‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 50 sur 55 · Scène XI · texte numérisé non relu

Scène XI

VALENTIN, M»* D^EGUZON et D'EGUZON,

qui entre derrière sa femme.

M"* d'EgUZON. — Hélène! (Valentin se retourne.)

A'ous !

Valentin. — Oui!...

M'** d*Eguzon. — Ah ! ça, par exemple, c'est affolant.

Valentin. — Oui...

M™* d'Eguzon. — .Alors, tout est arrangé?...

Valentin. — Oui, oui... c'est-à-dire... oui.

M"* d'Eguzon. — C'est à en perdre la tête... Elle se sauve, hier, pour ne pas vous épouser, et je la retrouve ce matin dans vos bras...

Valentin. — Oui, oui... quoique...

M*"* d'Eguzon. — Enfin, expliquez-vous. D'où sortez-vous? Depuis quand êtes- vous là? Qu'est-ce tlifelle vous a dit? Qu'est-ce que vous faites làf

Valentin. — Eh bien, je... je... je mangeais...

M"** d'Eguzon, regardant la tartine. — ■ Des confitures ?

Valentin — Oui, justement.

M'"* d'Eguzon. — Comment, il mange des confitures à onze heures du matin!... en embrassant Hélène... Alors, vous êtes réconciliés?

Valentin. — Oui... oui... oui...

M"* d'Eguzon. — Alors, vous l'épousez?...

Valentin. — Non, non...

M"* d'Eguzon. — ■ Enfin, qu'est-ce que vous avez, c|u'est-ce qui vous prend? Vous n'aviez qu'une qualité, c'est d'être net et précis... sapristi! soyez-le.

Valentin, bafouillant. — Je vais l'être. Voilà! On s'imagine quelquefois, madame, dans la vie, parce que... et cependant moi, à ce point de vue là, je... et puis pas du tout... Alors, on pense... on se figure... et c'est bien naturel... Et puis c'est tout le contraire... voilà...

M™' d'Eguzon. — Oh!... ça! Je crois que je deviens folle... Du reste, il y a de quoi f Hier au soir, subitement, je pense tout d'un coup : « Hélène ne peut être qu'à Chantelouve. » Nous sautons dans l'auto... nous voyageons presque toute la nuit... J'arrive, et je trouve une espèce d'iroquois, bafouillant et ahuri... Ma parole, c'est à ne pas vous reconnaître.

Valentin. — Ah ! c'est que j'ai beaucoup changé, madame.

D'Eguzon. — Quoi?

Valentin. — Oui, depuis hier, je suis un peu revenu des choses précises, des projets arrêtés... et je me demande à présent si la vérité et même le bonheur ne sont pas dans la fantaisie.

M"* d'Eguzon. — Qu'est-ce que c'est encore que ça?

Valentin. — C'est que, madame, j'ai appris quelque chose que vous m'aviez soigneusement caché.

M"* d'Eguzon. — Taisez-vous!

Valentin. — Mais, madame!...

M"' d'Eguzon. — Taisez-vous I

D'Eguzon, quî jusqu'alors est resté à l'écart. — Mais

non, mon bon ami, ne vous taisez pas. De quoi voulez-vous parler?

M™" d'Eguzon. — Ce n'est pas vrai !

Valentin. — Je veux parler des sentiments réciproques et anciens déjà de M"* Hélène et de votre fils!

D'Eguzon. — Hein?

M"* d'Eguzon. — J'avais cru plus loyal de ne

pas vous en parler. Mais sachez bien que jamais je, ne consentirai à leur mariage et que, d'ailleurs, Andi-é ne se souvient plus /l'Hélène. 11 est à Vienne, et il n'en reviendra pas de sitôt...

Valentin. — Si, madame... c'est-à-dire non... car il est là.

M"' d'Eguzon. — Lui ?

Valentin. — Oui, c'est lui qui a enlevé votre nièce et qui l'a conduite ici.

D'Eguzon. — Ah!

M"* d'Eguzon. — Ce n'est pas^ vrai... Ce n'est pas possible.

Valentin. — Vous le verrez tout à l'heure.

M"' d'Eguzon. — Ah ! c'est trop fort... Ainsi, c'était un complot... Mais ca ne se passera pas comme ça... Et vous, vous êtes là... vous ne bougez pas... Vous restez comme une borne?

Valentin. — Mais, madame...

M"'" d'Eguzon. — D'ailleurs, voulez- vous mon opinion sur vous? Vous êtes né cocu.

D'Eguzon. — Oh! chère amie.

Valentin. — Ah! Mais... Ah! mais, c'est insupportable! D'abord vous m'avez déjà dit ça hier.

M™* d'Eguzon. — Eh bien, si ça ne vous convient pas, vous n'avez qu'à vous en aller.

Valentin, furieux. — Oh ! mais, pardon! Madame... (A M. d'Eguzon.) Vous permettez, monsieur? (A m"'* d'Kguzon.) Vous n'êtes pas chez vous. Vous n'êtes Même pas invitée, et moi je le suis. Alors, il est vraiment renversant que ce soit vous qui me mettiez à la porte.

D'Eguzon. — C'est assez juste ! Mais c'est moi qui vous prie de bien vouloir me laisser un moment en tête à tête avec M"* d'Eguzon. Excusez-moi.

Valentin. — Oh! monsieur, ne vous excusez pas, je m'y attendais... Je retourne au jardin, je suis l'homme du jardin. Madame...

Il sort.

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