‹ La belle herboristeChapitre 38 sur 85 · LE CONSPIRATEUR BIZOT · texte numérisé non relu

LE CONSPIRATEUR BIZOT

Nous avons laissé Bizot dans sa cellule, le jour OÙ se commettait l'empoisonnement de sa fiancée.

Après avoir vainement cherché à corresponflre au dehors, c'est-à-dire à faire parvenir ?i sa mère une lettre do lui, le [)aavi'e diable, découragé, s'était jeté sur la paillasse qui servait délit. L'interrogatoire qu'il avait sul)i, la lettre qu'on lui avait présentée, et à laquelle il n'avait plus rien compris, avaient fatigué son cerveau.

Après (juelques nnnules de repos, il s'endormit. II s'endormit, le pauvre Bizot, avec deux grosses larmes sur les yeux, un nom sur les lèvres : Rosalie.

Il dormait depuis deux heures à peine lorsqu'il fut réveillé ])ar le bruit des verroux et par le pas de deux lu mimes.

— Holà ! X'vez-vous, lui dit le geôlier.

— Ou\'st-ce qu'il y a?... Venez-vous me mettre en liberté... Oh! l'air!

— Oui, oui, vous allez en avoir de l'air.

En disant ces mo's, le geôlier regarda en riaid les deux hommes qui l'accompagi^aient. Ceux-ci rirent.

Comme Bizot ne comprenait pas, il fut debout, et plein d'espérance il dit:

— Je suis à vos ordres, messieurs.

Les deux hommes se mirent chacun d'un côté de Bizot, le geôlier marcha devant lui et l'on se rendit au greffe ; là, le pauvre diable signa le registre d'écrou, et on sortit.

Il était joyeux, Bizot, il allait revoir sa mère, sa fiancée, il bouillait d'être dehors, il voulut courir... mais une main nerveuse le saisit au col.

— Qu'est-ce que c'est? fit un des hommes, déjà on veut jouer des mollets. /

— Attends, attends, dit l'autre.

Et il glissa une corde aux bras et aux jambes du prévenu.

— Mais voulez-vous me laisser, criait celui-ci, puisque 3e suis libre ; à moi ! au secours !

— Des cris, reprit le premier, on va faire taire le citoyen.

Un foulard roulé fnt apphqué sur la bouche et solidement noué derrière la tète du malheureux. Ceci lait, les deux hommes le hissèrent dans un cabriolet. L'un des deux hommes prit les rênes, et la voiture se dirigea vers Saint-Sulpice, en passant place Saint-Michel. Quand Bizot vit les fenêtres de-sa chère RosaUe, un sanglot roula dans sa gorge.

Pauvre garçon, il ne se doutait pas du drame qui se passait derrière les rideaux blancs.

La voiture passa devant Saint-Sulpice vers neuf heures ; une demi-heure après, elle s'arrêtait à la barrière Vaugirard; là, un des hommes descendit en disant à l'autre :

— INous avons dix minutes à attendre.

Effectivement, dix minutes après, la ddigence

du Mans s'arrêtait, un homme passait la tète à la portière du coupé.

L'agent qui avait sauté du cabriolet allait vers lui et disait :

— Lest là.

— Bien ; faites-le monter.

— Nous allons le porter.

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS

21il

— Pourquoi ?

— Oli ! c'est que c'est, aiusi qu'on nous Fa dit, un gaillard dangereux. Nous avons été forcés de le Millouner et de lui lier bras et jambes.

— Diable, alors je vais vous aider.

L'homme descendit à son tour, et Bizot fut

porté dans le coupé de la diligence.

— Rendez-moi le foulard, vous entrez dans la campagne^, il peut crier à son aise.

— Vous avez raison .

On débâillonnale pauvre garçon, qui étouffait... Brisé, épuisé, abruti, il s'affaissa dans le coin du coupé et pleura.

— Au revoir, surveillez-le bien, vous savez, déjà il a voulu se sauver.

— Merci !

— Mon reçu V

— Le voici.

— Vous l'avez préparé d'avance ?

— Oui...

— Merci, au revoir.

En disant ces mots , les agents remontèrent dans le cabriolet... L'homme du coupé cria au conducteur:

— Allez-y, Jean, et bon tram.

— Hue là !

La voiture s'ébranla et se mit en route. L'homme du ctiupé se tourna vers son prisonnier et lui dit :

— Ecoutez, mon ami, voici les précautions prises; deux chaînettes aux portières, de plus ordre de vous tuer à la première tentative ; de tait, vous le voyez, j'ai ce qu'il faut pour cela.

En disant ces mots, l'homme tira de dessous le coussin de la voiture une paire de pistolets.

— Et vous voyez qu'ils sont prêts, ajouta-t-il. Puis, à la lueur de la lanterne, il lui montra les

bassinets pleins de poudre.

Bizot ne sourcilla pas, on aurait pu croire qu'il n'avait pas entendu.

— Ecoutez , mon cher, nous avons un long voyage à faire ensemble; si vous voulez être raisonnable et abandonner des projets impossibles à réaliser avec moi, nous ferons le voyage gaiement. Je ne suis pas homme à manger seul l'argent qu'on me donne pour moi et mon prisonnier... Au premier relais, à Versailles, je ferai porter dans le coupé quelques victuailles, mais pour ça il faut faire une chose... Vous ne voulez pas me répondre...

— Que me dites-vous, demanda Bizot.

— Vous ne m'avez pas entendu?

— Si, confusément.

— Je vous demande de renoncer à vos projets de fuite.

— Mais je n'ai pas l'intention de fuir.

— Vous l'avez déjà essayé.

— Hélas, je ne'croyais pas fuir, je croyais qu'on me libérait.

— Alors, vous promettez d'être sage.

— Oui, et Bizot souriait sous ses larmes.

— Mais je veux des arrhes pour ça.

— Comment cela ?

— Nous en avons pour trois jours et troisnuil de voyage.

— Hein!...

— On est mal à son aise dans ses bottes, on est serré dans ses vêtements ; si vous voulez retirer vos bottes et me faire cadeau de vos bretelles, je vous détache les mains.

Bizot regarda celui qui lui parlait pour s'assurer qu'il n'était pas fou.

— Vous ne comprenez pas, c'est bien simple... Si vous avez l'intention de fuir, votre culotte ne tenant plus et étant pieds nus... vous ne ferez pas dix pas sans que je vous aie remis la main sur l'épaule.

Bizot sourit... puis il se déchaussa et donna ses bretelles à l'agent.

— Ah ! vous êtes un bon gas, vous, iitcelui-ci.

— Etes- vous homme à me parler sérieusement? demanda Bijou.

— Parler sérieusement, c'est-à-dire causer... Causer ! ah ! mon cher monsieur, rien que j'aime comme ça, un causeur... les émigrés, quels gens charmants pour ça, ou ne cessait pas une minute...

— Eh bien ! causons, voulez-vous?

— Je veux bien.

— Et vous me repondrez franchement?

— Je vous le promets. . . causons donc.

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