‹ La belle-étoileChapitre 6 sur 9 · LB PONT DE BOIS · texte numérisé non relu

LB PONT DE BOIS

Ces Mahaut, dont il faut bien dire un mot, à la fin, puisqu'ils nous occupent depuis si longtemps, étaient une yiyante énigme, même pour les gens de la contrée. Ils tenaient, de père en fils, la ferme de FÉtoile, qui était autrefois un gros bien rural, mouyance du monastère de Paimpont, ayant que celui-ci fût érigé en abbaye-paroisse.

Il y ayait là, en ces premiers temps, chapelle ouyerte, sous rinyocation de saint Just, attenant à la maison de ferme et desseryie par les moines qui en laissaient le pieux mobilier, sauf les yases sacrés et les ornements précieux, à la garde de la famille Mahaut. Le simple énoncé de ce fait explique comment dame Gote ayait pu jouer la funèbre farce du « lit de repos )> qui contribua tant à rabattre la carayane.

Pierre Mahaut de l'Étoile, grand-oncle de la génération actuelle, était parent du fameux sectaire Odon de l'Étoile qui se faisait passer pour le fils de Dieu et

brûlait ceux qui ne voulaient pas l'adorer. Les premiers Faux-Ermites de la forêt de Brécilian prétendaient être ses disciples.

Mais Pierre Mahaut, honnête homme et fidèle chrétien, ne partageait en rien la criminelle vie de son parent. On le rangeait parmi les meilleurs vavasseurs du monastère et il était presque traité en noble homme.

Comme sa maison avait porte sur la route et que ses cultures avaient été ruinées par les guerres, au temps des horribles trahisons du roi Jean d'Angleterre contre Constance de Bretagne et son infortuné fils Arthur, les moines de Paimpont lui avaient concédé le droit de tournebride ou buvette, moyennant une redevance de pure forme montant à sept deniers ren» nais et une poule à Pâques.

Telle était la première et vraie destination de la Belle-Ëtoile : vendre un morceau à manger et un coup à boire aux voyageurs qui se rendaient an couvent

Il faut i^outer que le chemin passait alors au ras de la pierre du seuil et que la descente ne commençait qn'aa-delà de la porte; mais elle était si soudaine et si mde, la descente, qu'à l'époque des engrangements^ le monastère, qui avait des cultures vers SainV-Thurial et Bréal, perdait en ce lieu beaucoup de char^ rettes.

11 arriva donc que, durant la vi^ de François Mahaut, père de Médéric et de ses frères et mari de dame Goton, les moines voulurent égaliser la pente et tranchèrent par conséquent la voie au-devant de la

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' maison, qui était deyenue une très-riche auberge, eomme on n'en aurait pas trouvé beaucoup sur les routes de la Bretagne.

Gomme la tranchée isolait la maison de François Mahaut et nuisait à son commerce» il se fâcha, intenta i un procès, et le perdit devant Tofficialité de Saint-Malo. jf Une nuit que le sous-prieur de Paimpont passait entre la Belle-Étoile et la Font-Bouillant sur sa mule» il eut la tempe fracassée par un carreau d'arbalète, de ceux qui se taillaient spécialement pour percer le cuir dur des sangliers, sous bois.

François Mahaut mourut dans son lit, parce qu'on ne trouva point contre lui de preuves ; mais sa maison prit mauvaise renommée, ^ les serviteurs du monastère n'en franchirent plus le seuil.

Les choses s'apaisèrent pourtant sous le duc Pierre Mauclerc, peu favorable aux gens d'église et durant les premières années du duc Jean I<», dit le Roux, qui suivait assez bien les errements de son père, puîs^ qu'on l'appelait aussi Maueierc pour signifier qu'il était bourré de méchante science et ùkrc eonire le$ çkre$* Dame Ooton, devenue veuve» fit bâtir un perron et tout alla derechef passablement.

Mais il se trouva que le cadet de ses fils, n<Mnmé Médéric, qui avait étudié à Rennes pour être d'église, était aussi un Mauekrt de première force. Étant revenu dans la maison paternelle, ii lelnsa do prendre les ordres et mena une vie de possédé par la campagne, entraînant ses frères après loi. Dame Qote ayant voulu mettre le holà, il lui dit tout net :

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— Ne parlez point si haut, notre mère, ou je ferai savoir à qui de droit que le carreau d'arbalète qui mit à mort M. le sous-prieur, partit de la croisée de la chambre où est votre lit.

Que ce fût vrai ou faux, la vieille se le tint pour dit et ne prêcha plus.

Elle aimait d'ailleurs passionnément ce fils Médéric, qui était beau gars, bien venu et plus adroit parleur qu'on ne l'est communément à la campagne. S'il n'avait été mauvais sujet des pieds à la tète et perdu de vices, la chronique de saint Yves dit qu'il eût fait avec le temps une personne d'importance.

Il advint que les moines, las de ses déportements, ôtèrent à la Belle-Étoile le droit de tournebride et firent démolir le perron que nul n'avait alors licence de prendre sur route à moins d'établir sa noblesse.

Les temps avaient changé. Le duc Jean P', devenu vieux, avait mis quantité d'eau dans son vin de failliclerc pour rentrer dans les bonnes grâces du Saint- Siège. Les Mahaut courbèrent la tète ; mais dans le pays découvert, entre Saint-Thurial et Plélan, on commença à dire tout bas que, ne pouvant plus vivre du pain et du cidre qu'ils vendaient autrefois, ils avaient pris une autre industrie.

Laquelle ?

Il n'en manquait pas de criminelles sur la terre de l'abbaye de Paimpont.

Néanmoins, et quoi qu'il en fût, la Belle-Étoile était toujours une auberge. Quand un voyageur demandait l'entrée, on abattait un marchepied de planches, qui

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tombait de la porte du rez-de-chaussée ouverte au niveau du talus sur le sol de la route.

Une nuit d'hiver, du dernier hiver, car nous voici arrivés à cette année 1273 où se passe notre histoire, deux pèlerins, revenant de Sainte- Anne d'Auray, furent pris de fatigue aux environs de la Belle-Étoile, dont ils ne connaissaient point d'ailleurs, peut-être, la détestable renommée; ils demandèrent l'entrée, on ne leur répondit point.

Us s'obstinèrent, car ils entendaient du bruit à l'intérieur, et il y avait de la lumière aux croisées. Comme ils cherchaient une sente pour arriver en haut du talus, ils s'arrêtèrent à un endroit , — justement l'endroit où Yvon Hélory avait trouvé, ce soir, un semblant d'abri contre le vent et la neige, — Tendroit aussi où plus tard, Goïon de Ploêmené lui avait confié sa ceinture en lui avouant quel en était le riche contenu.

Ceux qui voudront bien écouter ceci n'auront pas besoin qu'on leur explique comment dame Gote Mahaut, sans même avoir recours à Yoiramus, son « démon de giron 9, avait pu donner à Médéric le chiffice exact des besans d'or de l'héritage de l'oncle Jouan qui prêtait sur gages.

