SAINT YVES
Or, auï alentour de Paimpontrla-Forge, et partout dans le pays de Brécilian, depuis Ooncoret jusqu'à Plélan-le-Grand, ceux qui racontent cette histoire à la veillée, après avoir décrit les terreurs de la caravane et la confusion désordonnée de sa débandade, ajoutent invariablement :
a Pour avoir bravement tremblé, claqué des dents, brousse des cheveux avec la sueur froide haut et bas^ le grolet (le râle) et tout à s'ensauver, galopant sans demander son reste, c'est sûr que, dans cette occasion-là, vous l'auriez fait tretous, moi aussi de même... Y avait pourtant là un quelqu'un qui ne s'ensauva pas, et qui n'eut peur ni brin, ni peu, ni point : ce fut le bienheureux saint Yves I »
Ils disent cela, comme si saint Yves était de l'aventure
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Si je ne vous û pas fait savoir ce qui advint de Qqxqu de Ploëmené et de son compagnon, à la fin de la bagarre, ce n'est ni hasard ni oubli. Je 9e pouvais pas les mettre avec le, caravane en déroute, puisqu'ils restèrent sur le champ de bataille.
Ce n'était pas la faute de Goïon. Posté eomme il était pour bien voir, il n'avait rien perdu de la lugubre comédie, et sop premier mouvement fut, non pas de suivre les fuyards, mais bien de les devancer. L'idée de sa ceinture le retint. Pouvait-il abandonner «» (peinture, qui était autour des reins d'Héloryî
-m- VieQi*tu? demanda^t^il tout bas,
yyoïi m répondit pas ; il réfléchissait, Les gens de la piL9Sée s'éloignaient déjà, k toutes jambes, et ce giqgulier personnage qui semblait agile comme un ^ipgQl après «voir gambadé eu long de l'éebelle, sus^ pendtte m manière de pont, dlsp^raisseit derrière r^uberge.
En même temps, le feu allumé dans la direction de l'est frappe les regards de Go'ion, qui répéta de sa paqtre voix ebevrotamte i
m^ Viene-tu?
«m Oh çà? demanda cette fois Yvo».
p^oêm^Qé eût été bien embwre«eé de répondre ; il tolbttiia ;
^ Av^e les autres.
— Où les autres vont, dit Yvop, tu serais bien f4ebé d'ftUerl
Il (UQUta en se parlant à lui-même :
. -^ iM coquins sont gens de forêt et connaissent
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les ruses de la chasse. Ils ont allumé ce feu pour épouyanter le gibier et le rabattre, comme ils disent, sur la trappe tendue à la Font-Bouillant.
Ce fut à cet instant que les quatre hommes, vêtus de frocs, sortirent de leur buisson, au-dessus de la Belle-Étoile.
— Yois-tu, ceux-là, dit Goîon, ce sont, bien sûr, de ceux qu'on appelle des Faux-Ermites; au nom du ciel, ne restons pas icil
Yyon considérait curieusement ceux qui venaient et continuait de s'entretenir arec lui-même, disant ^
— Ils marchent en bon ordre comme des soldats I En vérité, c'est une armée qui tient ce malheureux pays! A le bien prendre, un brigand n'est qu'un pécheur comme nous, et nous lui devons la charité pour l'amour du Seigneur Dieu ; mais» quand on voit les brigands profaner l'habit des saints, cela fait perdre patience, et je ne crois pas qu'il y ait péché à les battre un peu...
— Aurais-tu l'idée d'affronter quatre malandrins à deux seulement que nous sommes I s'écria Goion. Ils ont l'air solides et bien découplés... Je n'en suis pas!
— Crois-tu? fit Yvon, que sa bonne humeur reprenait malgré tout. Tu ne te connais pas toi-même. Cette nuit, voisin Ploêmené, tu vas être vaillant comme un lion. Tu ne m'abandonneras pas d'une semelle et tu me défendras au péril même de ta vie !
