‹ La Belle et la bête [microforme]Chapitre 3 sur 23 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

flambait dans l’âtre, la majestueuse ampleur de

Mme Temple, la maitresse de l'auberge qui, d’u-

ne voix flûtée tout à fait inattendue, lui cria :

— Le lac est traître, prenez garde de vous refroidir.

Puis la ronde personne s’avançant à pas menus ajouta, le ton baissé :

— Nous sommes à vendredi, et il est dangereux he regarder le honjon après le soleil couché.

Plus bas encore, elle continua :

— Voyez-vous la tour de gauche ?

Oui. Eh bien ?

— La petite fenêtre, tout en haut, est celle de la chambre du dernier Mac-Harty. Depuis deux cents ans, le châtelain, qui fut joueur et vicieux, continue avec le diable une partie d'échecs qui ne finira que lorsque sonnera la trompette du jugement.

Derrière les déchirures des montagnes, des tons pPourpres demeuraient au ciel. La femme en noir tint les yeux levés un moment sur la tour et les abaissa en frissonnant un peu. Dans ce noir sanglant, toutes les invocations infernales s<emblaient possibles.

— Si vous m'en croyiez, continuait l’aubergiste, vous renonceriez à vous rendre à cet affreux château, un vrai château de Barbe-Bleue.

— Ïl le faut, répondit l'étrangère, d'un ton qui s’efforçait de paraître rassuré.

Elle répéta : ‘“ 11 le faut 7, en serrant plus étroitement les plis de sa mante, glacée jusqu’au cœur, tant la tâche à remplir tout à coup l'apeurait.

— Vous ne savez rien de plus que ce que vous m'avez raconté, Madame, sur lord O'PBrian ?

— Rien. Je n’ai jamais vu Sa Seigneurie, et

RÉ Em mo

at

PT es

personne, depuis quarante ans, ne peut se d’avoir aperçu son visage.

‘IT a le monde en horreur, je -’ous l’ai vieil homme et une vieille femme, muets des pierres, le servent seuls : deux chiens, ges comme des loups, sont ses compagno quoi bon posséder des mille livres de pour s’enfermer dans une prison pareille ?

— Son malheur l’a aigri.

— C'est sûr ; se casser les reins à tren:

n'avoir ni femme, ni enfants, ni parents p c'est bien fait pour dégoûter de tout. Ma égal, vous pouvez me croire, j'aimerais rencontrer une ‘“* Dame verte ”’ que d’entre le château. Personne ne peut dire ce qui s se, mais on s’en doute.

— Et que se passe-t-il ? questionna la en noir pour entendre le son de sa voix, € pre l’angoissante crainte que les paroles d bergiste faisaient couler en elle.

— Ce qui se passe ? on n’en sait rien, je pète, parce que personne ne se risquerait à ler voir.

Les ouates grises qui montaient du lac s' chèrent aux ifs qui, de trois côtés, encadra château ; elles se collérent en molles drape long des minces corniches et, derrière ce tout disparut.

Les deux femmes rentrèrent. Au moment les franchissaient le seuil de l’auberge, un de vent passa en hurlant et, trois fois, la du donjon tinta.

Mme Temple mit ses pouces en croix et sa trembla pour dire :

— Ïl y aura, cette nuit, une mort dans le

nage. Dieu daigne écarter la ‘ bonne dame chez nous.

eut se vanter

s l’ai dit ; un muets comme hiens, sauvapagnons. A >» de revenu eille ?

trente ans,.

ents proches, t. Mais c’est nerais mieux l’entrer dans

qui s’y pas:

na la femme oix, et romoles de l’au-

ien, je le rérait à y al-

lac s’accrocadraient le draperies le re ce voile,

ment où elre, un coup s, la cloche

et sa voix

ns le voisidame ”” de

M Te

gp

Ales

re

” d’un ton craintif, et comme si cet euphémisme devait attendrir la redoutable faucheuse.

