‹ La Belle FéronnièreChapitre 7 sur 15 · QUE LE BONHEUR VAUT MIEUX QUE L’ARGENT · texte numérisé non relu

QUE LE BONHEUR VAUT MIEUX QUE L’ARGENT

Lorsque le docteur Âkakia entra dans la chambre où étaient Féron et l’orfévre, il trouva ce dernier assis dans un fauteuil, la tête plongée dans ses mains, et montrant tous les signes de la plus violente douleur.

Féron se promenait dans la chambre, les mains derrière le dos, les épaules à demi courbées et les sourcils violemment contractés.

— Mon pauvre^pii, lui ditle mede^n, à votre place j’y renoncerais. ^

Féron lui jeta un coup d’œil si profondément désespéré, et en même temps rempli d’une si sauvage résolution que le docteur en fut frappé, et secoua la téce: c'était bien le suprême appel de la passion dans toute son énergie, et ü jugea inutile d’essayer de la combattre.

Cependant, il crut de çon devoir de dire on dernier mot, celui de l’homme de science, celui du médecin, le prêtre du corps.

— Féron, à vous seul et à moi, Jacques Turquant a révélé l’origine de cette jeune fille: — le sang des Bohèmes n’est pas le sang des autres femmes, il est formé de tontes les ardeurs de l’Orient. Or, si Dieu l’avait créée pour la vie de volupté et d’amour du sérail, ou pour la liberté illimitée de ceux de sa caste, ne craindriez- vous point qu’un homme comme vous, déjà avancé en âge...

L’avocat sourit et le regarda dans les yeux. Il y avait dans ce sourire non-seulement la satisfaction de reconnaître l'erreur dans laquelle était le médecin, relativement à la véritable origine de Marguerite, mais encore la bravade do l’homme certain de sa force.

Akakia répondit à ce sourire par un autre sourire, — celui du doute et de l’incrédulité mais Féron était trop aveuglé par sa passion pour s’y arrêter.

— levons laisse, dit le docteur, — et quoi qu’il arrive, vous savez que je suis tout à vous.

Quand l'avocat se trouva seul avec l’orfévre, il s’avança vers lui et souleva la tête en le poussant doucement par l’épaule.

— Maître Jacques, dit-il, vous avez tort de manifester une douleur si grande. C’est désobligeant pour moi, votre vieil ami.

— Mon cher Féron, demandez-moi tout ce que Je possède, je vous le donnerai avec joie, mais au nom du ciel, au nom de votre mère, renoncez à épouser cette enfant.

— Autant vaudrait me dire d’abjurer la foi de mes pères !... répondit Féron d’un ton farouche. — Vous vous liguez donc tous pour faire mon malheur !... Vous n’avez donc pas compris jusqu'où peut aller, à quelles extrémités

peut conduire une passion comme la mienne, si elle n’est ims satisfaite!...

Le bonhomme Turquant le regarda avec effroi, — celte 4me paisible et douce qui avait eu la rfeignation de se vouer jeune au célibat, ne pouvait mesurer la profondeur de l’abime ouvert devant lui par l'amour de ce sexagé* naire.

— Écoutez, dit Féron d’un ton bref, m dans trois jours tout n’est pas terminé, si dans trois jours, Marguerite ne se décide pas à mettre sa main dans la mienne, non-seulement elle aura signé son arrêt de mort, mais le vôtre du même coup.

— Que Dieu prenne mes jours s’il veut!... dit le vieillard avec résignation.

— Vous avez vu déjà une tentative des ennemis des Criv^, mais ce ne sera pas la derinère, et je puis leur indiquer le côté faible de la place.

— Marguerite n'aura pas l’héritage de son père, s«t! Elle n’en sera pas plus malheureuse.

— Ce n’est pas tout: du rang de bourgeoise où je la !► rais monter, elle redescendra au rang d'une ribaude, ou d’une üde de Bohême, comme elle était.

— Féron !,..flt Turquant en redressant la tête.

. — Oui, car personne ne voudra s’alliw à la fille adoptive d'un homme qui, s’il eût suivi la loi commune, serait aujourd’hui bourreau de la bonne ville de Tours comme Eou père.

— Süencei... au nom du ciel, taisez-vous, Féron 1... décria Jacques au comble de la terreur.

