‹ La belle herboristeChapitre 70 sur 85 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

M. de Rieul était, comme il l'avait dit, libre et riche, et n'était pas pressé de se marier.

La condition équivoque dans laquelle se trouvait Marie lui donnait à réfléchir. Marie n'était pas séparée légalement de son mari, il avait à craindre le retour de celui-ci. Ainsi que nous l'avons dit, il eût beaucoup préféré ce qu'on appelle aujourd'hui une « cocotte ».

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LES nÉIiASSBMENT8 ILLUSTRES.

Mais le caprice avait toiirnc' à la passion ; puis, entraîné par la situation, mis en demeure de s'expliquer, il n'avait plus hésité.

Le lendeniainil avait revu madame Hremosse et avait été complètement édiiiésur sa^ituation.

Cette situation commandait certains ménagements.

Marie repoussait bien loin la supposition d'un retour au domicile conjugal. M. de Rieul lui parlait alors de la nécessité d'une séparation légale.

Quant à Lucien, il n'en était plus question.

— Après tout, se répondait Marie, je le quitte comme je l'ai pris ; vis-à-vis de lui, je suis bien libre !

M. de Rieul valait bien l'ancien bon ami de Montmartre; Marie le trouvait plus distingué. Kt sans doute aussi, qu'elle se l'avouât ou jion, elle cédait aussi à l'éblouisseinent d'une grande fortune. , .; ( , ,,j

Avec M. de Rieul, elle était certaine d'échapper à la misère, dont elle avait senti les griffes.,. . ,

Pour une nature comme la sienne, c'était beaucoup.

il est plus que probable qu'elle y pensa.

Mais qu'allait devenir Lucien ?

KUe fermait les yeux comme une peureuse, qui voit quelqu'un qui va tomber à l'eau. KUe évitait d'y songer, et la dernière lettre du malheureux fut jetée au feu sans avoir été lue.

Tout cela s'était rapidement accompli.

Un matin, — c'était le 8 décembre, M. de Rieul, en arrivant à Montmartre, trouva madame Cremesse pâle et les yeux rougis par les larmes.

— Qu'as-tu, Marie?... Un malheur?...

Elle répondit évasivenieut, en tendant à de Rieul une lettre de deuil :

— Lis cette lettre ; c'est de mon beau-])ère. 11 lut ce qui suit :

« Ma chère fdle,

« Le cadre noir de cette lettre vous aura fait pressentir quelque nouvelle affligeante, et vous ne sauriez croire l'anxiété que j'éprouve à la pensée de vous faire partager le deuil qui vient de me frapper. Du coura,ge, ma chère fille, et pardonnez-moi si, dans la consternation où je suis plongé, je ne trouve point de paroles qui puissent vous préparer à apprendre le malheur terrible qui vient de nous atteindre. Je ne sais plus que pleurer.

« Hier soir, en revenant de. Banville au Chàiel, vers sept heures environ, dans le chemin communal, le pauvre Charles à été assassiné, assassiné lâchement, lui, le meilleur des hommes !... Un scélérat, inconnu jusqu'à présent, lui a brûlé la cervelle. La mort à été instantanée.

K La justice a immédiatement commencé une instruction. J'ai été appelé ce matin devant les magistrats. Je ne saurais vous dire, ma chère fille, la douleur immense à laquelle je suis en proie. Venez mêler vos larmes à celles du père de

votre mari et prier sur la tombe de celui qui vous a tant aimée... »

— C'est un événement douloureux, dit M. de Rieul avec l'accent d'une pitié sincère ; mais, ma chère enfant, tout en plaignant cet infortuné, il faut vous consoler en songeant que depuis longtemps il était mort pour vous.

— Que dois-je faire? demanda Marie.

— Avez-vous répondu?

— Non, pas encore ; je vous attendais.

— Eh bien ! ne répondez pas ; partez pour Banville. .• ,, ;,'•

— Grand Dieu!-,».

— Sans doute, ç'^fj. pénible...

— Te quitter?... niais je puis être retenue longtemps, là-bas. . -;{;, ■ \,

-^.N'est-ce que cela? Je t'accompagnerai. Ton Wari. habitait le Chàtei?

— Oui, chez son pùve.

— J,«j m'établirai à Banville.

— Oh ! c'est bien vrai que tu m'aimes!... Sans toi, je n'aurais pu me résoudre à partir.

— Là-bas, nous ne nous verrons point. La province exige une circonspection, une prudence extrêmes. Mais nous nous sentirons l'un près de l'autre, et nous n'aurons aucun sujet d'inquiétude ou de jalousie.

— Et quand partpns-ïnp.i^ ?

— Çe.spir.,. Trente lieues de chemin de fer et le reste en diligence.

Mil

Avant de suivre les jeunes gens à Banville, il est nécessaire de raconter comment Charles Cremesse était tombé sous les coups d'un assassin.

Nous l'avons déjà dit, il menait au Chàtei une existence fort paisible et fort retirée.

Il ne voyait personne, allait rarement à la ville, et ne se promenait que clans la campagne, à travers chani|is, et vers la chute du jour.

S'il n'eût été bien connu, si sa réputation d'artiste ou de savaut ne l'eût précédé au village, il est probable qu'en le voyant ainsi errer à la brune, à l'aventure, on l'eût supposé fou.

