterai que ces quelques mots : si jamais, en quelque occasion que ce soit, scène pareille à celle dont j'ai été témoin ce soir se renouvelait, nulle puissance humaine ne me retiendrait auprès de vous, — et vous verrez si je tiens ma promesse!
Capricanti était redevenu humble et soumis.
— Il est vrai, madame, dit-il à Léona, que nous faisons un ménage étrange et qu'à la rigueur je n'aurais pas le droit d'être jaloux de vous.
« N'oubliez pas pourtant qu'aux yeux du monde nous sommes bien réellement mari et femme. Si j'abjure à vos pieds toute autorité, si je me soumets au sort cruel que vous m'avez imposé, je ne renonce pas entièrement vis-à-vis des autres à sauvegarder mon honneur, qui est aussi le vôtre. C'est pour obéira celte voix impérieuse que je me suis laissé entraîner ce soir à des violences que je déplore, parce qu'elles sont injurieuses pour votre dignité. Peut-être n'auraisje pas cédé à l'impétuosité de ma colère, si j'avais agi de mon propre mouvement, mais on avait pris soin de me faire toucher du doigt les attentions dont vous aviez été l'objet et sur lesquelles je voulais fermer les yeux. Ma jalousie et mon amour-propre ont été habilement exploités... j'ai eu peur de vous perdre et je n'ai pas voulu succomber sous le ridicule...
— Que dites-vous? s'écria la jeune femme. C'est donc à des suggestions peifides que vous avez obéi?
— Oui, madame. Ne me demandez pas de vous nommer celle qui me les a inspirées : j'ai juré de me taire et, quoi que vous en disiez, je sais aussi tenir un serment; mais ne croyez pas non plus que mon silence soit une défaite derrière laquelle j'essaye d'abriter ma faute.
— Oh! je n'en doute pas, fit vivement Léona, mais vous avez dit : « celle ». C'est donc une femme qui vous a inspiré celte pensée?
— Si je l'ai dit, cela doit êtt^ vrai, madame ; mais, je vous en supplie, n'insistez pas sur ce sujet délicat; il m'en coûterait trop de vous répondre par un refus.
— Soit! dit la jeune femme; mais, une autre fois, ayez plus de confiance en moi, si vous ne voulez pas creuser entre nous un abîme que rien ne pourrait combler.
— Vous perdre! s'écria Capricanti en joignant les mains. N'aurais-je donc tant souffert que pour en arriver là? Si j'ai conclu avec votre père le pacte que vous me reprochez, n'est-ce pas parce que je vous aimais par-dessus toute chose? Ah! Dieu m'est témoin que je ne croyais pas alors me vouer éternelle-
LA RICLLii AIHIKNTII'UE
mt'iil ail supplie»^ qiio vous mo faites endiiror! J'espérais vaincre vos résistances à force lit' prévenances... do liicn-èlro... d'ahné^ation... Mais non, rien ne vous a loiicliée : ni mon amour dont vous ne soullVez (jue je vous entrelienno qu'avec une répugnance invincililc, ni ni.i souinissioii d'esclave, dont je no cess(! de vous donner des preuves. Depuis cin«[ ans, vous n'avez pas adouci pour moi vos rigueurs ot je coninienco à désespérer d'en triompher jamais. N'importe. Cyesl le destin. Un jour peut-être vous laisserez-vous attendrir, et ce jour-là j'oublierai tout ce que vous m'avez fait soullrir.
Le malheureux disait vrai. I^éona l'avait écoulé avec une impatience manifeste. Pendant qu'il parlait, elle froissait dans ses doigts fuselés son mouchoir de fine batiste et se mordait les lèvres pour retenir les paroles indignées qui étaient près de s'en échapper.
— De grAce, monsieur, laissez-moi, lui dit-elle. Vous voyez bien que je soulTre et que j'ai besoin de repos.
— C'est juste, madame. Je me retire donc. Dormez en pai.\.!
A ces mots, il s'inclina ot s'éloigna lentement. Arrivé sur le seuil de la porte, il s'arrêta pour jeter sur la jeune femme un dernier regard ; puis avec un geste de désespéré, il souleva la portière et dis])arut.