La grande salle de l’auberge était gaie ; sur ses murs, rosés par la flamme de l'âtre, éclataient des enluminures aux couleurs vives, des scènes de courses et de boxe, des combats de chiens et de

Elle disait la ‘* bonne dame

coqs dans des cadres dorés. Des assiettes de fer émaillé, appliquées au-dessus des portes ou semées entre les cadres, représentaient les douze mois de l’année. Les tables et les bancs de chêne ciré reluisaient ; le dallage rouge éblouissait. Des fusils étaient accrochés en panoplie au-dessus de la cheminée auprès de laquelle fumaient deux hommes. ('ette soirée de printemps était froide.

La femme en noir rejeta en entrant son capuchon et dégrafa sa mante. Sur le fond flamboyant de la cheminée, elle se dessina très belle.

Elle était de taille harmonieuse ; elle avait une tête petite, bien plantée, un visage d’un ovale délicat, un teint très blanc, un front large, un nez fin, un menton hardi. D’abondants cheveux châtains que doraient les reflets du foyer, se nouaient très haut pour dégager la nuque ; ils moussaient sur le front et ombraient mollement les yeux de nuance violette. Un pli de tristesse profonde creusait la bouche faite pour sourire, et déformait le joli dessin des lèvres. Ce visage de mélancolique beauté saisissait tout d’abord. On y découvrait un charme puissant en l’examinant un peu. Les yeux avaient une douceur et un éclat incomparables ; ils étaient à eux seuls une rare perfection.

C'était une jeune fille ou une très jeune femme: elle s’exprimait en anglais avec un accent qui la dénonçait étrangère.

Elle prit sur la tablette de la cheminée un bou-

dr in

£eoir en cuivre, salua Mme Temple, fit un

inclinaison de tête en réponse au ‘good

des fumeurs, et se dirigea vers l'escalier

Qui montait aux chambres. La sienne $

Vait à l'entrée du corridor ; lle en était

due après son léver repas du soir pour sa

Promenade au bord du lac.

Une valise était posée dans in COIN ; & plaque de cuivre se détachaient en reliof u un K. Des étiquettes Ja bariolaient :

Quimper, Londres, Edimbourg, Inverness

La voyageuse venait de Quimper.

Elle paraissait excitée de cet interminable ave. Elle enleva gos vêtements, enfila une :

robe de molleton noir et défit ses cheveux déroulèrent très bas en ondes molles et soy( Mais elle ne se Seutait aucune envie de do Elle roula près de la fenêtre un fauteuil ba les veux rivés sur l'enveloppe de brumes, el Sava d’en traverser l'épaisseur afin de repr( F4 80Ngere an point où elle l’avait laissée.

Elle était contente de ne pas s’être fait duire tout de suite au rébarbatif donjon, de tre arrôtée, pour prendre langue, à la petite berge dont l'air bon enfant l'avait attirée, o mine ouverte et fleurie de Mme Temple l’avai: tenue,

Ce qu'elle venait d'apprendre de lord O'P1 était décourageant Pour Sa mission auprâs lui. Elle se demanda si elle oserait la remplir elle aurait le Courage d'affronter ce rude vi lard, trop affecté de son malheur pour être tovable à celui des autres.

Une voix proféra au fond d'elle-même :

le dois ”, à quoi la vaillante enfant répondi: “Je le veux”?

Son regard restait planté sur les brumes q

fit une légère good night” alier de bois ‘nne se trouétait descenur sa courte

in ; sur sa liof un J et

erness,

inable voyune ample veux qui se t soyeuses, de dormir.

nil bas, et, es, elle es- > reprendre issée.

> fait conon, de s5’é6petite aurée, où la ’avait re-

| O'Brian uprês de mplir, si ade vieilêtre pi-

Le pondit :

nes qui

mit

Mmoutonnaient jusqu’au bord de la fenêtre, C'é-

tait comme la toile de fond d'une série de pro

jections vives, Elle Y Voyait passer des fiyures, défiler des Paysages ; elle entendait des paroies qui affirmaient en elle une vigoureuse résolution.

