‹ La belle herboristeChapitre 62 sur 85 · Ar S partir dti iHiiiro' J · texte numérisé non relu

Ar S partir dti iHiiiro' J

tails que nos lecteurs connaissent, notamment sur la mort de Jeanne Cerveuon, ymis il reprend :

— Trumeau avait chez lui, en l'an II, une nièce âgée de seize ans, appelée Marie- Jeanne Cerve^ non. (Jette jeune personne mourut subitement chez ledit Trumeau, le 6 fructidor de cette année, à deux heures du matin. Le chinu^gien fut appelé ; il vint vers les dix heures ; il trouva Tt^*-

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS

menu dans sa l)mitiqiic; il lui dit, aussitôt qu'il arriva, qu'on avait trouvé sa nièce niorti' l't étendue par terre. Le ohirurgien étant rentré «lans la diainbre, vit le cadavre de celle jeune personne sur un lit ; ses membres étaient dans un état de conlraction qui lui fit penser que cette mort n'était pas ordmane. U le témoigna à Trumeau, qu'il invita à appeler un commissaire de police.

Ce commissaire lut efTectivvîment appelé, mais le chirurgien de la maison, qui avait vu le cadavre, ne lut pas appelé, ce tut un antre cliirnrgien qui tit nu simple rapport verbal. Le cadavre ne tut pas ouvert.

Depuiscetteépoque,Trumeau cessa d'employer

le chirurgien ^e la maison, il ne lui paya même pas quelques Aisites qu'il lui devait.

Passant rapidement sur cette accusation, le ministère revient à la première accusation et dit :

— ... La fille Chantai, avant de taire une déclaration à la justice, était sombre et rêveuse. Après l'avoir faite, elle rentra dans la maison d'arrêt, ayant un air gai, et elle s écria avec effusion de cœur :

— Je suis bien soulagée, je suis débarrassée d'un grand fardeau.

Marie -Reine Chantai épancha ses secrets dans le sein d'une détenue renfermée avec elle.

Trois jours après la mort de Rosalie, Trumeau lui avait avoué un soir qu'il avait empoisonné sa fille. Marie-Reine Chantai dit encore que lorsqu'elle lut appelée par le magistrat de sûreté. Trumeau lui avait dit :

— Oh ! ça, tu sais qu'il faut toujours dire qu'elle s'est empoisonnée elle-même.

Le visage de Trumeau, a déclaré Marie-Reine Chantai, n'annonçait pas la tristesse lorsqu'il apprit que Rosalie, sa fille, était morte. Il résulte de tous ces détails que Rosalie Trumeau, ;\gée de vingt cinq ans, fille de Henri-Augustin Trumeau, est moite le il nivôse dernier vers les neuf heures du soir; que sa mort, aussi prompte que violente, a été causée par un minéral caustique et corrosif, connu vulgairement sous le nom d'arsenic blanc.

De tout ce que dessus, et d'autres parts, il résulte que le nommé Henn-Augustin Trumeau, et Marie-Reine- Frauçoise-Chantal Lavandière sont prévenus d'homicide commis volontairement par poison et par compUcité, etc.

Marie -Reine avait écouté cette longue lecture, la tète droite, l'œil méprisant, et comme se plaçant oi-gueilleusement âu-dessasd'umi semblable accusation.

Trumeau, au contraire, écoutait, triste, livide, et comme écrasé par ce qu'il entendait.

^os lecteurs connaissent les faits. L'accusation s'est développée devant eux; nous serons donc .sobres de détails pour rentrer au' plus tôt dans notre action.

La lecture avait duré deux heures. Les accusés furent interrogés et quelques témoins entendus.

Celte affaire criminelle occupa cinq andienies. Nous l'avons dit, nous ne rapporterons point les iébats auxquels elle doHna lieu.

Api es l'audition de tous les témoins, Gérard commissaire du tc^t'iverneinent près la cour de justice criminelle, et dans un réquisitoire improvisé, s'attacha .\ prouver, que dt^s quatre individus qui composaient la famille de l'accusé, le seul et vrai coup.d)le était Trumeau.

La fille Chantai peut-être était complice; peut être!

H voulut prouver... il prouva que l'intérêt était le motii de l'horrible homicide commis par le plus dcnnfuré Aes pères.