En effet, de même que dame Goton, guettant la caravane par le soupirail de sa cave, dissimulé derrière les ronces, avait pu entendre, aujourd'hui, toute la conversation d'Yvon et de Goïon, de même, un mois ou deux auparavant, nos deux pèlerins de Sainte-Anne d'Auray avaient pu ouïr, de l'extérieur et

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par ce même soupirail, ce qui se passait dans la cave de dame Gote.

lis n'en écoutèrent pas bien long parce qu'ils furent pris incontinent de terreur; mais à Plélan où ils revinrent, plutôt que de continuer leur route, ils racontèrent que, sous l'auberge, il y atait des souterrains où tenait de s'accomplir un grand meurtre. Ils avaient entendu crier miséricorde, et des plaintes d'agonie, et des râles, et des grincements de fer; et, comme ils s'en allaient, des cbants d'orgie les avaient poursuivis jusqu'au bas de la montée.

Comme pour corroborer ce récit, on vit le lende» main quelque chose d'extraordinaire : des maçons étrangers à la. contrée établirent leur échafaud sur la route pour murer la porte, les fenêtres basses et généralement toutes les ouvertures qui perçaient le rez* de-chaussée de la Belle-Étoile.

A dater de ce jour, nul ne vit plus ni le beau Médéric ni ses frères, et le bruit se répandit qu'ils avaient été assassinés tous les quatre par les Moignos.

Cette rumeur, quel que fût son fondement, était d'autant moins invraisemblable, que les fils de dame Gote passaient pour être affiliés aux Faux-Ermites, et qu'entre ceux-ci et les Moignos une guerre mortelle éclatait en toute occasion. Damo Gote n'avait pas beaucoup d'amis ; le peu de gens qui restaient dans le pays voisin de la forêt, dépeuplé par la terreur, l'évitaient; néanmoins la curiosité, plus forte que la répugnance, porta quelques commères à se rapprocher d'elle pour prendre des informations.

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Dame Gote ne fit nullement mystère de goa deuil ; i elle ne donna, il est trai, aucune explication, mais elle I répondit :

^ Mes quatre gars sont morts; ceux qui les ont tués mourront.

, Dame Gote était donc seule ou paraissait être seule

j dans sa grande maison vide, car ses serviteurs I ravalent abandonnée Fun après l'autre, et cependant j il était parlé toujours aux alentours de ces bruits d'orgie et même de bataille qui s'entendaient la nuit quand on passait sur la route.

Et renseigne menteuse, qui promettait à boire et à manger, continuût de se balancer au-dessus de la porte murée, puisque nous avons vu le vent l'abattre, ce soir même.

Et de temps en temps, on disait encore cela, la fenêtre du milieu ouvrait ses forts volets, jour et nuit fermés, pour donner passage à Téchelle»

Alors un voyageur, ou deux, jamais trois, et d'ordinaire c'étaient des étrangers que nul ne connaissait, recevaient une hospitalité qui donnait le frisson. Ils entraient par la grande fenêtre.

Dans les histoires mystérieuses qui allaient et venaient, il n'était jamais question de ceux qui ressortaient.

En somme, malgré tout cela, il y avait des gens charitables et surtout poltrons qui disaient : « Ne jugeons point notre prochain. Dame Gote est veuve et toute seule. Il n'est pas étonnant, après ce qui hti est arricéy qu'elle ail transformé sa maison en forteresse. »

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Le diable, tous pouvez bien le croire, n'y perdait rien. Depuis quelques jours, une rumeur nouvelle courait ou plutôt rôdait, car c'était bien bas et en guettant autour de soi que les bonnes gens parlaient de cette famille : quelques-uns disaient qu'on avait vu reparaître Médéric lors du ravage du château de Concoret. Il était donc ressuscité.

Et comment l'avait-on vu ? sous un froc d'ermite que la bataille avait dérangé, et derrière une fausse barbe que les griffes d'un Moigno avaientsaisie, et qui lui était venue dans la main...

Enfin, dernier cancan, si on peut employer ce mot familier et moderne pour de si anciennes et lugubres choses, un des soirs de cette semaine où nous sommes, des bûcherons avaient rencontré quatre ermites qui portaient une femme vivante sur une civière de branchages. Ils les avaient suivis et les avaient vus s'engager dans le petit sentier qui menait à la Belle-Étoile, par derrière, — du côté des champs...

Ayant jeté ce regard vers le passé, revenons à notre aventure.

Nous savons ce que les frères Mahaut avaient fait dans la campagne découverte, après avoir quitté leur embuscade pour tourner la passée : ils avaient barré la route de Rennes par la peur, en cornant des appels et en allumant un feu au revers de la côte, tandis que la vieille Gote, jouant hardiment le rôle principal dans cette comédie, installait, en guise d'épouvantail, le lit de repos au-devant du drap funèbre emprunté à l'ancienne chapelle SaintJust, etrevè-

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tait, sons les longs plis de son voile blanc, le hideux déguisement qui servait jadis à représenter la mort dans le cérémonial des funérailles bretonnes.

Nous savons aussi, ou du moins nous devinons^ que nos malheureux voyageurs de la passée, éperonnés par leur frayeur et arrivant au pont du Parjure, avaient, dès Tabord, été rompus et mis en désordre par les obstacles accumulés au-devant de leurs pas, cordes, pièges et chevaux de frise.

Ils s'étaient néanmoins assez bien défendus, sous la conduite du moine, homme brave, quoique verbeux, et qui inspirait, malgré tout, un certain respect aux assaillants, parmi lesquels les vassaux de Tabbaye étaient peut-être en majorité. Les colporteurs étaient gens de hasards et de courage, les paysans tenaient à leur boursicot plus qu'à la vie, le soudard valait juste un autre soudard et le rémouleur, une^ fois échauffé, fit rage; mais personne ne rivalisa ici avec les trois faucheuses, surtout la Herbelonne. Les armes qu'elles tenaient à la main et qu'elles maniaient à tour de bras sont de l'espèce la plus terrible.

Comme les bandits voulaient prendre les marchands vivants pour avoir rançon, ils usaient de quelques ménagements^ et plusieurs d'entre eux restèrent morts sur le chemin le cou littéralement tranché par les « rasoirs à herbe » des bonnes filles.

L'arrivée des quatre frères Mahaut, puissants et solides gaillards, rompit l'équilibre en jetant toute la force du même côté. Les marchands crièrent merci et le moine détresse, pendant que les Mahaut, pleins de

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leur idée, fouillaient la passée en toon sens, à la poursuite des besans d'or.

