‹ La belle-étoileChapitre 5 sur 9 · I -— Ge n'est pas une plaisanterie. Tourne-toi, je le · texte numérisé non relu

I -— Ge n'est pas une plaisanterie. Tourne-toi, je le

veuxl

Goïon ferma les poings; mais un rayon de lune qui passait entre les ronces éclairait en ce moment les traits d'Hélory, et son regard, comme sa bouche, disait énergiquement : « Je le veux I »

— Si ce n'était de mes besans... grommela Ooion. Mais il eut beau gronder, il se tourna, et Yvon,

prenant Paimpol à brassée, le lui mit sur le dos sans effort.

— C'est un plomb que ce cadavre f... protesta encore Goïon.

A peine atait-il parlé, que -le cadavre gigota des deux jambes et des deux bras, demandant d'un ton gaillard :

— Quelle heure avons-nous, les enfants? est-ce bientôt la soupe?

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Ploêmené, saisi d'horreur, voulut le jeter bas. Impossible. Ce diable de cadavre lui nouait ses deux mains autour du cou en lui serrant les flancs avec ses genoux, qui étaient, ma foi, robustes; il commanda :

— Hue! bidet I

Ploêmené était entêté, mais pas tant que Fane. Quand il vit que le cadavre le tenait si bien, il se mit à cheminer cahin-caha, plaignant et sacrant, tandis que son fardeau chantait d'une belle voit qu'il avait, un peu enrouée par l'habitude de crier dans le vent :

Y a des noisett' à, Concarneau,

Y a des gros moutons à Plélo,

Y a du lard à Port-Navalo,

Y a du saindoux à Loc-Malo, Et y a d'ia galette au Cléziol

C'est une chanson très-longue, très-joGe et pleine d'idées, que bien des gens chanteraient avec plaisir dans le monde. Malheureusement je ne la sais pas tout entière.

Au premier moment, Yvon se tenait les côtes à force de rire, tant Goïon avait une drôle de tournure; mais Paimpol, ayant achevé son troisième couplet, rendit un cri rauque qui ressemblait un peu au fameux cri poussé par lui en haut de l'échelle, et il répéta d'une voix subitement altérée :

— Huet bidet I prends le trot! le squelette a des côtes de bois... il étend ses grands bras... Hue donci

Et il serrait ses deux genoux en tapant à grands coups de poing sur le crâne du malheureux Goïon, qui hurlait d'un accent plein de détresse :

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[ —A l'aide! miséricorde! Il a le chaad-mall II

I m'assomme par le haut de la tête, il m'étrangle par les

I flancs, je perds le souffle! à Taidel

Yvon se hâta, car il comprenait que le pauvre matelot ayait eu la cervelle tournée, non pas tant par suite de sa chute que par l'abominable frayeur qu'il

I avait ressentie dans sa lutte avec le spectre. Avant

même qu'il eût rejoint Goïon, Paimpol lâcha prise et se laissa glisser dans l'herbe sur ses deux genoux, priant sainte Anne à mains jointes et à haute voix de le sauver du péril de la tempête. Il se croyait maintenant sur mer, car il manœuvrait son corps de ci, delà^ violemment, comme s'il eût résisté à un furieux tangage, disant :

— Rouler n'empêche pas de paître; c'est la soupe que je voudrais et des Anglais à moudre!

Pendant qu'il avait sa charge sur le dos, Goïon avait suivi les champs en descendant vers la forêt. Ils étaient tous les trois sur le talus qui bordait la route : Yvon debout, se demandant ce qu'il allait faire du pauvre diable de matelot, mais gardant une oreille au guet, car il savait bien que la besogne de sa nuit n'était pas achevée; Paimpol à genoux, Goïon assis par terre et frottant ses côtes endolories, quand une lointaine clameur monta des fonds, au delà de U forêt

— En route! cria Yvon, ils se battent là-bas! Jouons des jambes!

— Et qu'y pouvons-nous faire? demanda plaintivement Goïon; laissons-les se battre tant qu'ils voudront.

