L EGLISE DE SAINTE-CLAIRE
Odette semblait prendre son essor vers une heureuse destinée. Ses espérances refleurissaient, comme aussi ses grâces naturelles, quelque temps assombries, étouffées, sous sa coiffe de mendiante; son nouvel emploi lui donnait le privilège d'accompagner partout sa jeune maîtresse, dans les promenades, à l'église, et même de se tenir debout derrière son siège dans les réunions de famille. Que de chances favorables pour attirer les regards de ce futur et glorieux soupirant que le sort lui gardait en réserve !
La cité d'Avignon brillait à celte époque du
double éclat de la tiare et de la couronne. Robert d'Anjou, roi des Deux-Siciles et comte de 'Provence, y séjournait alors avec une jeune enfant, sa petite fille, Jeanne de Naples, depuis si célèbre par ses malheurs, ou plutôt par ses crimes. Un grand nombre de hauts seigneurs y composaient leur cour, et cette troupe dorée , grossie encore par une foule incessante d'illustres pèlerins , princes, barons ou chevaliers, qui, de tous les points de l'Europe, venaient auprès du pape rendre compte de leurs méfaits, accomplir une pénitence, faire arbitrer leurs différends ou quémander un trône, emplissait la nouvelle ville sainte d'une population rayonnante , telle que la Rome chrétienne n'en avait pas vu dans ses plus beaux jours.
Pour le coup, Odette n'a plus qu'à choisir. Mais, par malheur, ce n'est pas d'elle que doit venir le choix.
Chez la tante de sa maîtresse, la dame de Gantelme, connue de toute la bonne chevalerie comme présidente des cours d'amour de la Provence, les plus nobles seigneurs se font présenter. Parfois Odette , bien involontairement sans doute , se trouve sur leur passage. Quelques-uns sourient à sa jeunesse, à sa beauté; d'autres lui envoient galamment un baiser de la main ; les plus osés lui caressent familièrement le menton, ou la saisis-