Le brave rémouleur ayait, bien entendu, abandonné sa roue; comme don bonnet était tombé par hasard, les Mahaut, le voyant tête nue ti le prenant pour Técolier, l'attaquèrent tons à la fois après avoir assommé le soudard i ils étaient en train de l'égorger pour trois deniers qu'il avait dans sa poche, quand la chanson de Pahnpol les fit retourner et leur montra le gibier qu'ils chassaient avec tant de passion : Yvon Rélory, le véritable écolier à la tête nue.

Autour de ce dernier, le combat s'engagea aussitôt avec fureur au milieu des cris renaissants :

— Ermitage! Ermitage! à l'aumônier.

Hélas! Tautre cri : t La religion de Paimpont » essayait encore de répondre, mais il était enroué.

— Tiens ferme, Hélory ! disait Goion en traTaillant mieux qu'Achille, fils de Pelée, sous les murs de Troie, tire ta dague, mon voisin^ aide- toit... Holà! les faucheuses, là-bas ! je paye vingt-cinq gros rennais à rhermine pour chaque barbe d'Ermite! ho I hé ! les colporteurs ! défendez vos balles, mes amis ! allons ! fermiers 1 Êtes- vous des Bretons ? Cinquante gros I soixante-quinze ! Cent gros pour chaque tête de païen fêlée I

Ma foi t Yvon suivit le conseil, il tira sa dague. Il ne se servit pas de la pointe, c'est vrai, mais du premier coup qu'il asséna avec le pommeau il écrasa un front et fit sauter un œil hors de l'orbite. En même temps les faucheuses arrivèrent. Elles avaient battu

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comme en grange pour rien» jugez de ce qu'elles devaient faire pour vingt-cinq gros à. Thermiae!

^ La religion de Paimpont I hardi au jeu 1 Faisons de Vouvrage I

— L'aumône 1 Taumône pour l'Ermitage I abattes la tête nue I

Et par->dessus tous ces hurlements un nouveau cri de guerre éclata comme a'il eût été lancé dans un porte-voix de marine.

— La peste d'Angleterre l il me faut ma soupe ou la mort I Toute chaude I

Et Ton entendit une tête craquer comme si on l'eût prise et broyée dans un casae-<noisette géant.

C'était le pauvre Paimpol qui, agacé par ce mouve* ment et ces bruits^ venait de retrouver le petit chêne d'Yvon et s'en servait pour mettre le crâne de l'ainé des Mahaut en capilotade.

— Qui est-ce qui m'a baillé pareille boîte molle? dit-il^ ce n'est pas un homme, c'est une pomme l Je vas redoubler jusqu'à ce qu'on me serve ma soupe l II est l'heure I

Y a des noisetf à Concarneau,

Y a des gros montons à Plélo...

Médéric passa sous l'épée de Goïonet sauta à la gorge d'Yvon qui prit son poignet et le cassa comme ou fait d'un brin de fagot pour allumer le feu.

— A la tôte nue l L'aumône 1 l'aumône I

Yvon écarta d'une main un coutelas qui déjà lui piquait la poitrine, et, saisissant de l'autre le troisième

frère Mahaut par lés cheveux, il le jeta dans le raisseau par-dessous la balustrade.

— Voisin, dit Goion avec admiration, tu es plus fort qu'un bœuf... pourquoi ne pointes-tu pas avec ta dague? Ils sont trop ! ça va mal finir I

— Ça finira comme Dieu voudra, répondit Yvon en brisant dans sa main gauche la lame d'un estoc lancé en pleine gorge de Paimpol : promets des gros à l'hermine et ne te lasse pas de cogner I

Et il cria de sa belle et jeune voix :

— La religion ! La religion I Seulement, il n'ajouta pas de Paimpont.

Comme si son cri eût remué quelque chose dans Tair, il se fit tout à coup un bruit parmi les branches enchevêtrées, et une voix grêle comme le fausset d'un enfant de chœur prononça ces étranges paroles :

— Pastoureaux I passereaux t ho I ho I ho ! les Moignos I

Les deux partis qui étaient aux prises s'arrêtèrent comme si la foudre fût tombée entre deux.

Ce ne fut pas la foudre pourtant qui tomba, mais bien ce singulier personnage, doué d'une agilité de singe que nous vîmes sortir naguère de la haie où le bon marin Paimpol venait d'être précipité par le squelette, et traverser en gambadant l'échelle, suspendue au-dessus de la route comme un pont.

Il fit un bond extraordinaire qui le mit sur les planches servant de capote à la charrette des paysans émigrants et reprit :

— Ho I ho I ho I Tout est pour les Moignos I

' C'était la vérité pure. Une armée entière de nouveaux bandits couvrait le champ de bataille, où Ton voyait les frocs pour rire des Ermjtes fuir et disparaître de tous côtés.

— Cette fois-ci, dit Goïon découragé, il ne nous reste plus qu'à mourir auprès de l'héritage de mon oncle I

— Quel drôle de pays que le mien I fit Yvon qui regardait avec beaucoup d'intérêt les nouveaux venus faire main basse sur les carrioles, les balles, les mannes et tout le butin des Ermites que ceux-ci avaient abandonné.

C'étaient presque tous jeunes gens que ces Moignos, portant un costume leste et qui n'était pas sans coquetterie. Ils avaient un lambeau d'étoffe noire sur le visage.

On disait volontiers, aux environs de Paimpont, qu'en soulevant ces masques au hasard, les notables de la contrée auraient éprouvé plus d'une surprise désagréable.

Il y avait alors, pour les mauvais sujets, fils de bourgeois honnêtes ou de rigides hobereaux, des façons de se divertir qui ne ruinaient pas leurs pères..

Le proverbe affirme que les loups ne se mangent jamais entre eux; cela dépend des circonstances. Les loups de la forêt de Paimpont étaient trop nombreux pour s'entre-épargner : sans cela il ne fût rien resté de ce malheureux pays qui aurait été dévoré de fond en comble.

Les Moignos, très -supérieurs en nombre et mieux

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ariaéB^dépè«bte«nU«é«diQ« tenante po«f l'autre mande, tous leurs coUègues àtà VErmitag^ qui kur tombèr«iii aottabi siam et »'aaaurèr«At de la caravane avec une prestesse et un ensemble qui faisaient Véloge de leur orf aoisalKNi»

YvoBHélQi7> qm était i»n observateur décidé» nere&ta pas, cependant, pour voir comment les Moigaos et leur kiitaatique eemmaudant allaient user de la vieliaire« U ae eoula aouA la balustrade et sauta tuut uniment en bas du pont» aprèa avoir fait un aiguë à Goïon de Ploemené, gui le suivit tète (urenûère daua l'eau, comme il l'eût suivi dans le feu.

Je ne veut rien dire contre lea beaux exemples d'amitié à nous laisséa par les temps antiques ; mais aucun bistoffien n'a su évaluer au juste» en monnaie courante, l'attacbement d'Oreste et de Pylade, non plua que la tendressa mutuelle de Pamon et de Pythiaa. Plus beureux» noua avons, ici ks^ éléments d'un oalcul psychologique, et nous pouvons dire exacte-» ment que l'admirable sympathie qui entraînait Goïon derrière Yvou était un sentiment de sept mille se» s d'or.

