‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 37 sur 55 · Scène I X · texte numérisé non relu

Scène I X

ANDRE, HELENE Ah! mon Dieu! j'ai été lâche! Il faut

André. — Mais non !

HÉLÈNE. — Si... si...

André. — Nous lui avouerons tout...

HÉLÈNE. — Quand?

André. — Demain matin.

HÉLÈNE. — Oh! Qu'est-ce que vous dites Y

André. — Oui, c'est tellement plus facile d'avouer le matin.

HÉLÈNE. — Vous êtes fôu! Vous ne pouvez pas passer la nuit ici.

André. — Evidemment non. Ecoutez-moi, Hélène, vous allez rentrer dans votre chambre.

HÉLÈNE. V— Et vous?

André. — Et moi, je resterai là dans cette pièçe- J y serai très bien... pour ne pas dormir.

HÉLÈNE. — Voyons, André, c'est impossible.

André. — Pourquoi?

"HÉLÈNE. — Mais parce que...

André. — Hélène, vous n'avez pas confiance en moi ?

HÉLÈNE. — Si... si...

André. — Eh bien, alors?

HÉLÈNE. — Eh bien... Oui... Oui... Et puis, comme ça, je vous verrai encore demain matin... et puis, en m'en dormant tout à l'heure, je serai joyeuse de penser que vous êtes tout près de moi... tout près... seulement dans une autre pièce... André... ce matin vous m'avez sauvée malgré moi... Merci... je suis encore si émue... Voilà... C'est tout. Bonsoir... André... A demain...

Elle va vers sa chambre.

André. — Ah! non, non... Vous n'allez pas partir comme ça?

HÉLÈNE. — Mais...

André. — Vous pouvez bien m'accorder notre soirée de fiançailles... Je ne l'ai ])as volée.

HÉLÈNE. — Oh! ça c'est vrai!

André. — Et puis, après tout, nous sommes des cousins. C'est la parenté la plus assommante qui existe. Pour une fois qu'elle peut servir à quelque chose, profitons-en. Soyons cousins, là, et ne pensons pas à autre chose ! Parlons de choses agréables, tenez, par exemple, des têtes qu'on doit faire en ce moment à liouveciennes.

HÉLÈNE. — Mon Dieu! Qu'est-ce que doit dire votre mère...

André. — Oh! ce doit être ennuyeux!

HÉLÈNE. — Oh! vous plaisantez de choses pareilles?

André. — N'ayez pas peur, puisque je serai à Paris demain soir; je lui parlerai, j'arrangerai tout.

HÉLÈNE. — Et mon fiance? l'autre?

André. — Je lui parlerai aussi.

HÉLÈNE. — Ah! non.

André. — Pourquoi? Je né lui en veux pas du tout, à ce garçon.

HÉLÈNE. — Je pense bien !

André. — Je vous assure que, maintenant, il m'est plutôt sympathique... Et puis il se consolera... je vous aime bien trop pour qu'il ne se console pas...

HÉLÈNE. — Ah! André, c'est que, voyez-vous, au fond, je me reproche encore ma fuite.

André. — Ce n'est pas vrai.

HÉLÈNE. — Evidemment, ce n'est peut-être pas vrai. Mais, tout de même, je ne suis pas satisfaite de moi.

André. — Mais si, il le faut!... La joie, c'est encore la plus jolie honnêteté qu'on ait imaginée.

LA BELLE AVENTUKE

dans les bras d'André, puis se dégage brusquement d'un grand

effort.) Nou^ laissez-moi; laissez-moi.

André. — Mais...

HÉLÈNE. — N'approchez pas... Ecoutez-moi... 11 faut, que vous m'écoutiez... André... j'ai été une jeune fille très piire, très droite... et je suis votre fiancée... Tout de moi vous appartient déjà, je n'ai plus que mon honnêteté,' laissez-la-moi quelques jours encore... C'est pqur vous-même que je veux me garder de vous... J'ai eu un instant de faiblesse... mais, maintenant, je me sens forte et je n'ai plus peur de . vous... Non, André, regardez-moi, je n'ai plus peur, I je n'ai plus ijeur du tout.

AiîDRÉ. ' — Hélène, je vous demande pardon. Vous n'avez plus rien à craindre de moi, plus rien.

HÉLÈNE, avec élan. — Ah! merci!

André. — Vous allez rentrer dans votre chambre et moi je vais dormir là... Oh ! j'y serai très mal !

HÉLÈNE. — Mon pauvre ami! c'est vrai. Attendez...

André. — Où allez-vous?

HÉLÈNE. — Je reviens...

Elle entre dans sa chambre et en sort un instant après avec, sur les bras, une grande couverture de lit et un oreiller.

André. — Qu'est-ce que c'est?

HÉLÈNE. — Un oreiller et une couverture pour vous.

André. — Je n'ai pas froid! Je n'ai pas même froid... Si au moins j'avais froid, ça me distrairait.

HÉLÈNE. — Laissez-moi faire... je vais vous installer... vous border. (Elle le fait asseoir dans le fauteuil et lui entoure les jambes de la couverture.) Comme Ça,

vous serez tout douillet, comme dit Jeantine, et puis vous ne pourrez pas vous sauver.

André. — Je dois être ridicule. J'ai l'air d'un malade, (il se lève brusquement.) Vous me rcverrcz toujours comme ça, et vous ne pourrez plus m'aimer.