M-Maugeret, défenseur de Trumeau, déploya dans son plaidoyer beaucoup de talent et... de maladresse; il chercha -à persuader que Rosalie Trumeau jj'était elle-même empoisonnée :

— Je se^s, dit-il, tout l'embarras de ma cause; je suis réduit ou à troubler la cendre ou à flétrir la mémoire d'une fille vertueuse, d'une vierge pure, ou à laisser croire que toutes les lois de la nature ont été violées, et qu'un forfait Mont le nom est ignoré dans les fastes de notre langue, dont les annales criminelles ne présentent presque qu'un seul exemple a été conimi^.

M' Julienne fut plus habile dans la défense de la fille Chantai.

11 démontra que cette fille ne pouvait être complice de Trumeau.

Le président .résuma les débats, et le 2 germinal, après deux heures de délibération, l'an et suivant fut rendu : , j

« Vu la déclaration unamine du jury, portant 1 qu'il est constant qu'il a été commis un homicide sur la personne de i^osalie Trumeau ;

« Que [lenri-Augustin Trumeau est convaincu d'avoir commis cet homicide; qu'il est constant qu'il l'a commis volontairement; que l'homicide a été ciiininis par poison;

« QuH Françoise Chantai-Lavandière n'est pas convaincue d'avoir aidé et assisté le coupable dans les laits qui oui préparé l'houiicide;

« L'ordonnance rendue auiourdliui par le viceprésident du tribunal, porte q le Marie-Reine- Françoise Chanid-Lavandière est acquittée de l'accusation; qu'elle sera mise en liberté sur-lechamp, si elle n'est détenue pour uneautre cause.

« Condamne Henri- Augustin Trumeau à la peine de mort.

« Ordonne, confbrmémeul à la première disposition de l'article 4, qu'il sera conduit au lieu de rcxécution revêtu d'une cUemise rou^^e.

«Ordonne que le paquet d'ar.senic blancet la fiole contenant ime potion déposés l'un et l'autre au greffe et ayant servi de pièces à conviction au pro es seront brisée et détruits aux termes delà

loi. » I

Marie-Reine Chantai fut ramenée la première \

h l'audience.

Par un mouvement inexprimable elle tressaillit

après la lecture de l'arrêt.

Le président lui adressa ensuite la parole en ces termes:

^ Que la terrible épreuve que vous venez de subir vous serve de leçon pour l'avenir» Vous

LES DELASSEMENTS ILLUSTRÉS.

alk'z èlre rendue à la lilierlé, prenez garde d'eu abuser; allez expier dans la retraite le scandale que vous avez donné; cherchez à reconquérir l'estime publique que vous avez perdue; prenez, devant cette auguste assemblée, l'engagement sacré de vivre désormais en fille sage et vertueuse. Trumeau fut ensuite introduit ; il entendit le jugement qui le condamnait à perdre la tcMe sur l'échafaud avec le calme qu'il avait conservé pendant le couis des débats; mais, lorsque le président lui demanda s'il avait des observations à présenter sur l'application delà loi, il dit d'une voix étouffée :

— Que la terre s'entr'ouvre sous moi... Qu'elle m'engloutisse si je suis coupable !

Puis se redressant, les larmes aux yeux, mais le front haut, la voix nette, il ajouta :

— Tremblez ! vous venez de condamner un innocent !

c'était Marie-Reine; d'un pas assuré elle se dirigea vers l'homme qui tenait le cheval par la bride et lui dit :

— Merci.

— Montez, dit l'homme, quittant le cheval et lui donnant l'appui de son bras pour escalader le maiche-pied. '

Lorsqu'elle fut montée, il monta à son tour, prit les guides et fouetta le cheval qui partit. ■

— Oii allons -nous? demanda Marie-Reine.

— D'abord dîner. Cela vous va ?

— Je crois bien...

Et, respirant à plein poumon l'odeur de l'eau, elle ajouta :

— Ali! c'est bon d'être libre...

— Je comprends ça !

— Surtout quand on a vu la mort de près.

— Vous ne' comptiez donc pas sur moi?

— Si, mais, ma foi! qaand j'ai entendu ce réquisitoire, j'ai eu peur.

— J'étais là...

— Mais 011 me menez-vous ?

— Dans un nid préparé pour vous recevoir.

— Gomment ça?

— Avez-vous oublié vos promesses?

