‹ La belle au bois dormant drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 16 sur 146 · Didier, T.outso, Georges · texte numérisé non relu

Didier, T.outso, Georges

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AGIR- PRRAIIER.

DIDIER

Maflemoiselle, je vous supplie de croire que je suis de mon temps; que j’cn sais apprécier les bienfaits; que j’aime autant qu’un autre à voir mes semblable.s ne pas mourir de faim... de plus, je sais admirer les merveilles de l’industrie moderne... Ainsi certainement c’est un bel objet qu’un viaduc, qu'un pont en tôle, qu’un poteau de télégraphe, qu’une belle balle, qu’un bel abattoir môme... mais il me semble qu’on pourrait conserver, çà et là, quelques vieux arbres, quelques vieilles églises, quelques vieux cMteaux... et que ça ne ferait pas mal dans le paysage!

LOUISE

Mon Dieul monsieur, je vous avoue que les choses qui ne servent à rien et les gens qui ne font rien, ne me touchent guère!

DIDIER

Ah! je vous demande encore dix millions de pardons, mademoiselle; mais voyons, vous figurez-vous que l’homme vive uniquement... de thé et de tartines?... Ne pensez-vous pas qu'il lui faut quelque chose de plus?

GEORGES, riant.

L’idéal 1 l’idéal! Dis-le, va!

DIDIER

Eh bien! parfaitement, l’idéal!

GEORGES

C'est çal le voilà!

Ou’est-ce que c’est que l’idéal ?

GEORGES

Ma chère, en langue vulgaire, c’est l’inutile!

DIDIER

Parfaitement encore! j’accepte ta définition! L’idéal, c’est l’inutile!... ce qui ne se mange pas... les fleurs, par exemple ! car, suivjml vous... la nature s’est trompée... elle n’aurait dù faire que des légumes... elle a fait des fleurs... elle a eu tort, c’est bien! Mais je

LA HKLLE AU BOIS DORMANT

pense moi, que vous dédaignez trop ce superflu... elqu’en détruisant radicalement partout l’esprit, la poésie du passé, au lieu de lui faire une place au milieu des grandeurs du génie moderne... vous dépassez le but... et que votre société n'en sera ni meilleure ni plus heureuse! Dixi!

GEORGES

La poésie du pas.'él Ah çà! voyons donc, bourgeois que tu es... car tu es un bourgeois comme moi, mon cher, et tu l’oublies trop... la poésie du passé, sais-tu bien ce que c’est? Ah! si tu la voyais comme tes pères l’ont vue, et comme je la vois encore tous les jours, moi, non pas à l’état de souxeiiir, mais debout, vivante, militante et o^pressivel Tiens!... Elle est là à deux pas... car nous sommes ici, mon cher, sur les limites extrêmes de la civilisation..., là, derrière ces bois, commence la Cornouaille, un pays de montagnes où palpite encore un reste de celte vieille Bretagne que tu regrettes, avec ses mœurs, ses costumes, ses danses, ses chants, tous ses prestiges... mais aussi avec ses superstitions, son ignorance, ses paysans sauvages, sa noblesse insolente! Ah! si depuis soixante ans, toi et les liens, vous luttiez, comme nous autres, pied à pied, contre les préjugés, l’opiniâtreté et l’arrogance aveugle de ce passé... tu ne l’appellerais ni la poésie ni l’idéal, tu lui donnerais son vrai nom : la barbarie!

Ah ! laisse donc!

GlilORGKS, poursuivnnt nvec feu.

Et alors, tu oublierais vite les rêveries de dilettante et d’artiste... lu redeviendrais Jaccpies Bonhomme, comme ton père! et indigné comme nous, outragé, entravé dans tous tes efforts vers le bien et vers l’avenir, lu n’aurais plus qu’un rêve... attaquer ce passé dans ses dernières retraites, mettre la hache dans ces vieux bois pour y faire entrer le soleil, et l’asseoir en maître dans le château qui les couronne!... le château do la Belle au bois dormant, comme nous l’appelons.

niDIER.

De la Belle au bois dormant... pourquoi?

la

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