~ — Croyez-vous que cette fille que vous vmilez sauver de mon amour, serait sauvée de la boute et du désboaneor si tout le monde savait ces beaux secrets?...

— Ma Marguerite, perdue, déshonorée!,»

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— Yons D’arez qu’im æui moyen de la sauver, et vous le repoussez!...

— Ah! Féron.Féron; vous n’avezjamais été mon ami!.. . dit le vieillard en levant les mains an ciel.

— Si ! je suis votre ami, mais l’amour que cette fille m’a mis au cœur me fera marcher sur tous les sentimeats d'honneur et déloyauté s’il n’est pas écouté !... u'ouhliez ,pas cela.

— Féron, Féron, vous êtes un méchant homme !...

— Et vous un niais si vous résistez plus longtemps !... car, après tout, qu’est-ce que cela peut vous faire, elle n’est pas de votre sang !... admettez qu’elle fût restée chez les Bohèmes, — que serait-elle aujourd’hui ?...

— C’est une mauvaise action dont Dieu me punira.

— Eh! Dieu s’occupe bien de toutes ces choses!. ..Voyons, finissons, est-ce dit?

— Quoi?... demanda l’orfévre d’un air hébété.

— Dans trois jours? une promesse positive ou tons les malheurs sur votre maison, sur vous... et sur elle!

L’avocat descendit rapidement l’escalier et arriva dans la boutique, où il s’approcha de Marguerite. Â sa vue, la jeune fille fit un soràresaut, comme si elle sortait d’un long sommeil.

—Marguerite, lui dit-il d’une voix grave, il y va de la vie, plus que cela, de l’honneur de votre père.

Djem le regarda avec épouvante, et il s’éloigna sans ajouter un mot.

Marguerite se leva et monta précipitmnment à la cham> bre supérieure, où elle trouva Tnrquant dans la p(»ition où l’avait laissé l’avocat. Elle s’approcha doucement, se mit à genoux devant lui et prit sa tête inclinée entre ses deux bras.

— Il y va de votre vie ! dit-elle d’une voix douloareuM.

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— Oui, mais j’en fais le sacrifice! répondit simplement l’orfévre.

— II y va de votre honneur... a-t-il ajouté!...

' — Qu'est-ce que l’honneur!... c’est un mot; — Je veux que tu sois heureuse, moi, et le bonheur n’est pas un mot.

— Ah! que dites-vous, père chéri!... me croyez-vous donc assez peu de cœur pour accepter quoi que ce soit, même au prix d’une de vos larmes!...

— Tu es on ange, mais je dois avoir de la force, et puisque le hasard fa amenée autrefois sur ma route, ce n’est pas pour que je t’abandonne aujourd’hui, pauvre enfant,' — je te le dis, et crois-le, tu seras heureuse.

Le bonhomme se leva, malgré la douce insistance de la jeune fille, et prit son manteau d’un air sombre et déterminé.

— Où allez-vous, père ? demanda Marguerite à qui n’échappa point cette expression si peu ordinaire au visage placide du brave orfèvre.

— Eh bien! je te l’ai dit, je vais m'occuper de ton bonheur.

— J’y consens, répliqua-t-elle, mais à une condition, c’est que vous ne vous compromettrez en quoi que ce soit et que, si un sacrifice doit être accompli, il ne viendra que de moi.

L0 vieillard s’arrêta à ce mot, lui prit la main, et la regarda avec l’attention la plus sérieuse.

— Voyons, Marguerite, promets-moi de répondre bien franchement à ce que je vais te dire.

— Je vous le promets. ,

— Si par un de ces hasards de la fortune, parfois inexplicables, tu venais à posséder de grandes richesses, quelque chose comme cent mille écus d’or, — c’est-à-dire une fortune énorme en comparaison de celle que je te laisse-

rai, laquelle ne montera jamais à pins de dix mille écus d’argent, — donc, si tu possédais cette fortune et que tu vins£es à en être privée tout à coup, soit par vol, incen> die on tout antre motif...

r- Eb bien? demanda Marguerite.

— En serais-tu fort grandement affectée, mon enfant?

— Je ne crois pas, répondit-elle simplement.

— Bien sûr?

— Vous m'avez habituée à être heureuse de la vie que vous vivez, je n’en désire point d’autre, — que voudriezvous que je fisse de tant d’argent!