Faisons remarquer ici en passant que » si nous em« ployons indifféremment ces mots sous d'or, besans, florins et ducats» c'est que les témoignages écrits du règne de saint Louis font de même. Les monnaies d'argent de cette époque sont connues et la constante variation de leurs types les signale; mais ce que va-« lait précisément le sou d'or en 1273, ]e l'ai demandi à plusienrs personnes très«savantes dont lea réponses

pleine» ^'éniditioa n'^at pat sais fin à mon en* barras.

Ce qui eai hm^ de doute, c'eal qu'il valait beaucoupy par suite de la rareté du numéraire, et qu'il pesait peu : Yvon, sans ^tre chargé plus qu'un mulet» portait sur lui le prix de deux domaines*

Les choses quo nous avons mis si longtemps à raconter s'âaitfit lestement passées, et il n'était paa dix beufos du soir quand Goion et Yvon se trouvèrent dans le lit profoadémmt encaissé du ruisseau» Leur fuite s'était opérée en un bon moment de confusion, et ils avaient tout lieu de croire que nul n'j avait pris garde.

Ils grimpèrent sur la rive, bordée d'aunes et de sauges; la futaie les couvrait; ils se mirent k cheminer sans bruit et gagnèrent tout d'ab<Hrd la petite clairière on s'étageaient les trois deiié* de U Font- Bouiilant.

Quelque chose remuait au bord de l^au, ils se jetèrent à gauche suivant la haie de la routa«

Derrière eux, ils entendaient parfaitement ca qui se passait sur le pont de bois. La caravane se lamentait, les marchanda discutaient, le père Cosme mena^ çait.

Des Faux-Ermites il n'était plus question et pour cause; ceux d'entre eux qui n'avaient pas pris leurs jambes à leur cou ne devaient plus jamaia parler.

— Si nous avions seulement nos chevaux 1... voulut dire Goïon»

^ais Yvon lui imposa péremptoirement silence, U

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marchait avec une extrême précaution et avait l'air soucieux.

A un certain moment où la lune glissant entre les branches effleura son Tisage, Goïon le regarda et sentie renaître toutes ses terreurs. Un instant, il s'était cru hors de presse; mais la figure de son compagnon, qui peignait d'ordinaire une imperturbable sérénité, parlait si énergiquement de danger, que le pauvre Ploêmené, obéissant et se taisant, marcha désormais etf silence, la^tête basse, comme un chien battu qui va derrière son maître.

Tout à coup Yvon s'arrêta ; Ploêmené l'imita, — Yvon se jeta à droite dans les broussées, et Ploêmené l'y suivit fidèlemept.

— Tu as vu quelque chose, Hélory? demanda le pauvre garçon.

— Chutl... nous ne sommes pas seuls de ce côté de la haie... Mais écoute I

Il revint rapidement sur ses pas du côté du pont. Autour d'eux, les brousses froissées bruirent.

— Quelque pièce de gibier ! gronda Go!on : quand on cherche les chevreuils, on ne les trouve pas; mais s'il s'agit de bouger la nuit pour mettre martel en tète à quelqu'un qui ne souhaite pas de rencontre...

— Vas-tu bien te taire!

— De quel droit touchez-vous au bien de la religion de Paimpont? demandait, en ce moment, sur la route, la voix haute et assurée du moine.

~ Du droit que me confère l'évangile de Notre- Seigneur répondit une autre voix, claire et jeune :

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Notre-Seigneur a dit : « Donnez à manger à ceux qui ont faim, donnez à boire à ceux qui ont soif » ; j'ai soif et j'ai faim, je me donne à manger et à boire.

Il y eut un Jong éclat de rire sur le pont. Yvon pensa :

— Celui-là n'est pas un paysan, pour sûr!

Gomme si le moine eût voulu donner raison à cette

observation, il reprit d'un accent plus sévère :

— Guillaume de la Barre, vous êtes le fils d'un digne feudataire de Tabbaye de Paimpont : n'avez-vous pas bonté du métier que vous faites ?

— Est-ce que messire Guillaume de la Barre est ici, par hasard? demanda celui qui avait parlé déjà; alors qu'il vous réponde, mon révérend, moi je ne le connais pasi

Il essayait de railler encore; mais sa voix tremblait un peu.

— Je savais bien que j'avais ouï cet oiseau-là chanter quelque part! se dit Yvon qui ne put s'empêcher de sourh*e. Ah ! c'est ainsi que maître Guillaume, mon condisciple,se procure les angelots qu'il fait danser dans les cabarets du Clos-Bruneau, à Paris ! En le voyant gambader sur l'échelle, j'aurais dû reconnaître le meilleur cabrioleurdelatavernedela Truie-qui-file, au faubourg Saint-Jacquesl... C'est dommage: un si savant écolier I Le meilleur disciple de maître Pierre de la Chapelle! Capitaine deMoignos en Bretagne et détrousseur de grands chemins !

— Guillaume de la Barre, reprenait en ce moment

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le père Gosmei vous ayez beau nier, vous êtes reconnu^ je vous mets au défi d'ôter votre masque et de montrer votre visage !

— Jour de Dieu I répondit le chef des Moignos, dont la voix cette fois frémissait de colère, j'aime bien mieux te laisser croire, insolent frocard, que tu as affaire à messire de la Barre. Mets aussi sur son compte le bain que tu vas prendre. ,» oh I oh! Pastoureaux, pasaereauxi trempez-moi ce bonhomme dans la mftre, et trempez-le bien I

Il y eut un iumultei dominé par une voix de tonnerre, qui n'était plus celle du moine et qui demanda:

f^ Est-ce cû soir ou demain qu'on va enfin m'apporter ma soupe l

— Voilà le seul homme raisonnable qui soit dans la pafiséQ de Paimpont, dit maître Guillaume de la Barre.

Et les huées de recommencer, et les éclats de rire, par-dessus lesquels passait la chanson du pauvre fou ;

Y a des noisett' à Concarneau...

— On n'entend plus rien dans les brousses, dit tout bas Go!on : ahl si nous avions nos chevaux !

Yvon pensait :

— Si Je me découvrais à maître Guillaume, peutêtre qu'il m'accorderait protection en qualité de condisciple... Mais noni il se croirait obligé de faire la fin de moi pour^bien prouver qu'il est un autre que

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lui-même... En avant, ami Ploêmené, et sois muet comme un poisson I

Ils longèrent en silence la haie qui les séparait de la route, et bientôt les bruits du pont du Parjure se perdirent pour eux dans le lointain.

UNE AIGUILLE DANS UNB BOTTB DE RÛIN

Yvon et Goïon allaient, étouffant le bruit de leurs pas, et aussi rapidement qu'ils le pouvaient. Autour d'eux, maintenant, tout semblait tranquille. Je ne sais pas à quoi songeait Yvon Hélory, peut-être à maître Guillaume, cet écolier de l'Université de Paris, rançonnant les grandes routes au fond de la Bretagne. Plus tard, la question devait se retourner, et les écoliers de Bretagne de valent venir en foule chercher leur fortune à Paris.