Il est vrai que pour la plupart des paysans,' entre le savant et le toqué la. différence est inappréciable.

Souvent, dans ses promenades, il retrouva de ses camarades d'enfance dans quelques travailleurs courbés sur leur outil ou ployés sous le faix, et dans de vieilles femmes au visage parcheminé, à la bouche édentée, de jolies fdles dont le teint de rose et le sourire avaient fait battre son cœur d'adolescent.

L'heure crépusculaire à laquelle il sortait lui ménageait quelquefois la rencontre d'individus qui attendaient la brune pour aller relever leur lacets à la lisière des bois, leur nasses au bord de la rivière, ou pour glaner dans les champs de

LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.

•isn

leurs voisins, braconniers, ravageurs et 'maraudeurs.

Il riait de la terreur soudaine que leur causait son apparition iuaitendue. Il se faisait même le comjilice des braconniers, et, sans scrupule, achetait le lièvre ou les perdreaux qu'ils venaient dassassiuer et les envoyait à son père.

Mais il n'avait point la môme indulgence pour les maraudeurs d'enclos et de jardins. Escalader nue c.'ùture, voler une hotte de légumes lui paraissait odieux, et — nous notons ce lait parce que plus tard il eut des conséquences d'une gravité extrême — et il lui arriva de répiiaiander vertement un de ces rôHeurs de nuit qui, à l'instar îles oiseaux des champs dont parle Tlivangile, ne sèment pas et récoltent.

Le plus intrépide de ces maraudeurs était un nommé ^abrieux, qui demeurait à une extrémité du village. 11 lui reprocha à différentes reprises sa manière de vivre aux dépens du prochain, et même, un soir, le menaça du garde champêtre.

Sabrieux passait, non-seulement pour un voleur, mais pour un homme vindicatif et dangereux, et, en le quittant, Cremesse put se dire : Je me suis fait un ennemi.

Le lendemain, lorsqu'il coula son aventure à son père :

— Prends garde, lui dit celui-ci, ce Sabrieux est un mauvais gueux. Tu n'es pas prudent en te promenant ainsi le soir dans la campagne.

— Plaisantes-tu ! repartit Cremesse, et s'il fallait trembler devant de pareils misérables, je devrais même éviter de sorti» eu plein jour. Tu te souviens de ce qui m'est arrivé il y a une dizaine d'années?

— Oui, la pierre que tu reçus àla tète en passant près des jardins de l'hospice. Voilà comment on se venge dans nos campages. Qui a fait le coup?... on ne l'a jamais su.

— Kt Mathieu Jalot, qu'on avait soupçonné, qu'est-il devenu ?

— Il vit à Bourreuil, chez son père. Je n'ai guère entendu parler de lui depuis cette affaire.

— Qu'avais-je fait à cet homme ? reprit Cremesse. Eu vérité, je n'en sais rien.

— Au village, on se fait parlois des ennemis morteJs pour un mot blessant, pour une moquerie. Celui que vous avez blessé n'oublie pas ; il n'a point, comme les gens de la ville, Iss mille distractions des affaires et des plaisirs. Sa blessure s'irrite et s'envenime de jour en jour; avec le temps la haine s'y met, il souffre, il faut qu'il se venge.

— Moi qui ai si peu vécu ici, reprit Cremesse en riant, et qui me croyais aimé de tout le monde, j'ai donc des ennemis...?

— Du moins, dit son père d'un ton sérieux, tu as deux ennemis connus.

— Allons! encore quelques mois ,de séjour et j'en aurai une bande. A la bonne heure, cela relève un peu la fadeur de mes idylles.

Vers le soir, comme d'habitude, Q,'eme»Stt sor-

tit, mais cette fois il dirigea sa promenade vers Banville, où il fit quelques achats chez un libraire.

Pendantson absence, Sabrieux vint pourle voir. 11 trouva Cremesse père et le conjura de prier son fils de ne pas le dénoncer au garde champêtre.

— Mon fils est très-bon et très-indulgent, lui répondit le vieillard ; s'il a dit qu'il te signalerait au garde champêtre, c'est quej-u le mérites, lisait ce qu'il doit faire.

Sabrieux se retira sans avoir obtenu ce qu'il der mandait, et un domestique l'entendit proférer les plus terribles menaces.

Cremesse père savait parfaitement que son fils n'avait pas l'intention de dénoncer ce misérabie au garde champêtre, mais lui aussi n'était pas fâché d'intimider ce maraudeur incorrigible. ,

Revenons à Charles Cçiamusse. ^

Après avoir fait quelques achats dans la principale librairie de Banville, Cremesse avait repris le chemin du Chàlel.

11 était six heures et demie environ.

C'était le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas, et bien que la soirée tût sombre et froide, une bruyante animation régnait dans la pelile ville. Il écnangea quelques bonsoirs et doubla le pas, jusqu'à ce qu'il eût retrouvé le calme de la campagne déserte.

Il suivit la route impériale, pendant une demiheure et entra dans un chemin boueux et bordé de murailles, qui conduit au Chàtel.

Son père demeurait en haut'du village, situé au penchant d'un coteau qui domine le chemin dont nous parlons.