— Chère enfant!... dit Turquant en lui donnant un " baiser sur le front, tu ne sais pas h quel point tu soulages mon cœur?

— Mais où allez-vous donc?

— Tu le sauras.

— 11 est déjà tard, ne soyez pas longtemps dehors.

— Dans une heure je serai ici.

— Dans deux heures il fera nuit, et j’aurai peur de vous savoir par les rues, il y a tant de mauvais garçons.

— Sois tranquille. »

Le bonhomme mit son manteau sur son bras et descendit, accompagné jusqu’au seuil par la jeune fille qui, dans l’idée que son père allait la délivrer des prétentions du vieil avocat, était légère comme un oiseau et fredonnait une chansonnette. Elle resta sur le petit perron de la boutique, et le suivit des yeux; mais quand au bout d’une trentaine de pas, elle vit la tête de son père s’appesantir» elle se sentit froid au cœur, comme si une serre d’aigle le lui étreignait soudain.

— Si j’allais ne plus le revoir!., pensa-t-elle.

Et elle se précipita aussitôt vers l’atelier où faisaient rage les marteaux et les chansons.

— Gauthier! Gauthier! s’écria-t-elle.

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En deux bonds, le jeune ouvrier fut près d’elle.

Elle l’attira vers la porte et lui montra le père Turquant qui était déjà arrivé aux deux tiers du Pont-au- Cbange.

— SuiS'le, je t’en prie, Gauthier, j’ai peur pour lui... et où qu’il aille et s’arrête, attends-Ie, et reviens avec luiî

Le jeune homme jeta son tablier et s’élança sur les traces de son patron.

Jacques Parquant marchait lentement; de sorte que Gauthier le rejoignit facilement, mais il se garda de l’accoster et se contenta de le suivre doucement, sans en être aperçu. Le bonhomme arriva ainsi jusqu’au Louvre, où sa qualité d’orfèvre de la Dauphine lui donna aussitôt entrée; mais il n’en fut pas de môme de l’ouvrier. D’abord il était sans pourpoint, en tenue d’atelier, et, de plus, il n’était nullement connu des portiers du palais. U se résigna à s’asseoir sur une borne voisine de la porte par laquelle son patron était entré, résolu, au risque d’étre pris pour un vagabond on mendiant, à attendre là jusqu’au lendemain, s’il le fallait : — Marguerite ne le lui avait-elle pas ordonné.

L’orfëvre se dirigea vers les appartements de madame la Dauphine en homme habitué aux longues salles et aux sombrcscorrïdors de ce palais, qui était loin alors delà régularité et de la belle ordonnance du Louvre d’aujourd’hui.

11 voulait arriver jusqu’à maître Doni, huissier de la Dauphine, duquel il était bien connu et qui lui avait témoigné déjà quelque intérêt; mais au moment où il allait gravir l’escalier de la princesse, il trouva sur la dernière marche une manière de personnage grotesque qui l’appela par son nom avec un grand bruit de gràots et force contorsions.

— Eh ! bonjour, maître Turquantl... fit la voix joyeuse du More Ortis.

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L'orfévre reconimt le successeur de Triboulet, et après lui avoir rendu son salut, voulut passer outre; mais le foü l’arrêta par la manche de son pourpoint.

— Madame la Dauphine est a vêpres avec sa maison, dit-il.

Ce simple renseignement parut ^vement contrarier Tnrquant, et il réfléchit quelques minutes avant de se décider à descendre tes premières marches gravies; Ortis aussi sembla réfléchir, et il est probable que ses réflexions furent des plus gaies, car il fit une gambade furibonde et se campa de nouveau en travers de l’escalier.

— Vous plairait-il voir le roi? demanda-t-il à l’orfévre, — je suis aujourd’hui son huissier introducteur.

^ — Grand merci, seigneur Ortis, mais si vous pouviez me faire parier à... une autre personne?...

— Laquelle, maître Jacques? à moins que ce ne soit messire Belzébuth, vous lui parlerez.

— M. le comte de... Carpi.

— Mon frère Pio!... Tout de suite,— il doit être resté dans son appartement.

— U demeure donc au Louvre?... Je croyais que son bétel était dans la rue Hautefeuille.

— Le roi lui a donné dans son château deux chmnbres qu’il appelle assez fastueusement son appartement; venez, je vais vous conduire.

