LA TURMOLE ET MADEMOISELLE A.TPENA1S DU THEIL
(sinte).
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— .Je n'ai rien à répondre, dit Caroline, si vous êtes malheureux, c'est à vous seul qu'il faut vous en prendre, quant à moi, je me trouve bien de la vie devant laquelle j'ai reculé tant que j";ai p,u et où vous m'avez jetée vous-même, et j'y reste.
Dumoulin ne répliqua pas, mais .sa figure qui s'assomljrissait do plus en plus faisait redouter quelque résolution funeste.
La Turmolc, qui ne le quittait pas du regard, était en proie à une vive inquiétude, quand la petite porte par laquelle était entré le clerc s'ouvrit tout à coup, et Taboiu-eau parut.
— Bonjour, mes enfants, bonjour, tout le monde, s'écria l'homme d'affaires en saluant rapidement.
Puis s'adressant à Dumoulin :
,— Ah ! vous voilà, désolé de vous avoir fait attendre.
Puis .^'adressant à la Turmole :
— J'ai pris la liberté de donner rendez-vous ici à M. Dumoulin, d'abord parce que l'affaire dont j'ai à l'entretenir est pressée, ensuite parce que cette affaire vous intéresse autant que moi, et enfin parce que j'avais en même temps à dire deux mots à madame Toussaint.
-^ Ah ! dit vivement celle-ci, le ina,lade ?...
— Est décidément fort malade et a le plus grand besoin de vos soins.
— Quand faut-il me rendre près de lui ?
— Demain matin.
.TT7; Son a(ii;çs.se ? ;
. — M. Vautreau, chez M. Hervieux des Roches, rue d'Aumale.
— J'y serai demain, à huit heures,
— Vous y verrez fréquemment M. Hector liervieux, son neveu, et M. Ba^rigoul, aoi^ anii, avec , lesquels vous aurez à vous ciitei^dre, ;.',,-^;,i;,.i ; fi -
— Foit bien. , .
— La boutique est libre en ce moment? demanda Taboureau à la Turmolc.
— Kt il n'y vicntlra plus, personne à cette heure, répondit la Turnuple, elle est à votre disposition,.
— Voulez-vou.s y passer avec moi, moQsi,euL; Dur, moulin?
Le clerc répondit par un signe affirmatif et tous deux se rendirent dans la boulic[ue.
-^ Vous avez quelque chose c[ui vous t9,quine, n'est-ce pas? dit Taljoureau en s'asseyant
— Je suis malheureux, répondit Dumoulin.
— Oui, c'est votre femme qui vous tient au cœur ; je ne l'ai jamais vue si jolie que ce soir, on dirait qu'elle le fait exprés.
— Ah ! monsieur Taboureau, qiiand je songe à ce qu'elle était quapd .je l'ai prise et à ce que j'en ai fait, j'ai l'âme déobiiée de reniords. La première . fois que je la vis, c'était daaïs un jardin, la tête appuyée contre un arbre elle semblait rêvgr, et jl y ^ avait dans sa mise tant de grâce et do chasteté, dan.s ses traits tant do pureté, do fraîcheur,, d'innocence et de mélancolie qu'on était tenté de s'agcnouillei-.^. devant elle et de l'adorer corn me le type le plus parfait de kt J3e£^uté dans \i\ candeur. C'était un ange plutôt qu'une femme, et aujqurd'hui ^ç§ .ailç^ , sw^., tombée.s,dan.s la fange, et c'est moi, moi, seul- qjui 3i commis ce crime irréparable. ..,,>,.
— Bah ! dit Taboureau, son cçpur était pur, JQ le veux bien, mais le germe du mal s'y trouvait déjà, soye?-en sûr, et il n'attendait qu'un .squf fle.-.'faYOrable'pour être fécondé„ ne parlons (iop,'c.pJ,tv^ cl^,, vos remords qt occupons-nous çlq TafJ'a^ce poi^.^ laquelle je vous ai donné rendez-vous. ;,„,.