Arrivé à moitié de ce chemin, un garçon de ferme conduisant des chevaux à l'abreuvoir l'obligea à se garer en se jetant sur le bas-côté. Le garçon passa avec ses chevaux.

Au même instant, un coup de feu retentit et Charles Cremesse tomba la face contre terre.

Avec le calme qui caractérise la plupart des paysans, le garçon de ferme maîtrisa ses chevaux effrayés, les conduisit à l'abreuvoir, et rentra à la ferme, où il apprit l'événement dont il avait été témoin.

— Qui est tué?

— le ne sais pas.

— *Qui a tué?

— J'ai vu un homme à la lueur du cDup de pistolet; mais je ne l'ai pas reconnu.

— Il faut prévenir M. le maire.

— Non, il faut aller à Banville prévenir le procureur impérial.

— Il est malade.

— Alors, M. X..., le juge d'instruction.

— Mais est-il mort? demanda une femme.

— Pour sur qu'il est mort, répondit le valet, rs il idut ttiier voir j

■JoJS

Li:8 DELASSEMENTS ILLUSTlîES

Oui, allons Vitii,lif-on (M1 clm'iir.

— lui tout cas, rei>rit lé lermiei', il tant iirévenir rautori'é. Kaptistc, tu vas sollor la jument et courir chez le jusie d'insti-uctioii, M. X... Tu sais où il demeure?

— Oui, maître.

— Cours, et ne f arriMe pas à bavarder. Tu sais, H ne faut pas badiner avec la justice.

Tandis que le valet galopait vers Banville, les sens de la terme, munis de l'alots, se rendaient à i'endroit mditiné par le domestique comme le théAtre du meurtre.

Quelques personnes, attirées par la détonation, les y avaient précédés et taisaient cercle autour de la victime.

— Est-il mort? cria le fermier.

— Oui, bien mort.

— Qui est-ce? ajouta-t-il en s'avam ant.

Il reconnut Ctiarles C^messe à sou costume, car, nous l'avons dit, l'infortuné était tombé lace contre terre; son visage baignait dans la boue et le sang.

— Il tant prévenir sori père, proposa quelqu'un. Qui y va?

— Allez-y, vous?

— Que personne n'y aille! s'écria le fermier. Une pareille nouvelle annoncée àbrùle-peurpoinl au pi?re Cremessa le tuerait. J'ai envoyé avertir l'autorité, attendons, tt surtout que personne ne louche au cadavre.

Ces sages recommandations furent observées.

Le groupe de curieux se grossit rapidement des f>andes de jeunes gens qui se rendaient à la ville à l'occasion de la fête; mais tout ce mcmde, retenu par une terreur superstitieuse, se tint à distance du cadavre, heureusement pour le juge d'instruction, qui ne tarda pas à arriver.

Avant dentamecle récitdes longues investigations de ce magistrat, un peu de topographie est indispensable.

Le Chàtel, avons-nous dit, est situé à deux kilomètres de Banville. Ses maisons blanches au toit rouge entourées pour la plupart de vignes ou de jardms fruitiers, s'élagent au penchant d'un coteau semi-circulaire.

Du côté de la ville s'élève un hospice. On longe le mur de ses jardins dès que, quittant la route impériale, on prend le chemin du \'illage.

Au mémo point, on a, à sa droite, la ferme de la Bruyère, dont les dépendances clôturées vont jusqu'àune maison isolée, appelée la maison Bruneau. Enfin, près de cette maison s'ouvre un petit chemin qui descend vers la grande route, et que l'on appelle le chemin des Vaches, parce qu'il conduit à la prairie et à l'abreuvoir.

Ainsi — que l'-on nous pardonne d'insister sur ce point dont dépend la clarté du récit — en allant de Banville au Chàtel, on a le ^^llage à gauche, sur un coteau, la ferme de la Bruyère et le chemin des Vaches adroite.

A l'approche du magistrat, accompagné de son greffier et d'un médecin, la foule fit silence et se rejeta sur les bas-côtés du chemin.

Tontes les lanternes lurent mises en reiiuisilion.

La levée du cadavre fut faite ; il fut constate qu'il ne portait aucune trace de lutte ou de violence, et que l'assassinat n'avait pas été accompagné de vol.

M. X... explorai-; terrain avec une minutieuse elsagace attention.

Le cadavre gisait à deux pieds environ d'un tas de hunier de poules, de porcs et de lapins.

Près du tas de fumier était un pistolet d'arçon. A quelques pas de là, une bourre de chanvre à demi consumée.

La boite crânienne avait été projetée au loin et la cervelle tachait le mur du jardin en face.

Nous prians le lecteur de nous pardonner ces détails inévitables.

Le juge d'instruction examina l'arme, tandis que le médecin prenait des notes pour son rajiport.

Le pistolet avait été récemment remis à percussion.

Son canon avait été rogné depuis peu.

C'était une arme ancienne, et M. X... parvint à en décliilfrer la date : elle avait été fabriquée à Charleville eu I78fl.

.Aucune de ces remarques n'était sans valeur, comme on le verra plus loin, mais ce qui fut une di''COuverte importante, c'est que la seconde capucine, qui tenait le canon au bois, avait sauté. Al.X... en conclut cjne l'arme, chargée jusqu'à la "ueule, avait dû échapper de la main de l'assassin dans le mouvement de recul, qui avait dû être très-fort. Le coup avait été tiré à bout portant, car un morceau du drap de la casquette avait pénétré dans le crâne.