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Pour ce qui me concerne, j'en ai assez! Je suis soûl de mésaventures.

— Eh bien donc, reste ici à la garde du âévreux, mon camarade; moi, je vais à mon devoir I

Et brandissant un jeune plant de chine qu'il avait arraché dans la haie et qu'il épluchait, depuis le temps avec son coutelas, pour remplacer son penchas égaré, il s'en alla d'un saut du champ sur la route et se mit à courir de toute la vitesse de ses jambes.

C'était un rude joueur de jarrets I II était déjà loin, quand Gk>îon se dressa tout à coup sur ses pieds avec un rugissement de lion qui a perdu sa famille*

-~ Ma ceinture! dit-il, d'une voix que l'émotioa arrêtait dans sa gorge : j'ai laissé partir ma ceinture I

Et il se jeta en bas du talus à son tour» criant à tue-tête :

— Yvon! Yvon Héloryl Mon voisin! mon ami!

Agis en honnête homme! Tu n'as pas le droit d'expo* ser ainsi mon bien dans la bataille!

Ce que voyant, le fou» qui ne voulait point rester seul, descendit tranquillement la rampe et suivit le chemin, les mains derrière son dos» tantôt demandant sa soupe et des Anglais à tordre» tantôt chantant joyeusement :

Y a des noissett' à Concaroeau,

Y a des gros moutons à Plélo,

Y a du lard à Port-Navalo...

Par devant, Goïon appelait de tout son cœur :

— YvonI Yvon Hélory

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Et plas loin encore, Yvon décorait la roate, faisant le moulinet ayee son petit chêne.

Il atait déjà passé par là cinq ans auparavant, venant da pays de Tréguier avec son précepteur, et allant vers la bonne ville de Rennea pour gagner de là Paris; mais il ne s'en souvenait plus guère. Avec un grave clerc de Tofficialité comme était son mentor, d'ailleurs, on ne voyage point de nuit» Yvon, dont la course était constamment accél^ée par les cris de bataille et de détresse qu'il entendait à chaque instant {dus prochains, arriva bientôt à une noire descente qu'il ne connaissait point et au bas de laqo^ était un pont de bois.

Nous avons déjà entrevu, ce soir, cet endroit de mauvaise mine, en accompagnant le bon prêtre qui en avait franchi si paisiblement les dangers en égrenant l'ébène de sa patenôtre.

En avant du pont, la route se rétrécissait, couverte par une impénétrable voûte, non pas de feuillées, car les bourgeons sortaient à peine de Técorce des arbres, mais de branchages, de ramelles, et de brindilles si généreusem^t touffus, qu'on ne voyait plus le ciel au travers.

Sous le pont, c'était un ruisseau, devenu torrent par l'appoint des neiges fondues et qui grondait, polissant d'invisibles cailloux.

Après le pont, on apercevait vaguement une mêlée : des ténèbres pleine» de mouvements, de chocs, de cris, de gémissements et de bruits de ferraille.

Au moment où le pied d'Y von sonnait sur la pre-

mière planche du pont, deux cris jaillirent hors du tapage confus.

— Je TOUS offre cinquante sous d'or pour ma vie sauve 1 disait la voix étranglée de maître Arsabiau, le marchand nantais.

Et la voix du moine, assez pleine encore vraiment, et parlant de haut, criait :

— Arrière, mécréants qui souillez la sainte robe! Gens du pays, à l'aide pour la religion de PaimpontI

Par malheur, les gens du pays qui étaient là ne respectaient pas beaucoup la religion, pas plus celle de Paimpont que les autres.

Yvon se rassembla, comme on dit, pour les chevaux qui vont bondir. Il serra vigoureusement son petit chêne, et se dit :

— Je ne suis pas un homme de guerre, c'est vrai ; mais je suis bien sûr de ne point faire mal en défendant de pauvres gens contre de si désespérés coquins. Il s'agit de frapper un bon coup et de percer un bon trou pour débarrasser le père Gosme. Si je fêle un crâne ou deux, — ou trois, par malheur, je ferai pénitence, comme de juste, et je vous promets, mon Seigneur Dieu, de n'en point prendre l'habitude. En avant I hop!

