‹ La Belle et la bête [microforme]Chapitre 10 sur 23 · RL · texte numérisé non relu

RL

etne Vit personne, Au premier étage, des siennes étaient closes, C’était de là que le était descendu,

Philippe nous entend, dit à mi-voix A Powell; il nous raille. La vérité est que n sommes trés peu braves.

Le méchant rire du lord caché comme un © au fond de sa tanitre avait agacé Ghislaine répondit, toute vibrante :

-— Je suis poltronne devant une couleu:

mais pas devant la vie, et vous aussi, Mada VOUS avez cette bravoure, la vraie, Car v rouffrez et vous restez sereine.

Le petit rire ne s'entendit plus. Ghislaine s”. plaudit de <a crâne réponse à la provocation ce bourru et caustique personnage,

Les deux femmes, à pas ralentis, longeai.

l'allée qui menait à Ja chapelle, Du bout de canne, Mme Pawell relevait quelq

ue traîne 6 neuse, car les ronces,

depuis un mois, avai poussé de nouveaux rejetons qui recomme Caient par place à recouvrir le sol déblayé,

En deux rangées, les ifs se dressaint pareils de srandioses lampadaires de deuil, et faisaier en plein soleil, une avenue de ténèbres jusqu’: sépulere des O'Brian.

La chapelle grise eo découpait à jour sur

Au delà, c'étaient ] fourrés du pare, par dessus lesque montait, colosse toujours glorieux, le donjc féodal, la tour orvueilleuse et solitaire, dont ] cloche tintait au départ des âmes.

Un frisson effleura l’épiderme de Ghislair quandune draperie noire, mouvante, se soulev FA Sommet Au donion. C'était ve vol de co:

bonus 4333

jui s'étendit, semblable à une tache d’er cre sur le bleu du ciel.

fond de verdure sombre, inexXtricables

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— Entrons, proposa Mme Pawell.

Elles entrèrent., Un vent glacé soufflait au visave de Ghislaine et une anxiété la poignait au seuil de ce temple ouaté de cendres séculaires, poussière de choses mortes et d'êtres finis.

[l'avait conservé ses richesses intactes, ses fresques d'Holbein, ses autels de marbres précieux, ses mosaïques curieuses, ses girandoles de vermeil, la colombe d'or de son tabernacle.

Mais la poussière s'étendait sur tout comme un linceul. Les allées et venues des funérailles l'avalent déplacée, non chassée, Des atomes impalpables voletaient, dansaient dans les pâles ravons tamisés à travers les rideaux salis. Des arai, cnées velues avaient brodé des voiles devant les liuures des saints patrons, et l’on pouvait croire qu'ils s'étaient vêtus de crêpe pour porter le deuil d'O’Brian.

Une odeur terreuse, une odeur de mort prenait à la gorge. La porte du caveau, entre deux piliers, derrière l'autel, béait.

- Une crypte, m'a dit Philippe, s'étend sous le chœur, expliqua Mme Pawell. Les Mac-Hartv et les O'Brian y reposent dans des cercueils de pierre rangés en files serrées. Une autre fois nous v descendrons, voulez-vous ?

-- Très volontiers, Madame. On ne dit jamais la messe dans cette chapelle ?

— Le culte n’y a pas été célébré depuis un demi-siècle, mais je compte obtenir de Philippe que le chapelain d’Inchlonay reprenne ses fonctions.

La sacristie était entourée de meubles en chêne sculpté qui devaient renfermer les ornements, le linge et les vases sacrés.

- Nous chercherons les clefs, dit Mme Pawell.

Elles rentrèrent dans le temple et se mirent à détailler les belles fresques admirablement con-

is

servées, Un silence si profond régnait qu’c tendait les vrillettes ronger les bancs de ché produisant le petit bruit qui les a fait a} ‘horloges de la mort.” Mais il fit plus son les promeneuses sortirent.

I ne fallait pas songer à parcourir une partie du jardin que l'allée récemment ou:

Les deux dames revinrent donc sur leurs Puis, ayant convenu de l'heure à laquelle laine se rendrait chaque jour au château, el séparérent,

La jeune fille éprouva un sentiment de vrance quand elle eut traversé le pont pou tourner au cottage. Sa fonction lui serait It en dépit de la parfaite bonne grâce de Pawell. Elle ne pouvait songer, sans une im sion très voisine de l’effroi, à entrer en cot quotidien avec l'esprit de lord Philippe.