~ Non pas, fit effrontément la fille.

Et, a.vec un rire odieux, elle ajouta :

— Les affaires sont les affaires... et je veux la lettre.

— Je ne l'ai promise qu'après que vous m'aurez livré Friquet,fit l'homme que nos lecteurs ont reconnu pour Frehn. '

— Ce qui ne sera pas long... je veuxme venger... C'est le traître qui vous met en main l'arme qui tue en vous tuant vous-même.

Comme Marie-Ueine était assez pauvrement vêtue, Frelm, sur sa demande, la conduisit dans

une chambre garnie, oîi elle avait fait porter ses eiFets ; pendant que l'agent l'attendait en bas, elle changea de vêlements.

Transformée, belle, rajeunie, elle redescendit bientôt. Son compagnon la conduisit au Palais- Royal ; là, un homme qui attendait reconduisit la voiture, puis tous deux entrèrent aux Frères Provençaux. Après avoir bien dîné, Marie-Reine dit :

— Maintenant, oîi m'emmenez-vous ?

— A Bagnolet.

— A Bagnolet!

— Oui, un petit nid.

— Allons, fitindilléremmentla misérable.

— Mais un dernier mot d'affaires... Pour retrouver Friquet, qu'allez- vous faire ?

—Demain, vous m'aurez un costume d'homme

— Bien !

— Et, avec un peu d'argent dans les poches, nous nous mettrons en route.

— Où?

— Je l'ignore.

— Comment, vous l'ignorez ?

— Mais c'est simple à savoir; nous en causerons demain, au plus tût, vous avez raison. J'aime mieux m'éveiller alors que vous aurez tout préparé... Donnez-moi donc à boire.

— Voilà.

-- Vous ne vou^figurez pas ce que je suis heu-* reuse d'être là.

— Pardi !

— C'est-à-dire que je vous aime presque.

— Vous me faites peur.

— Pourquoi donc?

— C'est que ceux que vous aimez vous les...

— Ah 1 ah ! oui, vous parlez pour Trumeau.

— Pauvre diable !

— Vous avez raison, pauvre diable ! à sa santé.

— Revenons à Friquet, fit l'agent, que ce cynisme épouvantait.

— Oui, il faut savoir oii est maître Jacques... Demandez la Gazette nationale.

Frehn sonna; on apporta le journal qu'il donna à Marie-Reine, curieux de voir ce qu'elle allait taire.

Après l'avoir lu quelques minutes, elle se pencha néghgemment en arrière et dit :

— Maintenant, je sais. *

— Comment, vous savez ?

— C'est donc par le journal que vous correspondez ?

— Oui et non

— Je ne comprends pas.

— C'est bien simple, cependant.

— Expliquez-moi ça.

— Dès qu'il y a le moindre vent de conspiration, vite on le met dans la Gazette.

— C'est vrai.

— Or Jacques est celui qui commence tout.

— Eh bien !

— Dès qu'il se propose quelque chose dans un coin de la France, je dis il est là.

r.R^; i)i':LAs>^r:MRNT>; ilh'^^tim.'s^.

— Mais si o'Ia coiiinieiioe coaiine eu ce moment dans plusieurs endroits.

— Toujours ils commencent dans plusieurs endroits pour di'vnuter la police...

— Eh bien ?

— Hh bien! je sais les endroits oh il a ses résidences.

— Mais le mouvement menace d'entre bientôt s;éuéral, on parle de la rupture du traité d'Amiens...

— Justement.

— Décidé ment, je ne comprends pas.

— Vous avez la tête dure, mou adoré, fit en riant Marie-Reine.

— Qu'avez-vous lu dans la Gazet'e?

— Oh ! j'ai lu l'endroit exact où est notre Jacques désiré.

— Vraiment.

tt Frelin cherchait dans le journal.

— Lisez ici, dit Marie, montrant un article du bout de son doist blanc.

Et elle se versa et but.

— Mais vous allez vous... faire du mal.

— Me griser... je l'esp^^re bien, et, si je peux, de façon à n'y plus voir clair. Vous savez que \ous ne ressemblez pas .\ .\pollou. Tenez, buvez avec moi. A ce |»auvre Trumeau!

tUe trinqua et but.