Léona respira longuement, sonna sa femme de chambre, se déshabilla et se mil au lit.
Dans ce qu'elle venait de voir et d'apprendre, deux choses surtout l'intriguaient vivement. Qui avait inspiré à sou mari l'idée d'organiser ce guelapens ? El comment le roi de Navarre, — car elle ne doutait pas que ce fût de lui qu'on voulait se débarrasser, — avait-il échappé au danger qui le menaçait?
Elle était dans sa chambre avec Gilonne, au moment oii le combat s'était engagé. Au bruit de la lutte, elle avait prêté l'oreille. Inquiète enfin des cris et des imprécations qui montaient jusqu'à elle, elle avait donné à sa camériste l'ordre d'ouvrir la fenêtre.
Appuyée sur le bras de Gilonne, elle s'était approchée, avait entre-bâillé les volets et s'était penchée au dehors.
Elle avait vu alors deux gentilshommes acculés contre le mur et serrés de près par cinq ou six bandits. Bien plus, grâce att rayon de lumière que sa fenêtre avait laissé passer, elle avait cru reconnaître Henri de Navarre et... ce jeune gentilhomme inconnu qui l'avait accompagnée le soir même jusqu'à sa porte.
Elle allait envoyer Gilonne dans la rue pour s'informer, quand son mari entra.
— Ehl madame, dit-il en refermant brutalement la fenêtre, ce qui se passe dans la rue ne nous regarde pas.
C'étaient ces paroles que Gilbert avait entendues.
Sur le moment, Léona avait été saisie d'une frayeur telle qu'elle s'était lais-
sée tomber sur un siège, sans protester contre la violence dont l'orfèvre venait d'user. Ce ne fut qu'au bout de quelques instants, alors que, de nouveau, elle restait seule dans sa chambre avec Gilonne, que la curiosité l'emporta sur la frayeur et lui donna du courage.
Elle revint vers la fenêtre, qu'elle ouvrit cette fois avec plus de précautions, et ne fut pas médiocrement surprise en voyant son mari passer en revue les cadavres dont la rue était jonchée.
Elle devina sur-le-champ une partie de la vérité et résolut de provoquer sans tarder une explication. Aussi elle alla immédiatement couper la retraite à Gapricanti.
L'explication qu'elle obtint, et qui était presque une confession, ne lui apprit pas grand'chose, quant aux résultats du combat, sinon que le roi de Navarre n'était pas au nombre des blessés ; mais l'autre, celui qu'elle avait cru reconnaître, qu'était-il devenu?
Lorsque après avoir définitivement congédié Gilonne, elle demeura seule, il lui fut impossible de fermer les yeux.
Gomment ce gentilhomme, qu'elle avait vu descendre de cheval à la porto du Soleil levant, s'était-il trouvé là? Connaissait-il Henri de Navarre? L'avait-il accompagné, ou bien n'était-il venu lui-même sous les fenêtres de la Belle Argentière que dans l'espérance de la revoir? Etait-ce par hasard qu'ils avaient tous les deux réuni leurs efforts pour Cumuaiire l'infâme agression dirigée contre le jeune roi?
Léona pouvait facilement, le lendemain, éclaircir ce mystère pour ce qui concernait Henri ; mais elle aurait désiré surtout savoir à quoi s'en tenir sur le compte de ce jeune et joli garçon, qui lui avait si galamment offert son bras à la suite de l'accident dont elle avait été victime.
Elle ne savait quelle ruse employer pour découvrir la vérité, sans se compromettre. Enfin, après une nuit d'insomnie, elle ne trouva pas de meilleur moyen que d'envoyer Gilonne à l'auberge de maître Coquelicot. Une seule difficulté se présentait : elle ne connaissait pas le nom de ce gentilhomme.
— Te souviens-tu, dit-elle à sa camériste, de ce jeune seigneur qui m'a accompagnée jusqu'ici après la chute maladroite que j'avais faite ?
— Certes, dit Gilonne. Ce gentilhomme a un air et un visage qu'on n'oublie pas du jour au lendemain.
