‹ La belle drapièreChapitre 4 sur 6 · I.A BELLE liKM'll · texte numérisé non relu

I.A BELLE liKM'll

ce que je voulais savoir, et vous êtes parfaitement disposé pour entendre ce que j'ai à vous dire.

II y avail dans ces paroles quelque chose qui parut sonner mal aux oreilles chatouilleuses du comte de Manie. II se rejeta en arrière et prit un air de fierté blessée.

— A qui en avez-vous , mon cadet, s'écriat-il, en me parlant du mauvais état de mes affaires? Venez-vous insulter à mes malheurs? Il est bien vrai que ze n'ai pu empècer la confiscation de mon beau comté de Manie , avec mes çàteaux et mes terres, depuis cette damnée procédure de Poliveau ; mais il m'est resté l'honneur, capitaine, et il n'est pas bien à vous, parce qu'on sait que vous êtes brave...

— Et Ton sait que vous l'êtes aussi, cavalier, interrompit son interlocuteur froidement. Je ne veux pas me faire de querelle avec vous en ce moment. Aussi je vous accorderai , pour peu que vous y teniez , que vous avez perdu dans cette affaire non-seulement un comté , mais le plus beau duché de France et de Navarre... Mais , conlinua-t-il plus bas , si je vous ai parlé du mauvais état de vos affaires, c'est que je voulais vous proposer de les rendre meilleures.

— A la bonne heure donc ! reprit de Manie d'un ton radouci; vous avez vécu dans les camps,

Corbineau , et vous ne connaissez pas les délicatesses de la bonne compagnie , de sorte que z'efface votre incivilité apparente au suzet de mon pauvre comté. Mais puisque vous avez quelque çose à me proposer, parlez bien vite , ze souis entièrement votre serviteur.

— Ce que j'ai à vous dire ne doit pas être entendu par tant de gens , murmura le balafré, et si vous voulez sortir un moment avec moi...

Sans attendre qu'il eût achevé, le comte se leva et dit en enfonçant son chapeau sur ses yeux :

— N'est-ce que cela , compagnon ? attendez , ze vais vous débarrasser de ces coquins qui nous zênent !

Puis s'adressant aux bourgeois qui le regardaient d'un air ébahi :

— Holà ! pendards ! dit-il résolument , sortez bien vite de céans et débarrassez-nous de votre sotte présence ! Z'ai à causer avec monsieur mon ami que voici , et vos oreilles d'ànes sont trop longues pour que nous les souffrions si près de nous.

Les paisibles hôtes du cabaret se levèrent à leur tour et se mirent sur la défensive en voyant l'insolent gentilhomme s'avancer vers eux. Les uns s'armèrent de bâtons , les autres d'escabelles , et l'un d'eux lui demanda de quel

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droit il prétendait ta chasser d'un endroit public où ils n'offensaient personne.

— Comment, drôles, de la résistance f s'écria

le comte en saisissant le chapeau de celui qui

venait de parler et en le jetant parla feu

— Camarade de Manie ! criait le capitaine , laisse] ces marauds ! n'allez pas vous faire une querelle pour une bagatelle. Nous allons sortir . et...

Hais de )!anle croyait de son honneur de ne pas revenir sur sa détermination, et il ajouta en soulevant son épée. sans toutefois la tirer du fourreau :

— Allons, qu'on nous cède la place! allez voir dans la rue si z'v souîs : et si vous êtes bien sazes, ze ferai oune partie de dés avec ceux de vous qui auront à perdre quelques pistoles. dès que z'aurai fini ma conférence avec le capitaine... ze vous le promets !

En même temps il poussait les bourgeois, qui reculaient peu à peu intimidés par son air d'assurance. Quand ils eurent dépassé le seuil . il ferma brusquement la porte sur eux et il revint d'un air triomphant vers son ami. Alors seulement il remarqua le vieillard qui s'était tenu dans la partie la plus obscure de la salle et qui était resté muet et silencieux pendant toute la scène précédente.

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— Or çà , qui avons-nous encore ici? demanda le comte avec surprise; d'où diable sort ce barbon-là? Eh bien, bonhomme, n'avezvous pas entendu ce que z'ai dit aux autres , et faudra-t-il...

Il s'arrêta tout à coup, et, malgré son impudence , il se troubla. Celui à qui il parlait venait de se retourner, et aux dernières lueurs du jour le comte reconnut Nicolas Poîiveau , pâle, faible, abattu, vieilli de vingt ans par une seule année de souffrance.

Le capitaine Corbineau, tout surpris du changement subit opéré dans son compagnon , allait en demander la cause , lorsque le malheureux marchand lui dit d'une voix sourde et pénétrante, en désignant du doigt le comte :

— Voyez-vous cet homme? c'est par lui que ma fille a été perdue , que ma fortune a été pillée , que mon nom a été flétri ; c'est par lui que moi, qui aurais dû être riche, estimé, heureux , je suis seul, isolé, pauvre, voué à l'infamie. Aussi méchant que vous soyez , ne vous associez pas à lui, car il est maudit; et cette association vous porterait malheur à tous deux.

En même temps , il se retourna lentement et il sortit en laissant les deux misérables fascinés par son regard et plus émus de cette apparition (pie ne semblait le comporter la nature farouche

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