‹ La belle cordière et ses trois amoureux;Chapitre 8 sur 13 · L'ÉGLISE DE SAINTE-GLAIRE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE SAINTE-GLAIRE

ser près d'elle. Soudain, entre les mains de celle qu'il prend pour la cordière, il voit un livre d'heures richement imagié, relié de velours, aux coins et aux fermoirs d'or ciselé. Il s'étonne, il examine. La dame, ou la demoiselle, était vêtue d'une robe verte, parsemée de violettes, et ce n'est certes point là le costume que portait Odette. Confus de sa méprise, il tente de s'éloigner : mais la foule, qui s'augmente à chaque instant derrière lui, lui ferme le passage. Il essaye de se faire jour à travers; durant ce mouvement, la dame à la robe verte tourne la tête, et reste quelques instants les yeux fixés de son côté.

C'était un lundi, le 6 avril de Tannée 1327. L'histoire en a conservé le souvenir. François d'Arezzo, autrement dit Pétrarque, resta immobile, fasciné, saisi d'admiration devant la belle Laure de Noves. Il venait de rencontrer sa vraie Béatrix ; d'un même coup, l'amour et le génie lui étaient entrés au cœur. Un seul regard avait fait de lui un autre homme; grâce à ce regard, un poëte sublime était né, le nom de Laure ne devait plus, dans l'avenir, se séparer de celui de Pétrarque, et la langue italienne que Dante Alighieri avait à peine fait sortir du chaos, venait de trouver son second créateur.

Que faisait pendant ce temps la pauvre cordière? Toujours agenouillée non loin du porche

de l'église, elle attendait encore. Et comme elle attendait, vint se dresser devant elle un homme de haute stature, portant le costume de chevalier de Saint- Jean de Jérusalem, et il la dévora des yeux. Elle se leva aussitôt épouvantée, car elle venait de reconnaître en lui un autre écolier de Garpentras , Guillaume de Montréal.

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