Elle se coucha enfin et s'endormit,

La matinée du lendemain lui parut ne devoir pas finir, Elle ne pouvait se présenter de bonne heure chez lord O'Brian ; ce fut seulement vers le milieu de l'après-midi qu'elle se dirirea vers le château en suivant le bord du lac, Un larve pont de pierre avait remplacé le pont-lovis depuis qu'étaient finies les luttes des clans. Cela faisait un bizarre anachronisme avec ia vieill ortcresse,

L'étrangère s'engagea sur le pont qui piongeait son arche fière dans l'eau moirt».

Elle atteignit la porte à laquelle pendais un lourd heurtoir de bronze qu'elle souleva avez peine,

Il lui sembla que le son se répétait très loin, vibrait en notes profondes, et que ces vibrations lui faisaient mal. Elle Porta les deux mains à ses tempes,

Au bout de quelques minutes d'attente, elle frappa un second coup.

Le château semblait figé dans la mort.

A la clarté du soleil, il avait un air moins fantastique peut-être, mais encore plus sinistre que le soir sous les brouillards du lac.

Elle n’entendit Pas s'ouvrir une petite porte voisine de la grande, car elle regardait l’écusson taillé dans la Pierre et se remémorait la légende

des Mac-Harty qu’elle connaïisenit.

Üne voix gutturale prononÇça auprès d'elle

quelques mots qu'elle ne comprit pas, et un

ee EN

ce 19 —

doigt d’un noir brillant toucha sa ma frapper un troisième coup.

Elle eut un léger recul elle se rassura.

Un nègre Superbe se tenait à quel d’elle, enveloppé de draperies blanches.

bracelets d’or étaient rivés aux poignet chevilles nues du noir.

La présence de l’Africain 6 ge. D'où venait-i] ? ÿ à

d’'effroi, mai:

tait au moi out le monde |’ du vieux couple «

— Je désire voir lord O’B En même temps, elle la porte, mais il déve]

vant l'ouverture b min.

rian.

faisait quelques p OPpa sa haute ta asse, décidé à Jui barrer

Elle prit alors une carte dans feuille, ajouta au

nom, quelques mots, et tendit

nôgre qui disparut derric

ce, sur les °SCarpements, se Suspendaïent de taces, se Mmassaient des hameaux. Le bour la veille, elle s'était arrê ée.

à Montagne, peu plus loin. ondule :

à pic de l’autre côté.

Rien ne Paraissait vivre dans ces

alentou 1e courte attente, la porte

se rouvi

a Main prête à mais aussitôt

quelques pas ches. De lourds Dignets et aux

u moins étrannde l'ignorait, iple de servi-

ques paroles F Pgeait, répon-

[ues pas vers ite taille debarrer le che-

| petit porteous de son 1 Carton au ant aussitôt

s’assit sur le paysage du château, ises, En faent des cot- > bourg où, au pied de te qui, un ur plonger

entours.

rouvrit et

-pP É., pierre était fouillée comme une dentelle ,

* disjoint les Pilastres, + rongé les balustres : les fenêtres se disloquaient ;

le nègre reparut,. Il vint s’incliner devant l'étrangère et du geste l’invita à le suivre.

# Elle obéit et pénétra après lui dans un vaste espace où des arbres poussés dru enchevêtraient

"4 leurs rameaux en un lacis inextricable, La cour

d'honneur s'était transformée en forêt vierge.

* Derrière son guide, la visiteuse enfila une sente - qui longeait le mur d'enceinte et, par un crochet sous bois, arriva devant le corps d'habitation.

Elle ne put retenir un cri de stupeur admirative. Devant elle, c'était un palais renaissance, un ur bijou de l’art du temps de Henri VIIL : la

des arabesques délicates couraient d'étage en étage ; les gouttières descendaient dans des colonnettes torses filetées d’or. Mais l’incurie se montrait partout. Des saxifrages et des joubardes avaient fait éclater les marbres,

les balcons de fer se rouillaient,

Le nègre, arrivé en haut du perron, se retourna. L’étrangère fascinée restait à la même place. Il lança un appel bref et elle monta. Elle traversa à sa suite un vestibule grandiose et pénétra dans une pièce exiguë qui ouvrait sur une autre très vaste,

Elle s’arrûta, figée, au seuil de cette dernière.