Mais pour ‘* ses enfants,” elle triomphera sa répulsion.

t qu’on ende chône en ait appeler 18 sombre ;

‘ une autre nt ouverte.

leurs pas.

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La vrand'messe s'achevait dans l'église catholique du bourg. Une vingtaine de fidèles seulement y assistaient. Ils se montraient curieusement, dans un banc voisin de l'autel, la famille qui venait grossir le petit troupeau. On admirait Ghislaine ; on regardait avec complaisance le visage de fleur de Raymonde et les frimousses roses d'Yves et d’Armelle.

Les chuchotis expliquaient :

‘* [ls habitent au bout du pays, sur la route du château. La demoiselle, qui est la grande sœur, ira, tous les jours, tenir compagnie à Mine Pawell. Mme Temple est très au courant.

‘* Est-il vrai que le nouveau lord O'Brian est aussi malade que l’autre, et méchant comme un àne rouge ?

‘* Les dames vont en avoir de l’agrément !

Mme Pawell suivait pieusement l'office, seule, dans un banc de velours rouge, blasonné de la main sanglante, et richement orné de galons et de franges d’or. En face, dans un banc moins somptueux, se tenaient une femme et un jeune homme, tous deux élégants et d’une parfaite distinction., Ils se ressemblaient si absolument qu'on devinait la mère et le fils, à moins que ce ne fussent le frère et la sœur aînée.

Quelqu'un remarqua :

— Voilà Mme Faroll et son fils revenus de leur: voyage. : |

Ah ! cette dame est Mme Faroll.. Ghislaine la

RE

rewarda et lui trouva une physionomie pleine bonté et d'affabilité.

Lu messe finie, les assistants, sans hâte, qu térent l'église et se groupèrent sous les arbres la cour qui faisait le vestibule du temple.

Arrivé près du bénitier, le jeune homme y tre pa ses doivts et, se tournant, les tendit à sa nr re, Mais il se trouva face à face avec Raymor qui suivait Ghislaine, Mme Faroll était restée peu en arricre,

La jeune fille devint toute rose, et M. Far fit un salut du meilleur ton en lui offrant le bénite, Son regard se leva sur les étrangè sans que son visage un peu sévère reflétât l'o bre d'une curiosité, Et, debout auprès du pili il attendit sa mère pour lui offrir son bras.

Mme Pawell, en passant, sourit à Ghislaine, lui dit : ‘* À demain.” Puis elle monta dans voiture qui stationnait devant la grille. à rhumatismes empêchaient la vieille dame de fa à pied le chemin pourtant court du château l'église.

Derrière les de Kerhir retournant au cotta, Mme Farollet son fils suivaient à petits pas. habitaient dans le voisinage.

— Qui sont ces étrangers ? questionna le jeu homme.

— Nous l'apprendrons par le chapelain, soir. Le bon père Humphrey doit être ravi voir s'augmenter le nombre si réduit de outilles.

— Une belle famille ! Comme la mère pari jeune !

— C'est plutôt la sœur aînée.

Ghislaine marchait d’un pas souple sur la ro te sablée ; elle causait avec Corentine et régl:

leine de

te, quitrbres de le.

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laine, et dans sa le. Ses de faire iteau à

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le jeune Jain, ce ravi de , de ses e paraît

- la rout réglait

a marche sur celle de sa bonne qui ne pouvait aller vite parce qu’une douleur la taquinuit.

En avant, les enfants s'égaillaient.. Les plus ivunes cueillaient des fleurs printanièr res sur Îles ordures gazonnées de la route, Raymonde, plus hote, quoique portant encore la jupe courte, ‘hsorbait dans l'admiration du lac.

‘le dit, sans se retourner Ghislaine, tu serais bien gentille de nous oi irir une promenade sur l'eau.

Volontiers, un de ces jours.

- “ Ghislaine ””, se répéta M. F'aroll, un joli Il a un parfum de moyen âge tout à fait qui, n'est-ce pas, maman ?

Je le crois breton.

('’est bien possible.

La voix de ce jeune homme au visage grave.

que recueilli, avait des inflexions d’une de “ur pénétrante.