Ce dont je suis bien sûr, c'est que Goïon pensait aux dangers que courait l'héritage de son oncle Jouan.

Au bout d'un quart d'heure de marche environ, la haie présentaune large brèche qui donnait accès sur la route. Bien entendu, vous n'avez point supposé que nos deux fugitifs eussent cheminé de plain pied, depuis le temps. Nous n'avons pas regardé comme nécessaire de mentionner les innombrables fossés qu'ils avaient dû franchir.

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Là-bas, alors, comme c'est encore aujourd'hui, chaque bhamp était une forteresse, et, tous les Tingtcînq pas, un obstacle nouveau se présentait; mais ils avaient quarante ans à eux deux et le jarret solide, les échaliers ne les gênaient pas.

La nuit était magnifique, quoique le brillant même des étoiles annonçât quelque bourrasque prochaine; on ne voyait pas un nuage au ciel, où la lune montait, petite et ronde comme un miroir.

Avant de passer la brèche, Yvon s'arrêta et prêta l'oreille attentivement. C'était partout un grand calme : tout se taisait, jusqu'au vent dans les ajoncs, dont les jeunes pousses passaient à travers les chaumes de l'autre année. La route et les champs, à perte de vue, semblaient également déserts.

Goïon en fit l'observation.

— Cours-tu bien? demanda Yvon.

— Comme un lièvre.

— Veux-tu sauver ta ceinture?

Incontinent, la sueur froide perça sous les cheveux de l'héritier.

—-^ Est-ce qu'elle est encore en danger? murmurat-U.

— Il y a autour de nous, répondit Yvon, au moins trois chasseurs qui rôdent. Je les sens et je pourrais te dire où ils sont tous les trois en ce moment. Faisons donc comme les lièvres, dont tu parles, commençons par détaler, et puis nous^détournerons les chiens, si cela se peut. Seulement, ta ceinture est lourde, et je n'irai peut-être pas bien loin... Y es-tu?

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— J'y suis. Ta vas voir comme on aviUe le chemin I Ils s'élancèrent en même temps, non plus dafns le

champ, mais ear la route même. On n'awsait pas fait .deux cents pas que Goîon criait par denri^, tout essoufflé :

— Ma chape me gène! j'ai un graver dans mon brodequin droit! et mon épée me bat dans les jambes; attends-moi un peu, Hélory, voisin I

Mais Hélory, ne répondit même pas. Il allait, les coudes au corps, droit et léger, la poitrine effacée; son pas bondissant effleurait le soL

— Je regretterai ma chape, par la rude saison qu'il fait, Hélory! disait Goîon, mais elle m'empêche de te suivre. Personne n'est à nos trousses, mon voisin, mon ami, attends-moi l... où es-itu passé?

Yvon venait de se jeter dans un bas chemin qui coupait la route, sur la droite.

— Saint Tugdual, patron deTréguierl gémit Goîon, voilà que je ne le vois plusl Us reviennent presque tous voleurs de ce Paris, qui est un repaire, et jelui ai confié assez d'argent pour donner de mauvaises pensées à un ange I Grand saint Tugdua\, si vous me prêtez des ailes pour le rattraper, je fais vœu de vous bitir une chapelle. J'ai Thabitude de manquer à mes vœux, c'est vrai, cher protecteur, mais cette foie- ci, la promesse est bonne I Je la mettrai .par écrit et scellée de grande cire chez le garde-notes de chez nous : une chapelle et ce qu-il faut au service d'icelle, bancs de chêne guiilochés bellement, quatre images dans quatre niches, une cloche, de l'argenterie.** Ahl saint Tug-

LÀ MBLni É r O lig 147

dual, TOUS ne m'écoatez pas! Vons ayez méfiance de moi à cause dn coq ({ne je promets depuis silongtempsl Et le diable sait oii est ce misérable Hélory, mainteiHiiitl

•— Ici, imbécile» dit «ne yoii à t^n oreille tsomiiK il passait devant rouverture du bas chemin, "^ens çà, et reprends ta finance, qui me rompt les côtes. Je suis bien sot de me donner tant de peine pour un ingrat qui dit du mal de moi aux saints du paradis I

Goïon se précipita sur lui et le serra dans ses bras àrétoufier. Il était baigné de sueur. Il avait semé sur sa route sa chape, son surcot, son épée ; s'il avait pu, il aurait lâché quinze ou vingt livres de sa propre chair. An milieu du transport de joie qui lui arrachait des larmes, il disait:

— Je t'ai retrouvé, mon seul ami, mon frèreî que tu le veuilles ou non, tu auras la moitié de ma fortane, et même un peu plus, j'en fais le somment sur mon salut I Je te donne en pur don trois mille cinq cents sous d'or à prendre sur l'héritage, ainsi; dé- !énd9-le bien, puisqu'il est à toi comme à moi... Mais penses-tu, toi qui as étudié, que je doive quelque chose à ce saint TngdualT Je lui ai promis sa chapelle, c'est vrai, mais à la condition qu'il me ferait pousser des ailes, et je crois bien qu'il n'y compte pas, puisque les ailes ne me sont point poussées. D'aiiletrrs, je ne t'aurais pas rattrapé si tu ne m'avais attendu. Et ma chape, qu'il m'a laissé perdre! et mon surcot! et mon braquemartl... Veux -tu que nous retourraom sur nos pas, voisin? C'était un estoc de Î9r

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mille; nous allons le retrouTer sor la route a^ec mes bardes; plutôt que de perdre ainsi du bien à moi, j'aimerais encore mieux le donner aux pauvres I

Yvon rayait pris sous le bras, tout occupé qu'il était à éponger ses torrents de sueur et boitant crueUement de l'effort de sa course.

— Je crois, répondit-il, que saint Tugdual te tient quitte, car tu es plus fourbu que le pauvre bidet qui te portait ce soir. Je creuse ma tète à chercher ce que je pourrais bien faire de toi, mon pauvre camarade; si j'étais tout seul, m'est avis que je saurais mener tes besans en lieu sûr; mais ils n'auront pas eu de peine à suivre ta lourde piste sur la terre mouillée.

— Ils, qui? demanda Goïon : tu ne supposes pas que des hommes en chair et en os aient pu fournir une course pareille à la mienne? De qui parles-tu? des Moignos?

— Non pas. Les Moignos ne savent point ce que contient ta ceinture. Je parle des Fauï-Ermites de la Belle-Étoile.

— Je les ai tous tués sur le pont, répondit Goïon sans hésiter.

— Excepté ceux qui nous entouraient naguère derrière la haie, et qui ont ramassé tout ce que tu as jeté sur la route.