Les rideaux de velours violet étaient rabattus sur les hautes fenêtres. Des cierges brûlaient sur de grands flambeaux d'argent et des aromes de feuillages d’ifs se méêlaient à l'odeur des cires, Sur le lit drapé de blanc s'allongeait une forme rigide ; on devinait sous le drap les pieds qui Pointaient et les mains jointes. De chaque côté veillaient les deux chiens sauvages, dans la pose héraldique des animaux de marbre qui gardent les tombeaux. Ils grondèrent sans bouger.

di

Le noir étendit le bras et proféra forter ‘ Voici lord O’Brian.”’

Un soupir déchira la gorge de l’étrangà plia les genoux et joignit les mains,

Des pensées pénibles pâlissaient son visa S'y réflétant, Mais un mot du noir la so Elle crut mal comprendre parce qu’il disait

— Lord O'Brian, mon maître, veut par vous.

RS sont nréminte rene»

Elle répliqua, plaintive, presque inconsci Puisqu’il est mort.

Celui-là, pas l’autre.

— Quel autre ?

Il sortit sans répondre, et, l’âme boulev l'esprit inquiet, elle marcha derrière lui.

fortement :

rangère qui

1 visage en la souleva.

disait :

it parler à

‘onsciente :

ouleversée, H.

Devant une longue table encombrée de papiers était un grand fauteuil; dans ce fauteuil, un homme aux épaules pliées, aux cheveux gris, au visage ravagé. Des verres noircis, prolonges par des œillères de soie, cachaient son regard ; une béquille était à portée de sa main.

Il relisait la carte de l’étrangère et se détourna vers la porte quand elle s’ouvrit. Il essaya de se soulever pour saluer la femme qui entrait, mais son visage se contracta de souffrance, et il poussa une lourde exclamation de colère qui ressemblait à un rugissement.

Puis il parla avec des intonations dures et brèves.

— Asseyez-vous, mademoiselle de Kerhir, et expliquez votre visite.

— Monsieur, je venais chez lord O’Brian ; je ne m'attendais pas...

— Il est mort la nuit dernière. Dites-moi ce que vous désiriez lui communiquer. Ne puis-je, pour vous, remplacer mon oncle ?

Elle répéta, un peu surprise :

— Votre oncle.

— Oui, j'étais le seul parent du vieux lord.

Elle reprit très vite :

— Pardon; ïil en avait d’autres : mes deux jeunes sœurs, leur frère.

Un rictus crispa les lèvres pâles du visage tendu vers la jeune fille.

— Leur mère, par son mariage avec un Fran- Çais, avait perdu sa nationalité. Lord O’Brian

n'a pris aucune disposition en faveur de nes neveux, Vous arrivez trop tard pour citer, si tel était votre dessein.

Elle ne répondit pas à l'interrogation « mulaient les derniers mots. Elle éprouvait vincible malaise sous le regard qui pesé elle et qu'elle devinait ironique et malv La politesse glaciale des mots ne détruis:

l'effet de ce regard aigu. Elle voyait :

l'hostilité dans tous les traits de ce visage et n'en comprenait pas le sens exact. Le nc lord O'Brian craignait-il donc une revend:

d'héritage ? 11 devait cependant connaître et ne pouvait supposer un seul instant donnerait gain de cause aux réclamations COUSINs.

La jeune fille se levait : lord O’Brian, du la retint à sa place.

— Vous ne m'avez pas dit, poursuivit même ton acerbe qu’il dédaignait d’adouc que vous veniez faire à Inchlonay.

— À quoi bon ? à présent que lord O’Bri.

mort.

— Ne puis-je donc le suppléer ?

Elle secoua la tête.