Enfin, il était à croire que l'assassin, pour commettre son crime, était monté sur le tas de fumier. La victime était un homme de haute taille.

Sur la demande dujuge d'instruction, plusieurs témoins prêtent serment et déposent des faits graves qui sont à leur connaissance.

Le premier témoin, nommé Corneuilles, déclare ce qui suit :

Je revenais de Banville ; il n'était pas loin de sept heures. Au moment où je dépassais la ferme de la Bruyère, un individu, qui, dans l'ombre, ne semblait f^ire qu'un avec la muraille en face, traversa rapidement le chemin, et leva sur moi un pistolet. Je me jetai de côté. La lumière du souper des fermiers répandait assez de clarté sur le chemin pour que je pusse apercevoir l'arme et l'individu. Le saisissement que j'éprouvai m'empêcha de crier. Lui, ayant reconnu, sans doute, que je n'étais pas celui à qui il avait affaire, abaissa son pistolet et se sauva en s'écriant : « Je me trompe ! » 11 me semble encore le voir. C'était un homme de petite taille, vêtu d'une blouse de couleur foncée ; il était coiffé d'une casquette noire, et sa voix m'a impressionné.

— Pourquoi?

— J'ai cru reconnaître la voix d'un habitant de la commune.

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRES

— Quel habitant?

— Je ne suis pas assez sûr pour nommer quelqu'un. Je me suis dit : Mais je connais cette voixlà. Et j'ai cherché sans pouvoir me rappeler la personne. Quant au reste, le pistolet, la blouse, la casquette, je n'ai aucun doute.

— Dans quelle direction s'est enfui cet homme •.■'

— Il a fui devant moi, vers le village ; il faisait très-noir, comme à cette heure; en un instant, je l'ai perdu de vue.

Un autre témoin s'avança ; c'était une vieille femme qui avait attendu, non sans quelque impatience, l'occasion de parler.

— Moi, dit-elle, je l'ai vu.

— Approchez, ma bonne femme, et dites-nous d'abord vos nom et prénoms.

— Je suis la femme Michel.

— Vos noms de demoiselle ?

— Catherine Roch.

— Votre âge?

— Cinquante-lrois ans.

— Vous l'avez vu, dites-vous?

— Oui, monsieur; je sortais de not' maison, j'avais une lampe à la main pour aller à une cave que nous avons chez Bruneau ; je l'ai regardé, il m'a fait peur et je suis rentrée.

— Vous n'avez pu le voir distinctement, sans doute?

— J'ai vu seulement, comme vous l'a dit Cornouilles, un homme avec une blouse et un casquette noire.

— De haute taille ?

— Mais non, à peu près comme vous, sauf votre respect. Je l'ai bien vu, parce que je suis à peine rentrée que mon homme m'a dit que j'étais une fichue bête d'avoir peur. Je suis sortie, et à l'entrée de la cave, j'ai encore revu le même homme, qui s'était blotti dans l'enfoncement.

— Vous l'avez bien regardé?...

— Oui, monsieur.

— Etait-ce un blond ou un brun ? Etait-il jeune ou vieux?

— C'était un blond, encore jeune.

— 11 avait de la barbe?

— Non, pas de barbe.

Autres dépositions :

Au moment où le crime a été accompli, trois garçons.de la ferme conduisaient leurs chevaux à l'abi'euvoir.

En approchant de l'endroit oîi est le tas de fumier, ils virent devant eux, sur la gauche, un homme de haute taille ; ils appuyèrent à droite ; un coup de feu retentit. A la lueur du coup, ils distinguèrent un homme en blouse debout sur le tas de fumier.

JULES BEAOJOINT.

{La suite au prochain numéro.)

Keproduction autorisée pour les journaux qui ont traité avec la Société des Gens de lettres.

R EN PARTIE DOUBLE'

RÉGINE ET GENOFSA

C" D'AMEZEUIL

(voir a l'ARTIR DU N° 15

LA Div\ [suite).

Le petit Potel ne put arrêter un sourire qui vint se jouer sur ses lèvres.

— Parlez ! parlez vite ! chère, et dites-moi comment je puis vous prouver mon amour.

— tn me quittant au plus vite !

Et Genofsa laissa échapper un petit éclat de rire qui sonna faux aux oreilles de M. Potel.

— Hein?... vous me chassez, dit-il.

— Moi, très-cher. Oh ! pouvez-vous le supposer... c'est bien mal à vous.

— Cependant, vcs paroles...

— Mettez-vous à ma place, cher, et dites-moi si vous n'en agiriez pas de même ; je suis, ce matin, vous me le disiez tout à l'heure, laide à faire peur...

— Je n'ai pas dit un seul mot qui pût vous le taire supposer...

— Vous l'avez pensé, et cela me suffit. Je disais donc que j'éprouve en .ce moment un si pressant besoin de solitude que, si précieuse que me soit votre présence, je me vois dans la dure nécessité..