Goïon poussa un gémissement. En causant, ils Ils avaient fait, cahin, caha, quatre ou cinq cents pas dans le bas chemin.

— Si tu veux m'aider à délacer mon brodequin pour ôter le gravier qui est dedans et qui me blesse,

UL BBLLB-irOILS 149

dit tout à coup Qoion, je suis capable de fournir un temps de galop jusqu'à Vannes sans m'arrèter. Ta m'as dépassé, c'est certain, à cause de cette petite pierre; mais, dans une course de fond, j'aurais l'a- ▼antage sur toi, étant comme je le suis, le meilleur allant qu'on ait jamais vu dans notre évêché...

Pour la seconde fois, Yvon lui mit sans façon la main sur la bouche et tendit l'oreille. Des pas Tenaient du côté de la grande route, à l'autre bout du bas chemin.

— Que Dieu ait pitié de moi! fit Golon qui avait entendu et qui leva ses mains jointes vers le ciel, c'est deux chapelles que je bâtirai à saint Tugdual s'il me tire de péril, et de cette fois, je lui tiendrai parole, car tu es témoin, dis-le-lui.

Ils étaient sous un chêne branchu qui avait des rameaux jusqu'au bas du tronc. Yvon poussa Ploëmené au pied de l'arbre et lui dit :

— Qrimpel

Et comme l'autre hésitait, il le souleva de terre, murmurant à son oreille :

— Tu as une demi-minute pour choisir entre la vie et la mort!

Cette parole redonna du nerf aux malheureux membres de Ploëmené, qui se coula entre les branches.

— Là! fit Yvon, tu es très^bien. Reste tranquille et àUntôt!

En même temps, il reprit chasse avec une nouvelle vigueur, courant dans la direction opposée à la grande route.

150 kJL 1«U»-ÉH)IUI

Goîon n'était pa& encore reyenu deu «irprise quand il entenctit fouirageir lea fougères aouA son axhre, dan&le ehiunp. Ce n'^it pas un loup, ear cela parlait, disant •:

— Es-tu bien sâr de ne pas suiYre une fausse Toie» Médéric? si on a^ait seulement amené les chiens. I Ce bel estoc que j'ai trouvé n'appartient pas à l'écolier qui a la tète nue.».

— Pas plus que la chape que je viens de ramasser sur la rouiSy répondit-on dans le chemin creux; mais ils sont ensemble, l'écolier et le maître de la chape; je les ai vus sous le pont^ je les ai suivis dans la clairière. Si Corentin a bien choiû son poste là-bas au bout de la, lande, nous les tenons, et ils me payeront mon poignet cassé!

Ils passèrent, celui du champ et celui du chemin*. Ploëmené eut un mouvement d'orgueil.

— C'était très-adroit» ce que j'avais fait, pensa-t-ilf mes bardes semées sur ma route les auraient attirés loin de ma ceinture, puisque ma ceinture n'était plus sous mes bardes, si seulement j'avais couru en sens contraire d'Hélory.

Tout à coup, il se frappa le front à tour de bras.

— C'était de lui reprendre ma ceinture! s'écria-t*il» ébloui par une idée subite. Ils auraient toujours suivi l'écolier à la tête nue, et moi j'irais maintenant bien paisiblement sur le chemin de Tréguier... Ahi saint Tugdual ! si vous m'aviez envoyé cette bonne inspiration il y a un quart d'heure! mais il a fallu que je l'aie trop tard et tout seul! Assurément, je ne vous dois rien pour cela!

hk BSbL»-éTOILS ttHU

— Pauvre Eélory! marmura-t-il.

Mais il ajouta. pveflMiae aussitôt du fonddiB son oontr dédiiré ;

— Ah! mes besans! mes besansî

Nous ne cachons pas que e^éteôt Toraison fiinèfarcr d'Yvon.

<— Certes» re^t le triste Ploêmené dans son deuil înc(msolable, je lui dois une- prière et je la dirai dé» "Wb&mefoi quand je serai (teins une situation plus couirenabie ; mais aurait-il dû se diai^r de mon bien,, puisqu'il était incapable de le défendre? Je suis ré*duit à la misère pour avoir eu confiance en ce garçon! Et tous les vœux que j'avais faits, y compris le coq, tombent dans VeaxL, Voilà saint Tugdual bien avancé I

Il y eut un son de trompe, pui» deux, dans la direction que Médéric et son frère venaient de prendre derrière Yvon ; puis, au bout d'un peu de temps, un cri lointain retentit. Les bras de Goïon tombèrent.

Pour un peu, je me laisserais choir tête première dans le chemin I

Ceci n'était qpi'une façon de ' parler. Malgré son désespoir, Goïon prenait, an contraire, avec beaucoup de prudence, ses dispositions pour deseendre de son arbre, quand les bruyères froissées bruirent de nonveaiQ légèrement.

Quelqu'un venait du côté opposé à la grande route. Ce quelqu'un faisait des stations de dix pas en dix pas, prononçant, chaque fois> deux ou trois mots à voix basse, avançant eneoare de dis pas et recommençant son manège.

182 LA BBLLE-ÉrOlLE

Goîon n'entendait pas ce qui était dit ainsi. Il se croyait à Tabri de la peur, maintenant qu'il était pauvre ; mais il lui restait sa peau, et il s'aperçut qu'il y tenait encore, car à mesure que le mystérieux rôdeur approchait de son chêne, le tremblement le reprenait.

Le rôdeur s'arrêta sous l'arbre voisin et parla.

Goîon ouvrit ses oreilles toutes grandes, mais les battements de son cœur faisaient tant de tapage qu'il ne put distinguer aucune parole. Ce fut seulement quand le causeur 8olitaire][arriva sous le chêne même qui lui , servait d'abri, que Ploëmené comprit enfin qu'on disait tout bas :

— Estrce ici ?

•— Hélory ! s'écria-t-il, as-tu encore mes besansl

— Descends dans le champ, répondit Yvon, et détalons, vite 1 vite I Les voilà qui te cherchent, maintenant!

— Moi?

— Toi-même.

— Et pourquoi?

— Parce que j'ai usé d'un stratagème... Écoute donc, on fait ce qu'on peut. Us étaient au moins une douzaine Ut-bas, sur la lande, et j'ai bien vu que j'é* tais perdu. J'allais toujours pourtant, à cause de toi. Au détour d'un fossé, j'ai entendu le petit bruit d'une arbalète qu'on décoche, et un carreau a chanté à un pouce de mon oreille.

— Tu as redoublé de vitesse?

— Non. Je me suis lidssé tomber tout de mon long sur le ventre, en poussant un grand cri de misère.

LÀ BBLLK-iTOILB iQ3

•— Je l'ai entendu... Et les bandits se sont jetés sur toiî

— Comme des bêtes féroces, oui.

— Et ils ont pris mon héritage I s'écria Goîon, qui se laissa tomber du coup en bas du cbène.