Gêné par les affectations de eynisme de sa compas^ne, Frehn prit le journal et lut :

« De nouvelles framesont été ourdies par l'Angleterre , elles l'ont été au milieu de la paix qu'elle avait jurée.

« Mais le gouvernement veillait, l'œil de la police suivait tous les pas des agents de l'ennemi.., ils parcourent la Vendée, le Morbihan, les Côtesdn-Nord, et y cherchent des partisans.

« Dans Paris même se prépare tout ce qui est nécessaire à l'exécution des projets communs.

« Un lieu est assigné entre Dieppe et Tréport, loin de toute inquiétude et de toute... »

— N'allez pas plus loin, cria .Marie-Reine, vous y êtes.

— Comment cela ?

— Friquet est à Dieppe. Dans deux jours nous y serons.

— Vous connaissez Dieppe ?

— C'est mon pays natal... et ra m'amuse, fitelle en riant cyniquement, d'y retourner maintenant que je suis célèbre.

— * Nous partons demain matin ?

— Je l'espère.

— Que voulez-vous pour votre clépart ?

— Je veux que vous ayez deux chevaux, que vous m'ayez un cos*unie, un passeport et une mission officielle dans la .Normandie et la Bretagne.

— En homme, vous aurez l'air d'un enfant.

— Eh bien ! vous serez mon précepteur.

— Bien, et puis?

— Et pais ce que je vais vous livrer en vaut ],y peine, je veux de l'or à pleines mains, je veux voyager en grand seigneur.

— C'est entendu.

— Maintenant les affaires sont terminées, n'eu parlons plus.

— Nous partons?

— Oui.

Et vive, délurée, Marie-Reine se leva et prit son manteau; au contraire, Frelm, embarrassé, timide, ne savait quelle contenance tenir.

C'est une chose remarquable , que les plus roués, les plus indilTérents, les plus forts, enfin, . sont domptés par laudace. Il est vrai que, ainsi qu'il arrive souvent des désirs banals auxquels on ne résiste pas , le désir avait changé de caractère, et Frelin n'était plus seulement amou- ^ reux, mais il était violemment épris de la misé- | rable.

Les sottes seulement attribuent l'excès de timidité à l'indifférence. Marie-Reine n'était pas de celles-là ; elle comprit que ce n'était plus un amant qu'elle allait avoir, mais un esclave. i

Elle marcha titubant, car,pourse el.édommagec ; des privations de la taim, elle avait beaucoupbu, etprit le bras de Frelin; comme s;, tète lourde s'appuyait sur l'épaule du pauvre diable, ses lèvres s'appliquèrent sur le front de Reine. Elle ne bron- , cha pas.

— Vite, disait-elle, je suis fatiguée, et j'ai hâte de dormir. Une voiture les conduisit ;\ Bagnolet...

Le lendemain, ,\ dix heures du matin, deux chevaux piaffaient d'impatience devant la porte ; Frelin, en costume mi-bourgeois, mi-mihtaire, sortit, conduisit Marie-Reine, superbe en cavalier. Ses longs cheveux frisés tombaient en longues boucles sur la colerette qui couvrait ses épaules; coiffée d'un petit chapeau de feutre pointa portant une plume noire, velue d'une redingote noire boutonnée et sur laquelle s'étalaient les deux équerres blanches de son gilet, d'une culotte grise et de bottes à l'écuyère, elle était très-belle, l'acquittée.

D'un bond gracieux, et en écuyère consommée, elle enfourcha son cheval ; ses mains fines, dans les gants d crispins, saisirent les guides. Alors, elle se retourna et dit à Frelin :

Y ètes-vous ?

— A vos ordres répondit celui-ci.

— En route !

Et, dans un nuage de poussière, comme iine belle'vision, Marie-Reine disparut, suivie de Frelin, qui paraissait son écuyer.

Les voisins étaient sur leurs portes ; en voyant sortir les deux cavaliers, ils s'étaient respectueusement découverts; mais, dès qu'ils eurent disparu, avec cette manie commune, hélas ! aux communes, on mordit à belles dents.

Eh bien ! c'était ben la peine de faire une révolution, les v'ià revenus, les nobles .

— Et plus fort que jamaïf, vous voyez.

— Pardi, avez- vous vu comme ils étaient insolents... t 1 ^ I

— Ils ne nous ont pas seulement salués î Ça les fatiguerait.

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