— Ah! Normand 1 dit Goïon, moitié piteux, moitié riant, c'est donc vrai qu'on rapporte de l'esprit de Pans! Tu sais bien que je défendrai mon magot t
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Ils étaient adossés au talus, moins haut de ce côté que celui qui soutenait l'auberge et moins régulièrement taillé. Au-dessus d'eux les broussailles de la haie faisaient ombre, et, à la rigueur, on aurait pu passer sans les voir; mais le dessein d'Yvon n'était point de jouer à cache-cache.
Un peu ayant que les quatre frocs, parmi lesquels était l'homme qu'on avait appelé Médéric, eussent atteint l'auberge, Yvon dit à Ploêmené :
— Suis-moi, si tu as bon pied.
Et avec une agilité singulière, il gagna le sommet du talus en trois bonds.
Goïon, moins leste et plus gros, fut obligé, pour le rejoindre, de travailler des pieds et des mains. Pendant qu'il peinait ainsi, eut lieu le bout de conversation entre dame Gote et ce Médéric qui lui passa l'écheUe.
Yvon ne perdit pas un mot de ce court dialogue; mais Goïon de Ploêmené, tirant des deux bras, forçant des deux jarrets et suant toute l'eau de son corps à percer la brousse comme un sanglier qui fouille, n'entendit rien.
S'il avait entendu ce qu'on disait de sa chère cein^ ture, je vous laisse à juger quelles transes I
Il trouva, quand il fut en haut du talus, son camarade agenouillé au cœur même de la haie. La pensée du pauvre matelot Paimpol ne lui vint point en ce moment et il demanda :
— Déniches-tu des œufs de merle, Hélory?
*- Tais-toi, répondit l'autre, il respire encore!
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Qoïon pensa :
— Il aura tué quelque couleuvre qui fait des façons pour crever, et pourtant pareilles bêtes ne se promènent guère dans les nuits fraîches... Mets le pied sur sa tète^ voisin, et pèse duri
— Vas-tu bien te taire ! As-tu ou! ce que disaient les Faux'Ermites, tout à Theure?
— Ils ont donc parlé? qu'ont-ils dit?
— Rien de bon. Viens çà, et aide-moi à le charger sur mes épaules.
-^ Le serpent? balbutia Goïon stupéfait.
— Eh noni le matelot. Il doit une belle chandelle à Notre-Dame, celui-là I
Les bras de Ploêmené tombèrent. Pour lui, le matelot était encore plus invraisemblable que la couleuvre.
— Comment I s'écria-t-il, dans les circonstances où nous sommes, et chargé comme tu Tes, de mes besans d'or, tu vas encore te mettre ce paquet de chair sur le dosi Un manant! et qui avait en son vivant la mauvaise habitude de jurer! Mort de ma soif! que les Sarrasins soient damnés, et toi aussi! La peste d'Axh gleterre ! comme disait ce drôle, et la peste de France I tu es fou I
— Tu as raison, fit Hélory, il faut que je garde mes deux bras libres pour défendre ton cher trésor, c'est donc toi qui vas porter notre ami le marin.
— Ah I par exemple ! s'écria Goïon, compte là-dessus ! Je veux que Satan me fricasse...
— Chut I fit Hélory, qui lui saisit le poignet et ajouta :
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— Regarde I
— Ce sont les Ermites d'enfer qui nous débarrassent d*ent, dit Goion; où est le mal? mais de quel train ils Tontl... Ah (àl pourquoi serrer ainsi? tu me blesses le poignet, toi! Tu es fort comme une douzaine de mules t
— Gela ne m'est pas d'un grand secours dans mon état, répliqua Yron ; mais il paraît en effet que j'ai le bras assez solide. Tourne-toi.
— Pourquoi faire?
— Pour que je te charge.
— Gomment I la plaisanterie du matelot défunt ? dure encore?