— Non, dit Yvon ; t'es-tu fait mal?

— Gomment dis-tu? Tu l'as sur toi, alors?

— Non, répéta Yvon.

Les mains tremblantes de Ploëmené lui tàtèrent les flancs.

— Qu'as-tu donc fait de mon bien, traître, larron, malfaiteur ! hurla-t-il en saisissant son compagnon à la gorge.

Yyou se dégagea sans effort et répondit avec son imperturbable sourire :

— Là, là, je ne t'en aurais toujours volé qu'une moitié, puisque tu m'as fait don de l'autre... Et je te le demande : comment trouverais-tu la broussée d'ajoncs où j'ai mis ton bien à l'abri, si tu commençais par m'étrangler?

— Mon bien est donc à l'abri I balbutia Goîon prêt à défaillir de joie, car les émotions se succédaient avec trop de violence pour un cœur aussi sensible que le sien : pardonne-moi, Hélory, mon bienfaiteur, mon protecteur... Quant à la donation que je t'ai faite, nous en reparlerons^. Et où les as-tu mis , j'entends mes écus?

— Eh bien] répondit Yvon , mon plan était arrêté d'avance. J'avais détaché la ceinture tout en courant, et quand je suis tombé, je n'ai eu qu'à la lancer dans

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une belle brouBsée <k laade^ danktliaa de laipielle perce un pied de bouleau.

— Et ils ne se sont doutés de rien?

~ De rien. Ils sont venus me tâJter l'un après l'autre en jurant comjM un demi-ceoit de païens ou comme toi tout seul. Médéiic était si furieux qu'il m'a passé ton propre estoc au travers da corps....

— Et te voilà?...

— Dispos, comme tu vois... II faisait noir, l'estoc s'est enfoncé en terre entre mon bras et mon flanc,, sous mon aisselle... Ahl le coup était généreusement donné, a Le misérable coquin, a-i41 dit en pairlant de^ moi, aura rendu la ceinture à l'autre. Iln'aque ce qu'il mérite pour naus avoir fait courir en vainl •— Et que faire^ maintenant? » a demandé un grand diable qu'ils appellent Corentin. Médéric a répondu : a Reprendre la piste de celui qui a jeté sur la route, pour mieux courir, son surcot, son estoc et sa chape.

— Cinq cents diables! gronda Goîon, qui n'avait pas juré depuis une demi-heure, je n'aime pas cette idée qu'ils ont de courir après moi..» Mais es-tu bien sûr de retrouver la broussée d'ajoncs avec le petit bouleau ?

— Nous allons y tâcher, rép<»dât Yvos;. mais, la lande est large et longue. Plus tôt nous cherdHRHis, plus de temps nous aurons. Yians.

— Mais les bandits?

— Us courent vers Plélan et te eheschent.

-^ Je n'aime pas cela, répéta Golon à deux oalYois< rapnseswTnaaeir tort^de les Iftcharcontsamoi^ift n^ai

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pins mon estoc. Pourquoi allaîs-ta si vite? C'est pour te suiire que j'ai lâché ma bonne laoïe, et quand ta yaa réclamer trois mille cinq cents ducats pour si médiocre besogne... Enfin, n'importe, marchons I Je suppose qu'an fait et au prendre, tu te montreras raismmable.

Yyou se remit en marche sans répondre; il souriait toujoars. Il reprit exactement la route qu'il avait sui- Tûa pour s'éloigner naguère, sauf qu'il se tint dans le champ, au lieu d'aller par le bas chemin.

Aprèsunquut d'heure de eourseet vingt fossés fran^ dûs, on arriva à une vaste étendue de pays ovi les arbres manquaient et où la lune faisait miroiter çà et là sor le sol pierreux et difficilement pénétrable d'innombrables flaques d'eau, laissées par les récentes giboulées.

— Te reconnais-tu? demanda Ploëmené.

— Pas encore, répondit Yvon, mais je sais que c'était auprès d'une mare, à un endroit où quatre sentiers se croisaient, à droite d'un talus fait en pierres sèches, et non loin de deux grands genêts dont le sommet se courbait en queue de cheval.

Ploëmené secoua la tête tristement.

— Tu as appris le latin à Paris, dit-il, et le gree^ et la philosophie, mais tu as oublié la lande. Si tu te souvenais un peu de ton pays, tu saurais que sur la lanile il y a partout des mares après la pluie, partout der dôtures en pierres sèches, partout des petits sentiers qui se croisent pour aller Satan et sa femme ssnmt où, et que tous les grands vieux genêts ont leur sommet façonné en queue par le vent... il n'y a

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donc que le petit bouleau... et encore! c*est pa^é de souches, ici, et dans toutes les broussées d'ajoncs quelque petit bouleau essaye de percer sa yie, cherchant Tair au-dessus des buissons... Le plus clair, c'est que je suis ruiné par toi! Tu m'as perdu ma ceinture, et j'ai le droit de te la réclamer en justice 1

— En justice ! répéta Yvon que n'abandonnait point sa gaieté. Si j'ai oublié la lande, je me souTiens du moins que nos pauvres Bretons aiment les mauvais procès presque autant que la galette. Je te reconnais, mon pays... Mais avant de plaider, cherchons!

Et ils cherchèrent^ Yvon s'orienta d'abord avee beaucoup de soin, cherchant des traits de paysage qui le fuyaient. Il se retrouvait très-bien dans l'aspect général de la campagne, mais il lui semblait que les détails ne se rapportaient plus à ce qu'il avait vu une demi-heure auparavant.

Et, en vérité, il convenait avec lui-même que pour une fois Ploêmené n'avait pas tout à fait tort. L'idée de se débarrasser de la ceinture était bonne, assurément, outre qu'elle avait été inspirée par la plus étroite nécessité, — mais l'idée d'abandonner une si grosse somme dans une brousse en prenant pour points de repère des objets qui se trouvaient multipliés à l'entour jusqu'à l'infini, ne valait rien.

C'était, dans toute la force du terme, la réalisation de cette extravagance, dénoncée par le proverbe qui engage les sages à ne jamais cacher une « aiguille dans une botte de foin », s'ils veulent garder chance de la retrouver.

LÀ bblia-Atoilx 157

Cet YT'on Hélory était un jeune garçon d'intelligence supérieure et de prudence précoce, nous pourrons bien le Toîr; il était aussi patient que brave, et il fallait un puissant obstacle pour déconcerter sa tolonté. Mais il y a précisément dans ce fait de l'aiguille perdue au milieu de la botte de foin quelque chose qui trouble les esprits robustes et déconcerte les prudents.

Là, en effet, rien ne sert de penser ni de calculer. Tout appartient au hasard, cet ennemi de ceux qui pensent et qui peuvent, cet ami, au contraire, des joueurs innocents dont il emplit, Tiiyuste et le moqueur, les mains malhabiles!

