‹ La belle herboristeChapitre 71 sur 85 · IF. PRÊTRE · texte numérisé non relu

IF. PRÊTRE

On se hâta de déférer au désir de la moribonde. lAservanteenvoyée aussitôt à l'église revintbientôl ; le curé et son vicaire étaient abseiïls.

La servante revenait .tristement à l'hôtel du Soleil -d Oc, lorsqu'elle avisa au milieu de la place un prêtre qui marchait lentement ; elle counit vers lui.

— iMonsieur l'abbé ? fit-elle.

Le prêtre se retourna tout d'une pièce, avec la raideur militaire.

— Qu'ya-t-il?

— Monsieur l'abbé, à l'hôtel du Soleil-d'0/\ oh ; |esuis servante, il y a une pauvre femme qui se

meurt.

— Ah ! Eh bien ?

Le prêtre dit ces mots avec l'intonation d'un homme qui ne comprend pas pourquoi on lui raconte un.e semblable histoire.

— La pauvre pécheresse craint de rendre son âme à Dieu sans avoir reçu l'absolution.

— Hein! fit-il avec une singulière voix... vou? T£iiez me demander de la confesser?

— Oui, monsieur l'abbé.

— Mais, ma belle enfant, je ne peux pas.

— Comment! vous ne pouvez pas.

. — Je ne suis pas...

Puis, se reprenant vite \

— Jone peux pas, cai on m'attend déjà à cit effet, ^ I

— Oh! je vous en prie monsieur ral)l>é, venez % d'abord au Soleil-d'Or, c'est tonl près.

— Pourquoi pas, au lait... se disait tout l)as l'abbé, ça ia consolera, et moi ça ne me fera pas de mal.

— Venez, monsieur l'abbé... insista la jeune fille.

— Est-ce loin ?

— Non, tenez, de l'autre côté de la place.

— Allons, guidez-moi.

Lo prêtre, que nos lecteurs ont sans donte reconnu, n'était autre que Bizot qui, depuis le ma- ^ tin, était à la recherche de Friquet, parti de trèsbonne heure de Saint-l*ol-de-Léon.

' ' il flânait, se-fiaiit à sa bonne étoile pour le mener vers celui qu'il cherchait.

11 bâillait aux corneilles sur la place, rendant aux femmes le salut qu'elles adressaient il sou vêtement ecclésiastique, lorsque la jeune fille était venue pour lui demander les secours de son ministère pour la malheureuse qui se mourait à l'hôtel.

Lorsque, précédé de la jeune servante, Bizot entra dans la salle commune de l'auberge, tout le monde se découvrit.

Le maître de l'hôtel, qui descendait de la chanil)re delà malade:

— Ah! monsieur l'abbé, elle vient de s'assoupir.

— Ne l'éveillez pas, dit vivement Bizot, je puis

attendre.

— Entrez, monsieur l'abbé.

Et Parnec ouvrit la salle à manger particulière.

Bizot entra, s'assit.

En lé considérant, Parnec, voyant qu'il était couvert de poussière, lui dit :

— Monsieur l'abbé, vous prendrez bien une pichée.

— Ma foi, oui!

— C'est que vous paraissez avoir fait une longue

trotte.

— De Saint-Pol-de-Léon.

— Maisoui, et sans me reposer. Oh! J'ai l'habitude de doubler l'étape quand... quand le temps est doux, j'adore la marche.

— Monsieur l'abbé, vous ne vous êtes point reposé.

— Point !

— Si j'osais, en attendant, je vous offrirais avec le cidre du lard aux choux...

— Si vous ne me l'aviez pas offert, je vous l'aurais demandé, caj j'ai très-faim, très-faim.

— Je vais'vous servir.

— Point, vous allez manger avec moi.

— Oh! monsieur l'abbé...

J'y tiens absolument et vous me parlerez de la malade.

Parnec, obéissant, fit servir le dîner et se mit en face du faux abbé qui dévorait,

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS

— Dites-iiun, mou ami, qu'est-ce que votre milaue?...

— Ce n'e>t point une malade, c'est une blessée.

— Blessée.

— Oui, tout cela est mystérieux. Voici ce que j'ai pu voir.

Et Farnec raconta à Bizot l'arrivée des deux voyageurs, la disparition de l'un d'eux, puis la visite d'wn inconnu, l'assassinat, et les premiers pansements amenant la découverte que le jeune cavalier était'une femme.

— C'est sinjiulier, du Bizot, très -perplexe, car s'il lui était égal de faire l'abbé près dune petite paysanne mourante, il craignait de ne pas réussir à en tromper une qu'il soupçonnait être de haute naissance.

La nuit tombait lorsqu'une servante entra et dit que la blessée, qui venait de s'éveiller, demandait le prêtre.

11 n'y avait plus »à hésiter. Bizot prit son parti et monta.

11 entra dans la chambre et ferma la porte derrière lui.

Un suif fumeux jetait sa clarté sur la malade ; dès que Bizot l'eat considérée, il recula étourdi. Puis, par un effort de sa volonté, se domptant, il marcha droit et grave jusqu'à la lumière, la prit et la mit sur un meuble, de façon à rester dans l'ombre, et amenant un siège près du chevet de la mourante, il dit gravement :

— Ma lille, priez... puis je vous écoute !

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