-— Non ; de lui j'attendais peu ; de vous, 1

Elle articulait ces mots d’un ton fier, b au vif par la sécheresse de la voix, par l’at hérissée de cet homme dont un quart d’ plus tôt elle ignorait même l’existence. El pontuit l'avoir offensé sans le savoir ni le loir. Pourquoi se montrait-il ennemi ?

— Vous êtes orgueilleuse, laissa-t-il P dans une petit ricanement.

Oui, si pour vous, l’orgueil et l’estim soi se confondent.

— La phrase est jolie; vous avez de l’es

ur de ses jeupour le solli-

tion que for- >uvait un inii pesait sur malveillant.

étruisait pas Yait sourdre visage blême Le nouveau evendication naître la loi, stant qu’elle

tions de ses

n, du geste,

suivit-il du

adoucir, ce :

O’Brian est !

ous, rien.

fier, blessée r l’attitude art d’heure , Elle ne ni le vou- ?

t-il passer ‘estime de

le l’esprit,

mademoiselle de Kerhir. Mais soyez franche aussi et avouez que vous veniez faire la cour aux millions d’O'Brian, essayer de me supplanter auprès de lui, et d'assurer ce royal héritage aux enfants de votre belle-mère. J'ai su l’histoire dans le temps.

11 parlait d’un ton détaché, et chaque mot faisait une blessure à l’âme délicate de Mile he Kerhir. Elle sentit affluer des larmes sous ses paupières et vivement les abaissa, puis elle se dirigea vers la porte.

Lord O’Brian continuait :

— Leur père, le vôtre, ne possède-t-il pas une fortune assez ronde ?

La jeune fille, déjà près de sortir, répondit :

— Mon père est mort.

— Et vous n'êtes plus riche ?

Elle se retourna.

— Les enfants, Monsieur, ne conna?', nt pas

la misère, Je saurai les élever comm jïil convient. Il nargua :

— Avec quoi ?

Elle dit fièrem nt :

— Avec mon travail.

Puis irritée contre elle-même, se jugeant faible parce qu’elle répondait à cet homme, elle ajouta :

— Peu vous importe, après tout. Adieu, Monsieur.

Elle souleva la portière, ouvrit et se trouva dans l’ombre d’un corridor interminable qu’elle suivit jusqu’au bout.

Elle avait un peu peur, prêtait l’oreille aux bruits légers qu’elle croyait percevoir derrière les portes closes que sa longue robe frôlait en passant.

Ce château solennel et silencieux sembla plé de fantômes, de fantômes et de mé gens. [l'avait l'air mauvais ce lord qui, & connaître, l'insultait en lui attribuant de lutions viles.

Elle marcha plus vite, pressée de fuir ;S sur les dalles noires et blanches éveilla échos bizarres. Une lueur pâle se mouva bout du corridor. C'était un rayon blafar sé d'une petite fenêtre, où des araignées tis en paix leurs toiles depuis un demi-siècle.

Ce ravon la guida vers les premières m d'un escalier dont Ju vis étroite plongeait un trou d'ombre.

Mile de Kerhir respira avec effort. Une 0] Sion pesait sur elle dans ce logis malve d'où elle ne savait Comment s'échapper. E grettait de n'avoir Pas attendu que lord O’ la fit reconduire.

Où menait cet escalier ? A tout hasard, el engagea. Rien ne l’eût décidée à rebrousser min, à passer de nouveau devant la pièce bre où elle venait de voir l'héritier. I] sem que son petit rire méchant Ja Poursuivait, descendait avec elle, se grossissait dans l’e, noir où s’enfonçaient les dernières marches,

Elle fut en bas : sa main frôla un battan bois, un loquet, une porte s’ouvrit et elle € dans une lumière verte, le reflet de la forêt &e sur les vitres claires. D'abord, elle ne di £UA rien, parce qu'elle sortait d’une ombre tense, mais elle entendit des voix qui s’é

naïient de son apparition, et reprit peu À conscience,

Elle était dans un.