Tiens, ils sont nos voisins, reprit-il. Ils renrent à Green-House,

éuand Mme et M. Faroll passèrent, le jardin lu cottage retentissait de joyeux éclats de voix

Ce sont bien des Français, observa le jeune home; je reconnais la langue. Des étrangers loués chez lord O’Brian, c’est bizarre...

Pendant que Corentine préparait le déjeuner, Ghislaine et les enfants quittaient leurs toilettes de sortie. La jeune fille resta seule dans la cham-

“+ quand Raymonde et Armelle furent descen- ‘dues pour mettre le couvert, Yves pour jouer en attendant l’heure de venir à table. Activement, c!le remit de l’ordre partout, puis s’accouda à la tnétre afin de respirer l’air parfumé qui soufflait

lu lac.

On était à la mi-mai; l’été commençait ; le iel'et l’eau brillaient d’un éclat doux et pur ; les

he

iorêts de pins ressemblaïent à des vêtements « deuil sur les monts, mais à leur pied croissaiea les jeunes verdures et s'épanouissaient les fleur

‘Je vais emmener mon petit monde en pr menade, se dit Ghislaine. 11 fait un temps s perbe.”

Elle n'apercevait le lac et les îles et les mont que par des échappées fuyant à droite et à gai che de la masse du château. Il se dressait, sai vage, oppresseur, Il faisait de l’ombre sur la sur face polie des ondes bleues ; il avait l'air d’écre ser le pays et surtout l'âme de la jeune fille qu haletait en mesurant de l’œil la hauteur de se tours.

Puis elle ne les aperçut plus. Un transport d pensée Jui faisait franchir l'enceinte. Élle eu alors une sensation de cauchemar éveillé extrême went pénible,

Elle se vit dans une forêt inextricable étendu à l'infini, perdue et S'égarant davantage à cha que effort tenté pour s'échapper du dédale. Des vapeurs de pestilence fiottaient autour d’elle : l'air chargé de miasmes l'asphyxiait, un vent froid courait sur sa nuque et glaçait le‘sang dans ses veines ; des reptiles sifflaient sous ses pas ; des rugissements éclataient en échos formidables ; la nuit devenait épaisse devant ses yeux et elle se trouvait, telle une héroïne de contes de fée, à l'entrée de la caverne d’un ogre prêt à la dévorer,

Prise d'un étourdissement, elle dut s'appuyer à la balustrade de la fenêtre, et se sentit envahie d'une faiblesse extrême. Les rires qui s’engouffraient dans l'escalier parvenaient à ses oreilles en vacarme douloureux. Elle eut une courte défaillance.

Qu'est-ce que cela signifiait donc ? Ghislaine

nts de issaient fleurs.

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monts à gau- Lt, saula surd’écrale qui de ses

ort de le eut trême-

tendue à cha- . Des d'elle ; , vent ‘sang is ses formis yeux tes de

à la

1yer à vahie igoufreilies e dé-

laine

En pe

n'était point de ces petites maîtresses nerveuses qu'un souffle abat. Son appréhension de l'avenir allant jusqu’à la souffrance physique lui parut tout à fait répréhensible, déraisonnable. Elle se secoua, voulut réagir et réagit, en effet. Elle se relcva, se lotionna d’eau fraîche le visage et les mains et fut mieux.

— Suis-je assez sotte, assez molle. (elle se vrondait énergiquement ). Je me suis trop fatiuuée ces temps-ci ; la nature se venge, mais si mon corps cède, j'entends bien que mon esprit tienne bon. Me prendrais-je pour le Chaperon rouge qu’un méchant loup va croquer ?

Elle essaya de se moquer d’elle-même et ne réussit qu’à moitié.

Elle était encore si pâle lorsqu'elle descendit pour déjeuner que les enfants l’entourèrent, inquiets.

Elle sourit pour les rassurer.

— Je ne suis pas malade, un peu lasse seulement. Tantôt, nous irons nous promener et mon malaise se dissipera.