Genofsa né put achever sa phrase : un homme, poussant violemment la porte du salon, pénétrait dans la pièce, en portant, dans ses robustes bras, la mutine Henriette qui se débattait comme un beau diable.

— Eh bien ! cria-t-il d'une voix de stentor, en déposant la jeune fille sur le tapis, quand je disais qu'elle y était... et déjà, les mains tendues, il se dirigeait vers la jeune femme, quand, soudain, son regard se heurta contre le jeune Potel, qui prudemment cherchait à faire retraite.

Un éclair de fureur illumina les fauves prunelles du nouveau venu, et avant qu'on eût pu l'en empêcher, il saisissait par le miheu du corps le petit baron plus mort que vif, et, sans doute, il allait, sans respect pour la jeune femme, lui appliquer une savante correction, quand celle-ci, malgré son peu d'estime pour le baron, crut devoir intervenir.

— Isidore ! fit-elle de sa voix si douce: Isidore, car c'était bien lui, releva la tète, et à

la vue du visage suppliant de la belle enfant, un sourire épanouit sa bonne et franche figure, mais

I, Viiir les Amours de contrebande.

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LEf=! -DELASSEMENTS ILLUSTRES.

presque aussitôt nu sombre voile de tristesse vint i'assombni'.

— Ah! mademoiselle! dit-il, en soupirant. Genotsa baissa les yeux sans répondre.

M. Potel, pondant ce temps, essayait de s'éclipser, mais, paraît-il, ce jour-là devait être, pour M. le baron, marqué d'une pierre noire, car à peine arrivait-il au seuil de la porte, qu'il se trouvait en présence d'un adversaire bien autrement redoutable qu'Isidore Bybeybolles; il venait, en effet, de reconnaître M. le man])uis de Kernevelan qui, les bras croisés sur la poitrine, le regardait fixement.

M. Potel fit deux pas en arrière, ce fut cette fois contre Isidore qu'il vint se heurter.

Pris ainsi entre deux feux, M. Potel crut plus prudent de se diriger du côté de M. de Kernevelan.

— Monsieur, lui dit-il.

— Monsieur, lui répondit sèchement et i\ voix basse le marquis, deux lois déjà, l'on s'est présenté chez vous de ma part, sans avoir le plaisir de vous rencontrer, on s'y présentera de nouveau ce soir entre neuf heures et onze heures.

— Je m'y trouverai, monsieur?

— J'y compte.

Et saluant ironiquement le jeune homme, il lui livra passage.

M. Potel s'empressa de profiter au plus vite de la permission ; sur un ordre du marquis, Isidore sortit derrière lui.

— Veille, lui avait dit Joannic, et ce soir viens me rendre compte de ses moindres démarches.

Resté seul avec (îenofsa, M. de Kernevelan s'arrêta quelques instants à considérer la jeune femme, puis taisant un pas vers elle :

— J'ai à vous parler, dit-il, refuserez-vous de m'entendre ?

Pour toute réponse, (îenofsa lui fit signe de prendre place à ses côtés.

Joannic préféra s'asseoir sur un fauteuil, bien en face de la jeune femme, afin de la mieux tenir sous son regard ; puis soudain, se rapprochant brusquement, il s'empara de sa main.

— C'est à Genofsa, dit-il, que je veux m'adresser et non à la célèbre diva.

— Monsieur le marquis...

— Je comprends et je m'explique maintenant, continua-t-U d'un ton de doux reproche, la persistance mise par vous à fuir ma présence; que navez-vouseu confiance en moi, Geuofsa?

— Monsieur Joannic, répéta-t-elle.

— JN'étais-je pas votre ami, je ne dirai pas le plus dévoué, peut-être, mais du moins l'un de certax qui vous étaientle plus attachés, et n auraisje pas le droit, en ce moment, de vous demander un compte sévère de votre conduite et des malheurs...

— Un malheur! dites-vous? etune pâleur mortelle s'étendit sur tous les traits de la jeune leninie, qui resta un moment comme privée de sentiment.

— Oui, des malheurs! qui en seront l'inévi-

table conséquence, continua imperturbablement Joannic.

Genotsa tressaillit vivement, puis elle tenta de se lever, mais presque aussitôt elle retomba en murmurant .

— 11 ne m'aime plus !

M. de Kernevelan ne la quittait pas des yeux, il devina plutôt qu'il n'entendit ces paroles ; mais saisissant la balle au bond, il reprit :

— il ne vous aime plus! dites-vous; vous appartient-il donc d'accuser M. de Kergall ?

En entendant ce nom prononcé à brùlc-ponrpoint, (ienofsa tressaiUit aussi vivement que si elle eût été atteinte par ime forte décharge électrique.

— Ne prononcez jamais ce nom devant moi, /, dit-elle, sans même tenter de dissimuler sa ter- i reur. * ■ — Taire le nom de Yann ; et pourquoi?

— Ignorez-vous donc quelle a été sa conduite h mon égard !

— Celle d'un homme très-fortement épris d'une adorable créature.

— Que vous sert-il donc de feindre, M. de Kerrievelan, mi*>ux que moi, ne savez-vous pas ce qu'il a fait?

— Sur mon honneur, je l'ignore.

Un amer sourire crispa les lèvres pâles de la jeune femme.