Si vous aviez entendu le petit chêne siffler au bout de son bras, vous n'auriez pas donné un demi-denier de trois grands et gros frocs qui s'étaient mis ensemble contre le pauvre rémouleur, acculé à la balustrade du pont avec le soudard assommé entre ses jambes.

■'" •^'-" J'ViM^^^'iViBOTi^P^eSPV?

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Yvon Hélory prit un élan qui devait non-senlement le faire passer par-dessus les trois méchants drilles, en dégageant le rémouleur, mais encore le ficher comme un pieu au cœur même de la mêlée.

Mais nous TaTojis dit : c'étaient des gens de forêt, sachant réduire le gibier par la ruse aussi bien que par la force. Ce fut la vaillance même de son élan qui perdit notre pauvre Hélory. Au plus impétueux de sa course, ses jambes rencontrèrent une corde, tendue traîtreusement en travers du pont, et il embrassa les planches avec une rudesse qu'il n'est pas besoin de vous dire, à dix pas en arrière des trois malvoulants qu'il regardait déjà comme terrassés.

Ce n'était pas un bon début dans la carrière des batailles. Il resta un moment comme écrasé, t^ar bonheur, les mille fracas de la bagarre étouffèrent le bruit de sa chute, et il eut le temps de reprendre connaissance. Personne ne l'avait aperçu, ni ceux qu'il voulait secourir ni ceux qu'il prétendait exterminer.

-— Ermitage I Ermitage à l'aumône t

Il fut éveillé par ce cri d'effrontée raillerie, poussé par les bandits, et auquel répondait la rescousse déjà plus faible de l'abbaye :

— A Taide, bonnes gens du pays, pour la religion de PaimpontI

Il se tâta et ne trouva rien de brisé dans son corps. Il essayait déjà de se relever avec le sincère repentir de sa fanfaronnerie, mais aussi avec l'intention bien arrêtée de reprendre la besogne qu'il venait de manquer, et de regagner le temps perdu avec usure,

ii8 Uk BILLR-irOILS

quaad une sourde vibration de harpe tiiiU à son oreille* An même instant» le froid d'une épée lui tou« cha le visage et quelque cboae de lourd toœba en grand sur lui.

Le son de harpe, c'était la corde tendue qui, {Kour la deuxième fois, venait de travailler. Le quelque chose de lourd, c'était Goion, laoeé presque aussi roide qu'Yvon lui*Bième» car l'élan de l'amour dea richesses n'a pas beaucoup moins de force ici-bas^ que celui de la charité, et sans le matelas humain sur lequel sa bonne chance l'avait fait tomber, l'éeu^er de noblesse aurait été endommagé rudement,

— GoïonI dit l'un,

•— Mes besans! repartit l'autre.

Le brave Ploêmené eut la présence d'esprit de tâter le flanc d' Yvon et jura d'allégresse en sentant la cein*» ture.

•^ Aide^-moi à me relever, dit Yvon.

Mais la corde n'avait pas fini de ehanter. Elle rendit une troisième vibration, et Paimpol, le matelot, trébuchant lourdement, vint s'ajouter au tas.

On ne l'aurait pas plus entendu que les autres» tant effroyable était le tapage, s'il n'eût tenu à achever son couplet commencé; mais, se croyant tombé dans son hamac, il cria :

— Holà! ma soupe, à la fini et chaude!

Y a du lard à Port-Navalo,

Y a du saindoux à Loc-Malo, fit y a d'ia galette au Clézie!

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Pourlecoop, lestroisFaax-ErmilesMretoiiriièrent h la fois.

^ Yoiei la tète nuel cria Tan d'eux; c'est notre écottorl Lâehez tout le reste ei lombez-^moi sur l'écolier à la tète nue!

YYon était deiKïut, mais il avait perdu son petit ehèoe. Il reçut le choe de Médérie (car c'était lai) avec nn bout de bois qn'il yenait d'arracher à la bah Ittttrade yermonlue du pont.