blée de bahuts Dans deux f

chambre très vaste, 1 reluisants. tendue de soies far auteuils, en vis-à-vis, un vieil hor

emblait peule méchantes qui, sans la nt des réso-

dir ; son pas veillait des nouvait au blafard ylisées tissaient iècle,

res marches ngeait dans

Une oppresmalveillant er. Elle re-

rd O’Brian

rd, elle s’y ousser chepièce som- Il semblait vait, qu’il ns l’entonrches.

attant de elle entra forêt vierne distinombre injui s’étonpeu à peu iste, meu-

les fanées.

il homme

et une vieille femme se regart'aient avec tristesse. Des bûches brasillaient dans une cheminée énorme. Une chaleur douce flottait avec les baumes résineux des branches d’ifs qui se consumaient lentement,

Les deux vieillards se soulevèrent, absolument stupéfaits de l’intrusion de Mlle de Kerhir.

Elle s’excusa d'un ton aimable, un peu ému.

— Pardon. Je ne connais pas les êtres du chàteau et me suis égarée. Voulez-vous bien me donner le moyen de sortir d'ici ?

Ses mots tremblaient, la vieille femme dit, croyant qu’elle avait froid :

— Asseyez-vous et chauffez-vous, Madame.

— Je n'ai nas froid, je vous remercie : je suis seulement tu. eu impressionnée...

— Parce que le Maître est mort. Il ne faut pas lui regretter la premiére bonne journée qu’il passe depui des ans et des ans. C’est triste pour nous ; mais, pour lui, c’est sans doute une grande joie.

La femme parlait très bas.

— Îlest là dit l’homme en étendant sa main vers une porte percée dans l'angle de la cheminée.

Mile de Kerhir eut un petit frisson ; elle revit la chambre aux tentures violettes, le lit funèbre, les deux chiens au poil rude, à l’œil sanglant.

— C’est vous qui le serviez ? questionna-t-elle.

— Nous seuls, depuis son malheur. Ah ! que c'était dans le temps un heau cavalier ! toujours à cheval, par plaine et montagne. Il aimait trop Ça, voyez-vous ; c’est ce qui l’a tué. Une fois, sa jument a fait panche ; il est tombé dessous. Il aurait mieux valu pour lui mourir tout de suite. Il a traîné pendant quarante ans. Quelle pitié ! Vous ne l’avez jamais vu; personne ne l’a vu

a PU

depuis ce jour-là. Comment se fait-il que :

veniez pour son enterrement ? On dirait vous êtes étrangère.

— Je suis Française. Mon père avait ép lady Béatrice, la nièce de votre maître.

— C'est bien possible, Nous ne connaisson:

lady Béatrice ni personne de la famille.

— Pas même le nouveau lord O’Brian ? ne se retenir de questionner Mlle de Kerhir.

— Pas même. Il n'est ici que depuis une maine. Sa Seigneurie sentait sa fin et lui a: écrit, Est-ce que ce n’est pas une fatalité ? lord O’Brian est infirme aussi.

— Est-ce également à la suite d’une chute cheval qu'il fut blessé ?

— Non. Il revient de la guerre. Il était offi dans les horse-guards : il a demandé à pa avec les premiers régiments. Il est revenu dan: état pitoyable : un bras inerte, une jambe à près hors de service, presque aveugle. Rien tonnant à ce qu'il ait un caractère de diable.

C'était l'homme qui parlait ; la fernme l’in rompit :

— n'est pourtant pas méchant. Son nè ‘adore comme une divinité.

— I lui a sauvé la vie, à ce qu'il paraît. Ça prouve rien, On peut être bon pour l’un et : chant pour les autres. :

— Vous parlez ainsi, Toby, parce que le n veau maître ne veut plus de vos services. M est-ce que nous n'avons pas bien gagné le ref de notre vieillesse ? Il nous donne un cottage des rentes. De quoi vous plaignez-vous ?

— De quitter ce château où je suis né, où m père est enterré dans la chapelle au-dessous Leurs Seigneuries défuntes, parce qu’il avait | fidèle pendant quatre-vingts ans.

que vous irait que

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