— J'ai en main les preuves de son infidélité, dit-elle tristement,

— Vous avec des preuves, demanda curieusement Joannic, que ne les montrez-vous donc?

Genolsa sembla hésiter.

— Vous hésitez, Genofsa, l'aimeriez-vous toujours?

A cette question, la diva rougit et pâlit tour à tour, puis un torrent de larmes s'échappa de ses yeux.

— Vous l'aimez encore ; que le ciel en soit béni.

— Vous vous trompez, Joannic, la trahison de Yann a tué mon amour.

— Qu'appelez-vous la trahison de M. de Kergall, est-ce votre refus formel d'accorder le plus petit mot de réponse à ses lettres ? est-ce votre conduite à son égard? ou n'est-ce pas plutôt que, désireuse de briser avec une situation que vous refusez d'accepter, vous vous êtes efforcée d'oublier que là-bas, loin de vous, il ri mplissait un devoir sacré; il est vrai qu'il souffrait, séparé de ce qu'il avait de plus cher au monde, et que s'il consentait à accepter le sacrifice jusqu'à la .fin, c'est qu'il entrevoyait une récompense après laquelle il aspirait de toutes les forces de son être! et pendant ce temps, celle qu'il aimait, celle pour laquelle il eiit vendu son âme, le trompait indignement, et pour qui? pour un misérable, un plat valet, pour le dernier et le plus vil de tous les liOi:i.nes...

— Joannic!...

— Laissez-moi jtarler, Genofsa! car il est temps que vous connaissiez enfin toute ma pensée ; cette entrevue sera, du reste, la dernière, car désor-

LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.

mais il ne peut plus rien y avoir de commun entre nous.

— Par pitié, Joannic, ne voyez-vous pas que vous me brisez le cœur. ,

Un éclat de rire nerveux s'échappa des lèvres du marquis.

— ^Je veux, dit-il, que vous appreniez à connaître l'homme auquel vous vous êtes... vendue, peut-être.

—Monsieurle marquis. ..im semblable langage.

Frémissante de honte et d'indignation à ce sanglant oujrage qui venait ainsi la flageller en plein visage, Genoisa se redressa de toute sa hauteur, et le bras tendu vers la porte, elle la montra au marquis.

M. de Kernevelan ne bongea pas; la figure cachée dans ses deux mains, il semblait profondément réfléchir.

— Non, dit-il tout à coup, c'est impossible, vous avez été calomniée a mes yeux ; je vous connais trop, Genofsa, pour supposer un seul instant que vous ayez rien accepté d'un pareil lâche. Pardonnez-moi donc une parole irréfléchie, échappée à ma trop juste douleur; il souffre tant, mon pauvre Yann ; mais aussi ne pouviezvous choisir un autre cavalier que ce Potel; fautil que, sans trémir de colère, je puisse me dire que Genofsa, que j'ai connue, et si pure et si chaste, accepte la protection et souffre que ce La Biirgotière fasse les honneurs de son salon; ignorezvous donc ce que le monde peut penser de votre conduite ; ne vous êtes vous pas rendu compte des bruits qui pouvaient circuler sur vous ?

— Et que peut-on dire que je ne paisse entendre ?

— Eh bien!... l'on dit... que vous êtes la..,

— Taisez-vous! taisez-vous! c'est infâme, et sur ce que j'ai de plus sacré ici-bas, je vous jure que jamais cet homme...

— Je vous crois, Genofsa, je vous crois, et parce que je vous connais, et parce que je vous aime; oh! rassurez-vous, vous êtes et vous ne serez jamais que la compagne de mon plus cher ami. — Oui, je crois en vous, et mon cœur me dit que vous avez été indignement trompée; qu'on a fait de vous la victime d'une infâme machination. Quel a été et quel est encore leur but ? Je crains' trop, hélas! de le deviner. Mais comment avez-vous pu douter de l'amour de M. de Kergali? ne vous étes-vous pas dit qu'il eu mourrait, peut-être.

— Suis-je donc morte, moi? et cependant...

— Votre amour était moins terrible,- ca'r Yaiin, en ce moment...

Joannic ne put achever la phrase commencée, car Geiioisa tomba foudroyée sur le parquet.

— A moi,cria-t-ilen se précipitant vers la jeune femme et en la relevant ; vite, du vinaigre, un médecin, des sels...

Et, tout en l'arlant, il essayait de lui prodiguer tous les soins que réclamait sa position. La soubrette, attirée par les cris du jeune

homme, tentait, de son côté, de la rappeler à elle.

— Un médecin, mais cours donc, dépêche-toi, ne vois-tu pas qu'elle se meurt, s'écriait Joannic hors de lui.

La soubrette s'empressa d'expédier M. François et revint ensuite dans le salon.

— Il faudrait la délacer, lui faire respirer des sels.

— Oh ! ce ne sera rien, monsieur ; tenez, voici madame qui revient à elle.

Genofsa reprenait, en effet, peu à peu ses sens; son premier regard fut pour interroger Joannic, puis elle perdit de nouveau connaissance ; cette syncope fut de courte durée.

— Elle aurait besoin de repos, reprit Joannic, je vais m'éloigner ; dites-lui que je reviendrai savoir de ses nouvelles.