— > Ahl malheureux 1 disait Goïon en se releyant à son tonr, ils sayent qni tu es, ils te connaissent! ^ ta m'ayaispréyenu qu'ils t'en voulaient, j'aurais gardé ce qui est à moi, sur moi!

Au premier coup qu'Yvon voulut frapper, son bout de balustrade se rompit dans sa main, mais l'é* pieu levé de Médérie qni retombait sur lui, ne lui causa aucun mal, parée que la pointe de l'arme grinça contre nn fer d'épée, et de même en fut-il pour la hache du second ermite, et pour la faux du troisième»

Il 7 avait une providence d'aeier autour d'Hélory : L'épée de Goïon, défendant l'argent de Goïon avec tout le cœur de Goïon, faisait merveille!

Goïon était un héros des pieds à la tète; il y allait, d'estoc et de taille, maniant son grand braquemart comme si c'eût été une honssine d'osier, s'oubliant loi*raème pour défendre Yvon qui avait son âme, nonée autour des reins dans la ceinture de cuir, et ne prenant même pas le loisir de jurer, tant il besognait conseieneieosement

Il faut croire cependant que Médérie et ses trois

compagnons avaient communiqué au gros de la bande le renseignement fourni par dame Gote à Faubei^e de la Belle-Étoile, car l'ordre dé dauber sur l'écolier à la tète nue était fidèlement eiécuté de toutes parts.

Pas n'est besoin d'expliquer au lecteur le plan général des Faux-Ermites qui, dans le principe, ayaient tout uniment dressé une embuscade à la Font-Bouillant , en l'honneur des trois marchands roulants qu'ils attendaient à heure fixe. Leurs espions, en effet, rôdaient continuellement autour de Mordelles^ et se mêlaient même souvent à la passée sous divers déguisements.

A l'heure où le prêtre cheminait tout seul vers Plélan, récitant ses prières sur le pont, sans se douter des périls qui entouraient sa solitude, ils étaient une quarantaine de truands, mendiants, besaciers, ex^ mites pour rire et autres (n vermines de routes », comme parlait ce malheureux temps où les gens de bien faisaient leur testamentquand ils étaient obligés de faire un voyage de vingt lieues.

En lisant les quelques paperasses contemporaines de saint Yves, qu'on rencontre encore çà et là dans les bibliothèques des villes et dans les chartriers des châteaux, — et j'en ai lu le plus que j'ai pu, pour vous raconter la pauvre présente histoire, — j'étais parfois obligé de me dire que, malgré les défauts, péchés, vilenies, sottises, lâchetés, abominations, désolations, etc., de notre époque actuelle, nous circulons peut-être un peu plus commodément que nos

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grands-oncles, grâce aux gendarmes et à la vapeur.

On assassine encore dans les wagons, c'est vrai, mais non pas dans tous les trains, et, quoique rien ne Yous empêche de faire votre testament, si fantaisie TOUS prend de visiter la merveilleuse forêt de Paimpont, ce ne seront plus, du moins, ni les Faui-Ermites ni les Moignos qui vous porteront à cette précaution éminemment sage.

Au cas où vous viendriez, apportez un clou, un sou, une balle de plomb ou même une aiguille, pour tenter le «c miracle », car le miracle se fait encore et à peu de frais. La futaie qui jetait en voûte son impénétrable couvert au-dessus du pont du Parjure a été coupée; mais le ruisseau reste et le pont de bois a été rebâti en granit. Les gens du voisinage ne l'appellent plus le pont du Parjure, mais bien du Perjû (du Père Just).

Il y a, à droite de la route, en venant de Rennes à Plélan,un bouquet de saules dont les troncs énormes par le haut et tout maigres par le bas, portent une superbe moisson de gaules ; sous leurs branches sont trois fontaines ou doués, étagées et bien murées de pierres bleues, remarquables par leur antiquité. La fontaine du bas sert à rouir le chanvre, celle du haut donne à boire aux hommes et aux bestiaux, celle qui est entre deux lave le linge.