— Bien. Et son laquais, l'as-tu vu ?
— Celui qui tenait les chevaux en main?... Oui, je l'ai aperçu... vaguement...
— Serais-tu en état de le reconnaître ?
— Je le crois.
— Alors va-t'en rôder autour du Soleil levant^ jusqu'à ce que tu l'aperçoives, et ne reviens pas sans me dire comment son maître se nomme, s'il est blessé,
LA HKLFJ: Alir,KNTII>llE
moi l on \iv;iiit. car il figurait, j'en stiis sùro, au nomhr»; do ceux qui, sous nios ffiii^'lics. Iiit'i' soir...
— (lomnuMil! .sV'cria Gilonno oITrayén. îl riait, là?
Kilo partit aussitôt. La rusét^ finncllo eut faciNîmont raison dn l'iniîxpéricnce (le Dégourdi. Kilo lui arracha tout co qu'il lui importait do savoir et vint rendre compte à sa maîtresse du résultat do sou expédition.
A huit heures du matin, Léona savait que \o. f;enliiliomme auquiM eilc s'intéressait se nommait Gilbert de Prévalais, avait été hl(\ssé léf^i;rement la veille, dans la soirée, non loin do rhôtelleri(» où il demeurait, et qu'il y avait été reconduit par un autre gentilhomme, nommé Henri, qui, lui, n'était pas blessé.
Ainsi elle ne s'était pas trompé. Le jeune seigneur qui était venu en aido au roi de Navarre était bien celui que le hasard lui avait fait rencontrer la veille.
Sans se rendre compte de ce qu'elle éprouvait, Léona ressentit une commotion singulière, en apprenant que Gilbert était blessé à cause d'elle, sinon pour elle.
Elle avait compris, en le voyant couvert de poussière, qu'il arrivait à Paris, où il ne demeurait certainement pas, puisqu'il parlementait à la porte de Coquelicot au moment où elle passait, au lieu d'entrer tout droit dans la cour de l'hôtellerie.
Or, ainsi que l'avait fait très judicieusement observer Gilonne, Gilbert n'était pas homme à rester inaperçu. Non seulement il était beau de visage et bien fait de sa personne, mais il y avait dans ses allures une crânerie et sur ses traits virils une franchise qui lui conciliaient à première vue toutes les sympathies.
Il suffisait de lever les yeux sur lui pour voir qu'il était courageux et lort, et, par l'aisance de ses moindres mouvements, on devinait qu'il avait étérompu de bonne heure à tous les exercices du corps, qui réclament de la souplesse et de la vigueur.
Enfin, si courte qu'eût été la conversation qu'il avait eue avecla jeune femme avant de la quitter, elle avait duré juste assez de temps pour que la Belle Argentière jugeât qu'il ne manquait pas d'esprit et qu'il n'était pas trop emprunté.
Aussi, maintenant qu'elle était à peu près rassurée sur son compte et sur celui du roi de Navarre, c'était sur le second point que se portait l'ardente curiosité de Léona.
Quelle femme avait poussé Gapricanti à commettre la lâcheté dont elle avait été témoin ?
Sans doute parmi les nobles dames qui peuplaient la cour de France, l'orfèvre avait beaucoup de relations, mais des relations de négoce seulement. D'ailleurs, parmi ces riches clientes, quelle femme avait intérêt à la disparition du roi de Navarre? Madame de Sauve ? Par jalousie ? Non. La duchesse ne l'ai-
mait pas assez pour le sacrifier à son amour, elle qui, la première, l'avait trahi pour le duc d'Alençon. Serait-ce Marguerite, la femme d'Henri? Pas davantage. Elle m'aimait pas son mari, tout le monde le savait, donc elle n'en était pas jalouse.
Léona ne s'égara pas plus longtemps. A une femme seulement il importait que le roi de Navarre mourût : c'était à la reine-mère, car, lui mort, elle n'avait plus à redouter que le trône de France passât entre les mains des Bourbons.
Cette découverte causa une frayeur mortelle à la Belle Argentière, car elle lui fit entrevoir de terribles dang'crs pour l'avenir..