MONTREAL
LA VIE CANADIENNE
Nul ne contestera, croyons-nous, que la mission Durham fut le fruit direct de la prise d'armes. Or, c'est le rapport Durham qui, pour La première fois, posa avec autorité devant Le gouvernement anglais, non seulement L'opportunité mais la désirabilité d'étendre aux colonies le bénéfice du gouvernement responsable dont jouissait depuis Longtemps déjà l'Angleterre.
Voilà un premier fait dont l'évidence nous paraît s'imposer et dont l'influence sur la suite des événements fut certainement considérable.
Le 7 septembre 1S39, Lord John Russell ('(•rivait à Charles Poulett Thompson, qui venait d'être nommé gouverneur en chef des provinces britanniques de l'Amérique du Nord:
''L'importance qu'il y a de maintenir la plus grande harmonie possible entre la politique de la législature et celle du gouvernement exécutif est trop évidente pour être mise en question ; et vous devrez en conséquence faire tout en votre pouvoir pour appeler à vos conseils et employer dans le service public les hommes qui, par leur position et leur caractère auront obtenu la confiance et V estime générale des habitants de la province". (4)
Ou nous nous trompons fort, ou ces pa-
roles révèlent une évolution remarquable dans l'état d'esprit du gouvernement de Londres à l'égard du problème politique canadien. Rien d'équivalent ne se retrouve dans les instructions données aux gouverneurs avant la révolte. C'est le principe du gouvernement responsable qui triomphe déjà, presque dans l'ombre des échafauds.
Pour que, maintenant, du principe on passe à l'application, malgré les hésitations et les contradictions des autorités impériales, il suffira que le parlement canadien issu du nouveau régime le veuille avec énergie. On n'est plus d'humeur en Angleterre, à risquer une nouvelle révolte pour maintenir l'absolutisme des gouverneurs.
Et c'est un second fait dont nous ne croyons pas que l'action sur notre marche désormais rapide vers la pleine autonomie, puisse être exagéré; il rattache directement notre émancipation politique aux mouvements insurrectionnels des deux Canadas.
3 Chapais, Ibid. p. 112.
4 Chapais. Cours d'histoire du Canada, tome IV, p. 285. Les soulignés sont de nous.