Au même moment, Genofsa rouvrait les yeux, elle comprit le geste de Joannic, et faisant un violent effort sur elle-même, elle s'écria :

— Ne partez pas, ne m'abandonnez pas ainsi.

— Cependant, dit-il.

— Je vous en prie, restez auprès de moi.

— Permettez-moi de donner quelques ordres à mon domestique et je suis ensuite entièrement à votre disposition.

Joannic saisissait ce prétexte pour permetire à Ja jeune femme de reprendre complètement ses sens.

Yvon attendait dans l'antichambre.

— Tu vas aller porter cette lettre à son adresse, dit-il, en écrivant rapidement quelques lignes sur un des feuillets de son carnet.

— Oue faudra-t-il faire ensuite?

— Rentrer à l'hôtel.

Yvon s'inclina et prit le papier que lui tendait son maître.

Nous allons en quelques mots exphquer comment Joannic se trouvait chez la diva.

Isidore BybeyboUes, chassé le matin même de chez la diva, quele hasard luiavaitfait rencontrer et reconnaître pour la blonde Genofsa, n'avait rien eu de plus pressé que de courir à l'hôtel de Bretagne.

Joannic n'était pas encore revenu de chez la grosse Louise, mais comme c'était la patience en personne que BybeyboUes, il courut, en compagnie de son compère Yvon, s'installer chez un marchand de vin du voisinage, oti il attendit le retour du jeune homme.

Dès que Joannic apparut à l'extrémité de la rue du Plâtre, Isidore abandonna son partéîlaife, pour se précipiter au-devant du jeune homme.

— Pardon, monsieur le marquis, savez-vous d'otije viens?

Joannic ne put s'empêcher de sourire.

— Suis-je donc sorcier pour le deviner ?

— ( :'est vrai. Je ne suis qu'un sot ; mais je suis tellement ému.

— Uu'est-il donc arrivé ?

— Figurez-vous qu'hier je passais rue Dronot, quand j'aperçois une femme trottinant devant

1 ) l'; I , A s s i: M F. NT s 1 L L U .S T 1 ! V. ■

moi. ï*a toui'uiuo ne m'était pas inconnue ; oîi diable ai'.jeilonc vu cette femme ? me liisais-je, tout en marchant derrière elle; puis soudain je me frappe le Iront... oui, c'est elle, ]iensais-je, c'est bien son allure. .sa démarche.. Je ne puis me tromper, et tout aussitôt, hâtant le pas, je viens pour la regarder sous le nez; mais au môme moment, elle pénétrait dans lacour de l'Opéra; mais c'est égal, je l'avais reconnue, et...

— Achève !

— C'était elle, oui, monsieur le marquis, c'était mademoiselle Genofsa !

. La foudre tombant en ce moment aux pieds de .loannic ne l'eût certes pas plus surpris que cette étrange nouvelle si inopinément donnée.

— Genofsa"? dit-il.

— Oui, monsieur le marquis.

— Es-tu bien sûr de ce que tu avances ?

— Aussi certain que je sais qu'il fait jour!

— Mais alors, que signifie ce mystère?... pourquoi s'être enfuie?

— Ce n'est pas tout !

— Ou'as-tu donc encore appris?

— Désirant m'assurer que je ne m'étais pas trompé, je suis entré derrière elle, à l'Opéra, et j'ai demandé : Est-ce que ce n'est pas mademoiselle Genofsa que je viens de rencontrer?

Le suisse s'est mis à me rire au nez.

C" d'Amezeuil.

{La sviti au prochain numéro.)

(Raproduotion interdite. )

CAUSERIE DRAMATIQUE

Enfin le théâtre de la Gaîté s'est décidé à donner la première représentation de la Haine. Le nouveau drame de M. Victorien Sardou a réussi complètement à cette première épreuve. Le succès sera-t-il durable ? Nous n'oserions pas nous prononcer pour l'affirmative, et cependant quelle mise en scène! Impossible de rêver plus beau cadre, impossible de faire plus et mieux. M. J. OlTenbach est un véritable magicien et c'est de lui que le dix-neuvième siècle pourra dire ce que nos pères disaient de Nicolet au dix-huitième : de plus fort en plus fort !

Racontons brièvement la Haine. Au premier acte les Saracini s'arment pour la guerre civile qui va déchirer la patrie ; la ville de Sienne est au pouvoir des Guelfes, mais elle est attaquée par les Gibelins de

i'ayon à faire prévoir ([ue la lulto no sera [uis longue. Les Gibelins sont connnandés par Orso Saxiguana, le chef populaire ([ui a été souflleté d'un bouquet sur la joue par Gordelia, une jeune patricienne. Orso s'empare de la ville et son premier soin est de pénétrer dans le château des Saracini et de se porter sur Gordelia aux derniers outrages.- Gordelic ne connaît pas son séducteur, qui a pcnctré chez elle la nuit, au milieu de l'émeute et de l'incendie ; mais elle le reconnaîtra à la voix, sur la place publique. Dans une entrevue qui a lieu entre les chefs guelfes et gibelins, elle retrouve Orso, et réclame des siens la faveur de le frapper seule. En effet, au uiomcnt où Orso est éloioné des siens, Gordelia s'approche et lui fait au cou une larçre blessure. Nous le retrouvons bientôt dans la urando cour de l'église où sont déposés les morts. Cordelia vient s'assurer que sa vengeance est bien complète ; mais Orso n'est pas mort, il implore du secours. La patricienne redevient femme et donne 1 a jjoire à Orso, puis, mue par un sentiment inconnu, ^ elle le fait transporter dans son palais. Là se passe une des belles scènes do l'œuvre deM. Sardou. Orso, malo-ré sa blessure, va sauver les Gibelins prisonniers. L'empereur Charles de Bohême marche sur Sienne ; il f;uit (pie les haines intestines disparaissent devant cette sainte et grande chose qui s'appelle la patrie. Guelfes et Gibelins, électrisés parles discours et le patriotisme d'Orso, courent aux remparts et l'empereur est repoussé.