Tout auprès, vous verrez les restes d'un puits carré et couvert qui ressemble à une tombe. Ce lieu est triste, mais charmant ; je n'y ai jamais rencontré personne, quoiqu'il soit voisin de deux chemins, commode pour

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leâ lavandièfei et offira&t »ttx passant» altérés de l'«au fraîche et pure«

A]>|Hroehez-¥Ous. Le « grand béiief du Perjû » qui hantait» dit-on, la fcmtaine vers la fin du siècle dw*nier» ne s'y est pas montré depuis bien longtemps. Il n'ayait qu'une corne qui était ereuse» et il y fallait déposer nne pièce de monnaie sons peine de eorree-» tien majeure.

Du reste, tous n'aurez besoin pour tous renseigner,, ni du grand bélier ni de personne ; prenez seulem^t Totre clou, Totre sou, yotre balle ou votre épingle, et jetés ce métal, quel qu'il soit, dans le doué supérieur, TOUS saurez tout de suite pourquoi le lieu a nom la Font^Bouillant. Cette sauvage naïade du pajs des pierres n*aime ni le fer, ni le cuivre, ni le plomb, ni aucun métal, malgré le voisinage des forges : vous la verrez aussitôt entrer en effervescence et boudrû (bouillir) comme disent les gens de la forêt.

C'est la même eau que la source de Baranton, que les touristes anglais finiront par combler à force d'y jeter du minerai de fer. On ne dit pas pourtant que réau de la Font-Bouillant, ou Font-Boudant, ait, comme l'autre, la vertu d'assembler les nuages.

C'était là précisément que la respectable association des Faux-Ermites se tenait à l'affût au tomber du jour. La futaie s'étendait encore alors entre les doués et la route, et sous son ombre les bandits avaient établi leur embuscade.

Ils savaient la composition exacte de la passée, le nombre des marchands roulants, des colporteurs et

des fermiers qui aweat vendu ea foire ; Us eonnais* salent la nature et l'importance des provisions rapportées par les geos de l'abbaye : ceci était l'affaire de leurs e^i<His; mais ce qu'ils ne pouvaient pas savoir, c'était la rencontre que la passée devait faire de nos deux voiaiQ9 et amis, Goïon de Ploem<«ié et Yvon Hélory, puisque cette rencontre appartenait «ncore au domaine de l'avenir»

La passée était en retard, on l'attendait depuis deux heures au moins, et la confrérie s'impatientait, d'autant que des rumeurs avaient couru sous bois, aujourd'hui ; on disait que la bande rivale, les « Moignos », vagabonds étrangers au pays pour la plupart et qui se vantaient d'appartenir aux anciennes compagnies des croisés de l'est, dits pastoureaux et passereauXj avait reçu un renfort venant de la forêt du Pertre, et voulait venger certain échec, subi par elle au pillage tout récent du manoir de Concoret.

Cet acte de dévastation sanglante avait été commis par les Faux-Ermites, au grand effroi des alentours, et les Moignos, s'étant présentés pour demander le partage, n'avaient obtenu que des coups.

Quand la brune descendit sur la clairière de la Font en même temps que le grand ouragan de neige, nos bandits commençaient à être de mauvaise humeur. Le premier son de trompe envoyé par dame Goton Mahaut leur avait bien rendu courage; mais le temps se passait et rien n'arrivait. Les quatre frères Mahaut surtout, qui étaient au nombre des chefs, commençaient à s'inquiéter sérieusement. Ce fut alors

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que le second signal Tenant de l'auberge se fit entendre.

— Allez, les Mahaut, fut-il dit autour de la font aine, allez voir chez tous, il y a du nouveau vers la Belle- Étoile, puisqu'on a corné deux fois. ,

Les quatre frères étaient déjà debout. Comme ils se y

jetaient sous bois, leurs associés ajoutèrent : (

— Faites le grand tour et prenez la passée à revers pour la rabattre sur nous.

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