HÉLÈNE, le forçant à se rasseoir. — VouS êtes tout à

fait gentil... Et, maintenant, je vais baisser la lampe (Elle la baisse.) et VOUS dire adieu.

André. — Hélène, je vais être malheure-ix.

! HÉLÈNE. — Ne dites pas cela! Moi, je s.ns au contraire si contente ! J'ai le cœur si débordant et si léger! Depuis si longtemps je rêvais de vous, loin de vous! Cette nuit, je vais rêver de vous, près de vous !

André, tendant les bras vers elle. — Hélène!... HÉLÈNE. — Chut!...

André. — Vous n'allez pas partir ainsi...

HÉLÈNE. — Fermez les yeux.

Ils échangent un long baise r^ Puis elle se dégage de l'étreinte d'André et court jusqu'à la porte de sa chambre. Sur le seuil, elle se retourne et envoie à André un baiser de la main. Puis elle rentre et on l'entend qui donne un tour de clef à la porte.

Soène X

ANDRE, puis M- DE TREVILLAC

Resté seul, André se lève, se rassied, puis se tourne et se retourne à plusieurs reprises, sans trouver de position satisfaisante. Enfin il ferme les yeux et demeure immobile. Les douze coups de minuit commencent à ronner. M * de Trévillac, en costume de nuit, un petit bougeoir à la main, ouvre lentement I;^ porte, va chercher dans le vase qui est sur le dressoir trois brins de romarin et va les poser devant

la porte d'Hélène. Ceci fait, elle revient à pas légers et heurte le fauteuil dans lequel André est assoupi; celui-ci se lève brusquement.

M™* DE Trévillac, effrayée. — Qui est là?

André. — Qu'est-ce que c'est?

M"* de Trévillac. — Vous!

André, balbutiant. — Oui, oui... moi...

M"" de Trévillac. — Qu'est-ce que vous faites!

André. — Je... J'étais là...

Il remonte la lampe.

M"' DE Trévillac. -— Pourquoi?

André. — Mais... c'est bien simple... pour... pour... Voilà...

M"'' de Trévillac, apercevant la courte-pointe. — Et

ça?... Mais c'est la courte-pointe du lit!

André. — Oui, c'est pour moi.

M"* DE Trévillac. — Pour vous?

André. — Oui... oui... n'est-ce pas, pour que je n'aie pas froid cette nuit.

M"' DE Trévillac. — Comment, cette nuit! Et Hélène, oii est-elle?

André. — Mais... dans... dans, sa chambre.

M"' DE Trévillac. — Et vous, ici?

André. — Oui... oui... justement.

M"* DE Trévillac. — A quoi faire? A attendre que les pintades aient chanté vêpres?... Enfin, elle n'est pas malade?...

André. — Non, merci... Seulement, la fatigue, le voyage... Alors, elle a préféré rester seule.

M"* DE Trévillac. — Oh! Et vous vous résignez! Et vous ne dites rien ! Et vous êtes là, bien tranquillement installé, dans votre petit fauteuil, avec votre •petite couverture sur les genoux, à dormir... comme à la messe...

André. — Mais...

M*"* DE Trévillac. — Et dire que tout à l'heure je vous ai fait une déclaration ! Eh bien, mon garçon, si j'avais cinquante ans de moins, je prends le bon Dieu à témoin que je n'aurais pas attendu la foire de la Saint-Michel pour vous planter là!

André. — Mais, madame ! C'est extrêmement désagréable, ce que vous me dites là!

M"* DE Trévillac. — Mais je l'espère bien! Vous ne l'avez pas volé. Qu'est-ce qui m'a campé un mari pareil! Sachez-le, mon petit, un homme doit être un homme. C'est le seul moyen pour qu'une femme devienne une femme! Et moi qui venais avec mon romarin !

André. — Votre romarin?

M"* DE Trévillac. — Taisez-vous!

André. — Ah! mais, c'est intolérable! Vous ne pouvez pas comprendre.

M™" DE Trévillac. — '^^ M^î9Ef^"<^® .Q^^V"® chose: c'est que vous êtes un mcoSeme]^ un ffaet,*^t ime maiivieue.

André, éclatant. — Mais, bon Dieu de bon Dieu, ce n'est pas de ma faute!

M"*" DE Trévillac. — C'est de la sienne, alors? Ça ne m'étonne pas non plus. Ah! on les élève proprement, les demoiselles de Paris! On leur apprend des danses de sauvages et à se frotter toute une soirée contre des messieurs qu'elles ne connaissent même point... ^It, le jour de leur mariage, elles ne sont seulement pas capables d'épouser leur mari. Ah! à mon âge, on ne mâche pas les mots... quand on s'aime comme vous vous aimez, une nuit de noces, c'est la plus belle chose qui soit au monde.

André. — Mais oui!

LA Petite illustratiom

11^' DE Trévillac. — Eh bien, alorsT

Akdiié. — Mais...

M"" DE Trévillac. — Appelez-la!

Andr^. — C'est que...

M°" De Trévillac. — Ahl Mon Dieu!

gÉDération ! Je vais l'appeler, moi. (Elle va fu poru.) Hélèneî

Vois d'Hélène. — Quoi!

M"' DE Trévillac. — C'est moi, ouvre..

te parler. (A Anàti, d'un Ht salisrail.) Voitik! (S'i

Quel jeanjeaii!

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