Ils partirent, en effet, à l’aventure. Ils virent de loin les Trossachs, le rude pays où, jadis, :régnait le terrible Rob-Rov. Ils dépassèrent plusieurs hameaux, croisés par des colosses en costume national, par des femmes parées de bijoux en argent massif. Les maisons de ces hameaux n'étaient que des masures d’aspect brutal, faites de blocs de granit et couvertes en chaume. Un semblant de jardin les entourait et des poissons séchaient aux fenêtres. C’était la misère sous sa figure la plus désolée.

— Encore pire que chez nous, observa Corentine. La pauvreté dans notre Bretagne a l’air plus avenante, quoique ce soit là comme partout une vilaine connaissance.

Se

On goûta sous les arbres avec du pain et chocolat dont la bonne femme s'était mun puis on revint à Green-House.

Ce fut une joie d'apercevoir les tuiles vertes ( toit que le soleil couchant faisait étinceler cor me des pierres rares.

La promenade avait diverti les enfants et ra séréné Ghislaine.

Ce soir même, elle établit le plan du trava quotidien,

Le matin, Raymonde et Armelle rangeraier leur chambre sous la direction de Corentin Raymonde, déjà grande, s'initierait à la cuisi et à tous les détails de la direction de l’intérieu Les études, les travaux d'aiguille, les récréatior eurent des heures déterminées, Yves passerait | après-midi chez le chapelain : le soir, Ghislañ ferait travailler ses sœurs.

Contre son attente, la nuit suivante qui préc dait sa première journée de travail au châtea fut remplie par un bon sommeil, et la jeune fil] se leva avec entrain, Cela lui parut de bon a gure. Aussi, d'un pas délibéré et lJ’âme légèr elle quitta le cottage.

En mettant le pied dans la cour du châtear elle pâlit, tant lui revint aigu le souvenir de so cauchemar de la veille, C’était un ridicule enfar tillage qui se pardonnerait de Raymonde, mai d'elle !...

Elle eut beau faire : l'impression était si viv que ses lèvres tremblaient et que des fulgurance passaient rapides devant ses yeux comme si ell allait se trouver mal

Ghislaine ne se reconnaissait plus. Elle si ro

buste de santé, si forte d'âme, céder à ces sensi bleries…

Elle s’arréia au vid du perron parce qu’ell l P 1

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avait les jambes molles et respira fortement, puis elle monta. Le valet de pied la conduisit dans le cabinet de lord O’Brian. Il était assis devant sa table et se souleva quand elle entra.

- Vous êtes exacte, dit-il en regardant la pendule, C’est bien, j'aime la ponctualité. Asseyezvous, Mademoiselle.

(| indiquait un fauteuil placé en face du sien.

Ghislaine s’assit, très calme en apparence, mais le cœur battant. Le premier regard jeté sur le maitre le lui avait montré encore plus rogue, plus hautain qu’elle ne se souvenait de l'avoir VU

lle quitta ses gants et dit, la voix un peu basse :

Je suis à vos ordres, Monsieur.

Il rit, sardonique.

Parfait. Voilà le laconisme d’un vrai secréiaise, N’avez-vous rien autre chose à me dire. Mademoiselle ?

- Rien, Monsieur, si ce n’est l’assurance renouvelée que vous pouvez compter sur...

Sur votre auplication, n'est-ce pas ? comme si j'étais un magister armé de la férule.

A vouez que vous mourez de frayeur et que vous n'êtes pas plus brave devant moi que devant une couleuvre, malgré vos protestations fanfaronnes,

Elle ne s'était pas trompée. I1 l’avait entendue dans le jardin et se moquait. Elle rougit un peu, et néanmoins se força à le regarder.

- Puisque vous savez, répliqua-t-elle, que je suis poltronne en certains cas, vous n'ignorez pas qu’il en est d’autres où je suis très capable ‘l'être vaillante.

— J'aime à vous l’entendre dire... Tenez, voilà le courrier de huit jours. Déhbrouillez tout cela.

mi

Je n’ai pas eu le courage d'ouvrir une seule

ces lettres.

Elle déchira une euveloppe, en tira une teui grossière,

— Quelque quémandeur, fit-il.

-— Oui, Monsieur, c'est un appel à votre ch rité.

— À ma sottise, si j'étais assez simple po écouter ces sornettes.…. Au panier.

Ghislaine tenait la lettre près de ses yeux, c: les rideaux Presque rapprochés laissaient pass peu de lumière. Elle implora d’une voix douce

— La plainte est touchante.