Mais Jugurtha, le frère de Cordelia, n'a pas pardonné, lui ; il poursuit sa sœur jusque dans l'église, et au moment où elle .s'évanouit, brisée de fatigue e do terreur, il lui fait prendre du poison. On craint à Sienne l'arrivée de la peste; dans les premières convulsions de Cordelia, on croit reconnaître les premiers symptômes de la terrible épidémie. Tout le monde fuit, et tandis que Cordelia tombe dans les bras. d'Orso, expirant lui-même des suites de sa blessure, tout le monde s'éloigne et l'on ferme les portes de l'éïlise sur les pestiférés, qui succombent tous deux en se donnant le baiser de paix et d'adieu.

Ce dénouement a glacé d'effroi la salle tout entière. Les rôles sont d'ailleurs admirablement joués par M. Lafontaine et M"" Lia Félix. Quant à la mise en œuvre, nous l'avons dit en commençant, c'est splendide ! Il ne nous reste plus de place pour parler de Cocagne, le nouveau drame de l'Ambigu. Constatons donc seulement un grand succès. Cocagne est un drame de cape et d'épée comme beaucoup de ceux qui ont fait la fortune de l'ancien boulevard du crime ; c'est mouvementé, hardi, souvent original. Les décors et les costumes sont beaux, les rôles sont bien joués. Nous retrouverons Cocagne à la soixantième repré- ' sentation. I

Quant à la Maîtresse légitime, la nouvelle comédie deM. Poupart-Davyl àl'Odéon, nous lui consacrerons notre prochain article. Cela en vaut certes la peine, car c'est de la bonne et vraie littérature.

Georges Laville.

Le Gérant : 3. ROUQUETTE,

paris. — Typ. Walder, rue de l'Abbaye £2.

Le Numéro : 10 centimes

23 UÉCEAtBRK 1874;

PARIS

SOMMAIRK. — X.a Belle Herboriste , par Alexis Bouvier.

— Une instruction ciiminelle, par Jules Beaujoint.

II' Amour en paitie double , par C« d'AmezeuU. — Causerie dramatique, par Georges Laville.

PRIX DE L'ABONNEMENT

UN AN SIX MOIS

Paris 8 fr. 4 fr.

Départements. ,10 5

Par ATiTOXia BOUVXBE.

Dans le n° fSO, noas commencerons la publication de

L'HOMME AU MASQUE DE FER

ROnAN BISTORXQUX:

I>AR OOTA.VB IFEIiHÉ

Tout n'a pas été dit sur le mystérieux personnage qui a tant exercé l'imagination des romanciers et Bouleré l'émotion populaire.

Un étrange hasard a permis depuis quelque temps à M. Ferré de recueillir des révélations qui prouvent désormais d'une façon irréfutable l'identité de la triste victime de Louis XIV.

Cette sombre et terrible histoire ne manquera pas d'intéresser puissamment les nombreux lecteurs des Délassements illustrés.

Lea dessins inédits de cet ouvrage sont dus au crayon de M. L. Tobb, et au burin de MM. Dumont et Mansuy*

LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.

lE fUIX pu SANG [Silile].

Frelin l'avait quilt(?e, et ce n'était pas ainsi qu'elle l'avait cru du lait de Friquet ; là sa lète commençait à se perdre.

Parlois glissait entre ses dénis cette phrase haineuse :

— Oh ! je me vengerai !

La femme qui était à son chevet la voyant ainsi agitée, crut devoir aller chercher le médecin.

Quand celui revint, il rej^irUa attentivement la blessée et hocha la télé ; lorsi]n'il sortit, ie maître de l'hôtel, Paroec, vint à lui et lui demanda ])as :

— l-]li bien! comment va-t-elleV Marie-Reine, avec cette ouïe particulière aftx

malades, avait entendu; elle tendit l'oreille, quand le médecin répondit :

— Très-mal, très-mal !...

Ses dents se serrèrent, un frisson courut .sur sa peau fiévreuse ; elle se vit dogà dans le grand linceul blanc. Elle eut peur enfin.

Tout l'horrible de ses crimes lui apparut ; elle voulut parler, mais sa voix s'éteignit daus sa gorge ; elle ne poussa qu'un cri rauque. Le médecin revint vers elleet lui fit respirer un petit tlacon qu'il tira de sa poche en lui disant :

— Que voulez- vous !

Marie-Reine lut quelques minutes à répondre ; enfin, rassemblant touleson énergie, ellerépondit:

— Des forces et un piètre.

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