‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 31 sur 55 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

HELENE, ANDRE

La scène reste vide un instant. On entend un grelot qui se rapproche de plus en plus, le pas d'un cheval, la voix du cocher qui rarréte, des mots confus dits par Hélène et Gustou. Bruit de pas dans l'escalier. Hélène paraît sur le seuil.

HÉLÈNE, à la porte. — Merci, Gustou, merci.

Elle entre et André entre derrière elle.

HÉLÈNE. — Voilà. C'est ici mon château.

André, regardant autour de lui. — Je le connais depuis une seconde et je l'aime déjà... Hélène, je suis heureux.

HÉLÈNE. — Je suis heureuse. Je suis heureuse. Je ne trouve que ce mot-là.

André. — C'est drôle, il y a tant de mots pour se plaindre, et il y en a si peu pour dire qu'on est heureux.

HÉLÈNE. — C'est qu'on le dit bien moins. Tenez^ c'est déjà fini. Il faut que vous partiez.

André. — Oui, Hélène, (il tire sa montre.) MaLs, j'ai le temps.

PIÉLÈNB. — H n'y a plus qu'un train!

André. — Je le prendrai, je vous le promets.

Soyez tranquille.

HÉLÈNE. — Je suis tout le temps tranquille. Seulement, depuis ce matin, nous ne cessons pas de nous dire adieu, et, je ne sais pas comment ça se fait, mais nous sommes toujours ensemble.

André. — Oh! ça, c'est d'une injustice!

HÉLÈNE. — Comment f Est-ce qu'il n'éuit pas convenu que vous me conduiriez seulement de Louveciennes à Paris?

André. — Oh! Et qu'est-ce qui serait arrivé si je ne vous avais pas menée Jans un grand magasin pour acheter ce costume? Vous étiez affolée.

HÉLÈNE. — Dame, entrer avec une robe blanche.

André. — On ne Va. pas vue.

HÉLÈNE. — Mais si. Mon manteau s'est entr'ouvert, et savez-vous ce que l'homme de l'ascenseur a dit tout bas au petit groom?

André. — Quoi?

HÉLÈNE. — Il a dit : « Une mariée, à cette heure-ci, c'est sûrement pour le cinéma. »

André. — Vous voyez que j'avais raison d'être là.

HÉLÈNE. — Soit. Mais vous auriez pu ne pas me suivre jusqu'à la gare. Vous auriez pu ne pas monter dans le train.

André. — Oh ! je n'en avais pas l'intention. Mais, par une malechance inouïe, il n'y avait dans ce train que des compartiments vides, ou aloi*s des compartiments où il y avait des voyageurs.

HÉLÈNE. — Evidemment. Qu'est-ce que vous vouliez donc qu'il y ait?

André, — Je ne sais pas, mais je ne pouvais pas vous laisser dans les uns où vous auriez été seule, je ne pouvais pas, non plus, vous laisser dans les autres avec des inconnus.

HÉLÈNE. — Soit. Mais est-ce que vous n'aviez pas juré de descendre à la première station?

André. — Si. Mais le train ne s'y est pas arrêté. Alors, la seconde, ou la troisième, ou la dixième, avouez que ce n'était plus qu'une question de chiffres, ça n'avait plus aucune importance. Et puis, est-ce que je n'ai pas été le plus sage des compagnons?

HÉLÈNE. — C'est vrai. Mais, maintenant, partez.

André. — Je pars, laissez-moi vous regarder.

Laissez-moi partir en vous regardant.

HÉLÈNE, lui donnant ses deux mains. — Voilà.

André, en s*en allant. — Adîeu, Hélène. Demain^ je verrai mes parents, dans un mois, vous serez ma femme, et personne ne se doutera jamais que je vous ai accompagnée jusqu'ici, dans ce pays perdu !

Jeantine entre.

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