Ainsi pensons-nous, quand nous oublions un instant que le hasard n'est pas, et que nous aimons ou haïssons en lui un pur fantôme; car, supposer l'existence du hasard, ce serait nier l'existence même de Dieu.

Le mot est commode, sonore, et vient bien dans le discours. Il sert d'ailleurs à ne point traîner trop bas le nom de la Providence.

Yvon avait quitté les champs pour entrer sur la lande avec cette croyance bien arrêtée qu'il allait s'y débrouiller du premier coup, et, en effet, ses premiers pas allèrent tout droit et sans hésiter... Vers quoi? ce fut justement quand il chercha les signes particuliers, les marques gardées dans sa mémoire^ qu'un malaise lui traversa l'esprit. Ce n'était pas parce que ces marques lui manquaient, mais bien au contraire parce qu'elles l'accablaient de leur nombre.

ISâ SJL ttBLLH-âSOIUB

Il ea cherchait one, il eu troaTait cent.

Et^ par rinteiuiité même de l'effort qu'il faisait,, le malaise devenait éblouissement, puis vertige.

Au bout de deux minutes, la (^onyietion entra en lui que chercher était une folie parce qu'il y avait impossibilité de trouver, soit par le raisonnement, soit par la mémoire.

Restait le vulgaire moyen (il est excellent) de feuilleter le livre page par page^ de remuer le foin de la botte brin à. brin.

En lui-flOièffle, Yvon recula devant cette monstrueuse besogne, car il y avait ici mille bottes pour une seule aiguille.

Il se roidity mettant à r^peler son sang-froid toute la force de sa volonté. Il se dit : ce Je suis entré par tel point donné que je connais, j'ai marché troi» mi-* nntes enviroa, je m'en souviens très-bien. Ma direction était... »

Ici déjà, toute certitude s'écroulait» car sa mémoire lui rappelait les tours et les détours qu'il avait fràa en devinant ou en croyant deviner les embuscades, ^arses sur sa route.

Et il r^airdait,, pensant que voir vaut mieux que ddculer.

Et ses yeux lui montraient le désespérant moutoor nement de cette plaine, véritable océan de brousséea d'ajoncs toutes semblables, sauf que certaines avaient des hoiix, d'autres des lucets^ d'autres des ronces ou des bouleaux, preuve qu'on était, en* ancien terrain de ^orêt.

De temps en temps, de hauts genêts^ toujours inclinés yers Test à cause du yent d'aval,^ étalaient l'éyen* tail de leur queue.

Cela dura longtemps. Une mare l'attirait, une clôture en pierres sèches irritait l'entêtement de sa fièvre, tiraillée entre l'instinct de l'impossible et la pensée mourant toujours, mais incessamment ressuscitée, que le pas qu'il allait faire le mettrait en face de l'aspect qu'il cherchait.

Si Ploêmené avait écouté sa rancune, sa mauvaise humeur, son besoin de maudire, toutes les hargneuses colères qui emplissaient sa cerveUe d'honnête garçon égoïste, paresseux, dbuillet, intéressé, vaniteux et mal élevé, il n'aurait pas tari en invectives; mais il avait peur de décourager la recherche.

C'était lui qui avait fait naître le premier doute de son compagnon, et pourtant il était bien loin de concevoir au même degré que lui Timpossibilité en quelque sorte problématique de l'entreprise. Il grondait pour gronder, pour rabaisser, pour faire de l'opposition; mais à chaque instant il s'attendait à voir Yvon s'élancer sur la piste enfin trouvée.

Aussi fut-il fort désagréablement impressionné quand, au bout d'une grande heure, il vit son compagnon s'arrêter tout d'un coup et résolument comme il faisait toute chose pour dire :

— Je renonce, et je te dois, Goîon de Ploêmené, mon ami, trois mille cinq cents écus d'or.

— Tu me dois I répéta l'héritier, dont la langue était paralysée par l'indignation, voilà qui est bientôt

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diti Et avec quoi me payeras-tu? Ton domaine de Kermartin ne vaut pas le quart de cette somme.

— Est-ce vrai ? demanda Yyou avec un étonnement plein de bonne foi : toute la fortune de mes respectés parents ne vaudrait pas un millier de besansl

— Et encore je ne sache pas que tu doives hériter demain ! ajouta Goîon aigrement.

— A Dieu ne plaise! s'écria Hélory avec ferveur. Je me suis mis dans un mauvais pas par ma faute; c'était, à la vérité, pour bien faire, mais il y avait là de l'orgueil. Tais-toi, je vais prier.

Goïon ouvrit de grands yeux.

^— A la bonne heure I dit-il, le voilà qui devient fou comme le matelot Paimpoll

Et il éclata de rire parce que Yvon s'était agenouillé sans plus s'occuper de lui, disant d'une voix toute simple, et comme s'il eût parlé à l'oreille de quelqu'un :

a II n'est pas juste que ce garçon pâtisse de mon fait. Seigneur Dieu; je voudrais lui rendre son bien, et je vous supplie de me venir en aide. »

— Et voilà tout ce qu'il te faut, voisin Hélory, pour obtenir un miracle? demanda Goïon en raillant.

Avant de se relever, Yvon ramassa un objet qui se trouvait à terre.

— Voilà toujours, dit-il, une piécette de deux deniers rennais de bel et bon cuivre en à-compte sur nos ducats d'or. Le reste n'est pas loin.

En même temps, il regarda tout autour de lui, et

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comme si les objets enyiromiants lui eussent sauté aux jeux tout à coup, il dit :

— Voici mes grands genêts ici, ettoilà mon mur en pierres sèches, derrière lequel était posté le coquin qui a youIu m'assassiner. Nous sommes à l'embran* chement même des quatre sentiers, le bouleau te crèye les yeuxf pencbe-toi, sans changer de place, mets ta main dans la broussée, et tu yas y pécher notre héritage.

Goîon obéit ayec Tempressement que tous devinez,

— Tu as raison de dire notre héritage, voisin ! s'écria-t-il dans le transport de sa joie. Yentrebœuf I voici bien ma ceinture! et je te jure sur la certitude de mon salut que tu auras plein ma main de besaas pour toi tout seuil Est-ce une jolie part, camarade?... Mais comment s'est fait le miracle?

— Ma part ne sera ni meilleure ni pire que la tienne, Ploëmené. C'est toi qui Tas fixée à moitié, et j'ai mes pauvres... Il n'y a pas eu de miracle. J'ai tout uniment reconnu la place même où j'étais tombé en retrouvant à terre cette piécette de deux deniers qui est mienne, et qui sans doute avait sauté hors de ma poche dans ma chute.

— Mais, dit Goîon, tu as refusé de payer pour entrer dans la passée, disant que tu n'avais rien.

— Je ne mentais pas, camarade : ce que j'ai n'est jamais à moi... Et maintenant, garde ta ceinture, je ne m'en veux plus charger. Je te réclamerai mon dû en temps et lieu. Présentement j'ai sommeil et je vais me coucher. .

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