— Ji transigera avec moi, se disait Turquant, il n’aime que l’or, ce n’est que cela qui l’arme contre Marguerite... Cependant est-ce bien lui qui a dirigé ce guet-apens de l’autre jour à Saint-Barthélemy... Comment a-t-il pu reoonnaiire en elle la petite-fille de la Crivèlli?... J’oubliais ce portrait dont m’a parlé Gauthier... Oui, c’est cela, nous transigerons.

Il suivit le More sans défiance. Un courtisan ne s’y fût pourtant pas laissé prendre, car à l’exemple de son maître

Triboulet, il n’élait pas de malice que le drôle n'iDveQtilit chaque jour contre les familiers du palais.

Us arrivèrent ainsi, après avoir monté trois étages, à un corridor assez obscur, au fond duquel se trouvait une porte qu’Ortis poussa.

— C’est ici, dit-il effrontément.

— Ici! fit l’orfévre, étonné qu’un tel taudis fût la demeure d’un comte, môme d’un comte à peu près ruiné, comme était M. de Carpi.

— Si vous connaissiez bien dom Pio, dit le More, vous sauriez, maître Turquant, que sa vie se résume en deux mots : — Avaritia et Vanitas, comme dit mon ami dom Pancrace.

— Mais je ne le vois pas.

— 11 doit être dans la seconde pièce, avancez et frap-' pez. Or, comme il pratique, on ne peut mieux rÉvangile, le comte vous ouvrira.

L’orfévre mit le pied dans la chambre où traînaient des bardes de toutes sortes, des épées courtes, des plumes de toutes couleurs, et, sur les tables, du fard, des drogues, des bijoux, — enfin un désordre donnant la plus piètre idée de celui qui habitait ce préteudu appartement.

Mais pendaut que Turquant frappait à la porte du fond, Ortis avait tiré doucement la première, avait fait faire encore plus doucement deux tours à la clef et enfermait bel et bien le bonhomme. Puis, il se sauvait à toutes jambes, fermait également à double tour la porte du corridor et descendait l’escalier en sifflant.

— Hier, se dit-il en se plaçant à califourchon sur la rampe, afin d’aller plus vite, le roi m’a reproché de ne pas avoir autant d'inventive amoureuse que messire Triboulet;nous verrons ce soir s’il goûtera ce plat sucré!

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LE VAL d’amour

Aux alentours du Louvre se trouvaient alors plusieurs rues mal famées et qui ont disparu, pour la plupart, aGn de faire place à la rue de Rivoli et aux magnifiques mai- sons qui la bordent : c’étaient les rues de Ghampüeury, Froidmantel, lean-Saint-Denis, du Chantre, — qu’on retrouve sur les plans de Paris d’il y a quelques années sous les noms de rues du Musée, de la Bibliothèque, et de Pierre Lescot; — les rues du Pélican, de Grenelle et quelques autres avoisinantes ne jouissaient pas d’une meilleure renommée; et toutes ces rues à clapiers, comme on disait alors, formaient ce qu’on appelait, avec quelque raison, le Val d'amour, à l'instar de celui de la Cité.

La rue du Pélican, qui semble tenir à honneur de perpétuer encore de nos jours son antique renommée, était, à l’époque où se passe cette véridique histoire, le siège d’une taverne autour de laquelle gravitaient quelques bouges moins brillants. Cette taverne avait pour enseigne au Cœur-Volant, et n’était vraiment bantée que de nuit, aussitôt la tombée du soleil; puis, uqe fois le couvre-feu sonné, eüe ne s’ouvrait plus qu’aux habitués ou à ceux qui pouvaient glisser par-dessous l’huis un sou parisis d’argent.

Nous demandons bien humblement pardon au lecteur > ' de la liberté que nous prenons de le faire pénétrer dans ces quartiers réprouvés et abritant les plus viles débauches ; mais un livre sur celte époque, une action surtout

LA BELLE FÊnONNIÊRB

OÙ Ggure François ne seraient pas complets sans cela.

Deux hommes venaient, une demi-heure avant le couvrefeu, d’entrer dans la rue du Pélican. L'assemblage de leurs personnes avait vraiment quelque chose d’extraordinaire : l'un était de haute taille, d’assez ample corpulence, tandis que l’autre atteignait seulement à sa ceinture.