— Je ne l’entendrai point.

— La misère est vraie.

— Qu'en savez-vous ?

Elle lança bravement :

— Et vous-même ?

Il y eut un court silence que Philippe O’Bria déchira par un petit rire parquois.

— Parfait. C’est vous qui allez prendre la f rule et me taper sur les doigts si je ne cède pas: vos fantaisies sentimentales.

— Je ne fais pas de sentimentalité et vous ête le maître, Monsieur, de refuser le secours qu’u malheureux sollicite.

— Etes-vous sûre qu’il en est digne ?

— Üne enquête éclairerait votre conscience.

— Qui la ferait ?

— Peut-être le père Humphrey. (Elle ajouta d’un ton nuancé de fine malice : ) Votre chape. lain pourrait ainsi utiliser ses loisirs. Son em. ploi ne sera plus tout à fait une sinécure, s: vous faites du saint homme le ministre de vos libéralités,.

— Vous y tenez ?

— Seulement parce que j'estime Monsieur, quo

seule de

Le feuille

tre chale pour *UX, Car

, passer douce :

)'Brian

> la fée pas à

us êtes qu’un

Sets

ia richesse crée des äevoirs envers la pauvreté, et que vous feriez acte de justice.

Vous êtes socialiste, mademoiselle de Kerhir.

—- La pitié se passe d’étiquette, Monsieur ; la charité n’a pas de drapeau.

-- Je n’aime pas les sermons, tenez- le-vous pour dit. Au panier, la requête ; je le veux.

tapidement, elle prit note du nom et de l’adresse.

— Que prétendez-vous faire de ce renseignement ?

— Le donner à madame votre sœur.

— Oh ! Mme Pawell n’a qu’une très petite fortune. Elle sera vite ruinée si vous lâchez sur elle tous «es chiens affamés qui viendront ici quêter ul OS,

—— Je crois aux miracles.

— Grand bien vous fasse. À un autre.

Elle lut une seconde lettre.

- C’est un fermier qui demande du temps...

- À remettre au régisseur qui n’accordera pas un Jour.

— Et alors ?

— Quoi ?

— Je désire savoir ce qui arrivera au tenancier.

— L'éviction, parbleu,

— Me permettez-vous de conserver cette lettre ?

— Dans quel but ?

— Pour vous en reparler dans une heure plus propice.

— Inutile. Je n’ai pas d’heures plus ou moins propices. Je ne suis jamais bon, je vous l’ai dit.

-— Cet homme a sept enfants.

"+, Ve

— Tant pis. Quand on est pauvre on ne s’ac corde pas le luxe d’une si nombreuse nichée.

Ghislaine, soulevée d'indignation, ouvrait la bouche ; d’un geste sec, il coupa les mots qu’elle allait prononcer, la protestation qui lui montait aux lèvres.

| Elle prit une troisième lettre et, l'ayant lue, la iÀ reposa sur la table, — Eh bien ? qu'est-ce que c’est ?

— Un de vos antiens camarades de collège, M.

Robert Clark, sollicite une commandite pour une affaire très sûre, très productive. Vous refusez, n'est-ce pas ?

— Bien entendu. Je me souviens de ce Clark, un garçon intelligent, remuant et superbe, ce qui aggrave son cas. Îl est taillé pour faire un beau mariage. Dites-lui de chercher une dot et non une commandite. Passez.

Il y avait une trentaine de lettres, des offres de fournisseurs, des sollicitations de pauvres, des billets d'amis anciens, dédaignés comme le reste.

— C’est tout ?

— Oui, Monsieur.

— Votre corvée est donc finie pour ce matin.

Je vous rends la liberté.

— Mais, je n’ai rien fait. Je vous ‘ dois ‘’ un | temps plus long...

— Qu'en ferais-je ?

— N'aviez-vous pas parlé de recherches, de tra-

vaux...

— Oh ! oui ; ce sera pour quand j'aurai la tête plus solide. J’ai eu toute cette nuit une fièvre du | diable, je veux la paix. Au revoir, Mademoiselle.

Ghislaine remit de l’ordre sur sa table et se leva. Ayant, par hasard, regardé vers la fenêtre, elle aperçut, dans le panneau d’entre-deux, un portrait splendide qu’elle considéra une minute

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