A la manière dont le plus petit frappa à la porte du Cœur-V olant, \\ était facile de deviner un habitué; du reste,la porte s’ouvrit presque aussitôt avec empressement et se referma ensuite sur eux avec la plus prompte célê-, ritê.

Une lampe fumeuse éclairait seule la salle principale de la taverne et permit cependant de distinguer le costume des nouveaux venus : le petit homme était habillé de noir, en manière d’étudiant ripé ou de clerc de procureur. Son visage, pâle et bistré par places, surtout aux alentours des yeux, jurait assez avec ses mains brunes.

L’autre était vêtu comme les archers du roi, avec un souple haubergeon qui lui couvrait tout le torse, surmonté d’une collerette d’acier. Sa toque posée sur l’oreille, la hardiesse de son visage barbu, et la longue épée qui battait ses jambes chaussées de longues bottes, lui donnaient un air presque formidable.

C’était un soudard de la plus triomphante espèce; aussi, à son entrée, deux belles Allés sortirent de l’ombre et se pendirent à chacun de scs bras.

— C’est Gaucher Mahiet! dirent-elles.

— 11 y a huit jours qu’on ne t’a vu!

— Vous les avez comptés, mes princesses, fit l’archer émerveillé.

— Par combien d’amoureux? demanda le clerc en passant sa tête entre les hanches de l’archer et de celle de gauche qu’il força ainsi à venir avec lui.

— le sois fidèle à mon bel archer, dit celle de droite qu’on appelait Colette la Tierrye et qui était blonde comme un rayon de soleil.'

— O la parole ailée comme oisillon 1 s’écria le clerc.'

Et l’archer, allant s’asseoir devant une petite table et

faisant mettre Colette sur son genou, entonna d’une voix vUirante:

Souvent femme varie,

Bien fol est qui s’y'Qet

— C’est votre roi, beau sire, qui a composé cette chanson mensongère! dit la blonde fille.

— ü’est'Ce pæ vrai? dit l’archer eu l’embrassant bruyamment sur ses épaules presque nues.

La voix du clerc continua à quelque distance : ,

Uno femme sonvent rrest qn’HBd plome an ventl

üu soufflet fut sa récompense, et la Simonne, qui le lui avait allongé, vint aussitôt prendre place sur l’autre genou de l’archer.

Le clerc se retourna de mauvaise humeur et avisà, couchée dans un coin, sur un bahut, une surperbe mulâtresse dont les formes étaient richement accusées par suite de la dureté de ce lit improvisé.

— Çar les cornes de Satanas, c’est Naouna! fit-il en se précipitant vers la mulâtresse en l’entourant aussitôt de ses bras et la couvrant de baisers .

Celle-ci se réveilla du demi-sommeil dans lequel elle paraissait plongée et regarda le petit homme avec des yeux stupides.

— Soy tu querido, Naoum de mi corazon* ! ajouta*t-il en plaçant son visage en pleine lumière, de manière à ce que la mulâtresse le reconnût:

— Ay!... fit celle-ci en frappant ses mains l’une contre l’autre en entendant la langue de son enfance, — es Ortis, el loquito,ayt quegozo^ l

— Chito ’ dit le clerc en lui mettant la main sur la bouche et lui parlant à l’oreille.

Mais il ne tarda pas à s’aperceToir que la Naouna était ivre, ou à peu près, et il se résignait à ne plus lui parler que par pantomime, lorsqu’il se sentit tout à coup enlevé de terre, et rejeté ensuite sur le carreau avec tant de force qu’il s’étendit tout de son long.

Celui qui l’arrachait ainsi à ses souvenirs du passé, était une sorte de grand drôle, taillé en hercule, qui venait d’entrer par une porte opposée à celle de la rue et qui, sans plus de façon, s’empara de Naouna et l’emporta comme une plume.

— Naouna! cria en glapissant le petit clerc, /ea, traidora, ramera^ hija de... nadat Que el gran Satanas te abrasa * !

— Es Carandas, mi verdadero querido! un hombre esta! y sin par ^ t lui cria la mulâtresse dont la voix se perdit dans l’éloignement.

Le petit clerc qui n’était autre, en effet, que le More Ortis se tourna vers l’archer, presqu’aux pieds duquel il

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