— Je ne sais quelle, eçt cette, atïa4;'e, iT^i^js çlle me fait trembler d'avance. ,. ., : ,..;.,, .■..,
— Parce que vous vous exagérez tout. . .,;,
— Enfin de quoi s'agit-il? , ^^,y[
— D'améhorer votTC positioJjL^-jjjy. > „,r,i(j[ ,„->y; Dumoulin tressaillit. ri-:'i',>'<A\r,ii\ lyvyirnn
— Je comprends, dit-il, il faut quitter f étude çtç maître Dubruel. , f-
— Pour entrer dans celle do maître Duyal, en , qualité de maitre clerc et avec trois mille six cqi-\ts francs d'appointements, au lieu de deux mille quatre,^ cents que vous avez aujourd'hui; n'y a-t-il p£\'s^J^., de quoi se Ué.soler ? . ■ ,■ ,,',y.
Soit, je vous obéirg-i, puisque je sui,s à y^J^çq dj^'r,,.; crétion, dit Dumoulin en pâlissant; mais, je veux ■ savoir ce que vous exigez de moi, queil.? iinuïitje vous aurez à. me demander, une fois iUjStt}|Ié ciioz maître Du val. . .,. .,'iii..,!, v-u
— Je ,ne puis voy^; dire encore aujourd^'livi^fuel genre de service' vous pourriez me rendre, pa^i^ja raison que jç l'ignorQ^pioirmème ; mais rassurezvous, il n'y aura pas d'iufamie.
— - M. Taboureau, dit lo clerc d'une voix sombre, depuis que je suis onlre vos mains je marche dans les ténèbres, et à chaque pas je me rapproche du pi-ocipico où vous mo poussez sans relâche et sans pitié; mais le vertige s'empare peu à peu de mon esprit, tout cela finira par cjnelquc catastrophe terrible, l'oudroyantc dans laquelle j'entraînerai peutêtre une victime; laquelle V je ne sais, vous, peutêtre.
— Allons, allons, calmez-vous, mon cher monsieur Dumoulin, et ne manquez pas do déclarer •lemain à maître Dul)rael que vous le quittez à la lin du mois, c'est-à-dire dans huit jours.
— J'obéirai.
Il se leva brusquement et se dirigea vers la porte de la rue.
— Vous ne dites pas adieu à Mme Turmole, lui dit Taboureau.
— Non, je reverrais Caroline et je ne sais ce que je ferais. Adieu.
— A bientôt.
Taboureau rentra dans l'arrière-boutique en se frottant les mains.
.A.U moment où le baron de Bliniére .sortait de elicz la Turmole en lui laissant, comme nous l'avons vu, des témoicnages de sa munificence, mademoiselle Athénaïs du Theil rentrait chez sa mère.
Elle était si émue, ses traits étaient si pâles et si attérés, que sa mère en fut effrayée et lui demanda avec inquiétude ce qui lui était arrivé.
Rien, rien, répondit la jeune fille d'une voix brève et en routrissant tout à coup.
— Tu ne veux pas le dire, mais tu as quelque ciiose, dit la marquise en la forçant à s'asseoir, tes mains sont brûlantes et tes yeux ont l'éclat de la lièvre.
— (Test que... c'est que j'ai marché vite, répondit Athénaïs qui semblait chercher ses paroles, comme si la mémoire lui eût manqué à chaque mot.
— Je crains que tu ne me caches quelque chose, dit la marquise en couvantsa fille d'un regard plein de tendresse.
Puis elle s'écria tout à coup :
— Mon Dieu ! aurions-nous à redouter quelque nouveau malheur? nous resterait-il encore quelque épreuve à subir ? ce serait horrible, car nous avons bien souffert, mais si cela était, dis-moi tout, mon enfant, ne garde pas pour toi seule une souffrance que nous trouverions la force de supporter à nous deux, mais qui te briserait le cœur si tu voulais t'y renfermer.
Athénaïs détourna la tête pour éviter le regard de sa mère et elle balbutia à voix basse :
— n n'y a rien, rien.
Puis se levant aussitôt.
— Je n'ai besoin que de repos, dit-elle, je vais me mettre au lit.
— Va, mon enfant, va, lui dit la marquise. Athénaïs se retira dans sa chambre.
Dés qu'elle fut seule elle tomba à genoux près de son lit et voulut prier; mais une pensée inexorable
obsédait son esprit et venait sans cesse intorromi)ro sa prière.
Après un long silence elle se releva, lit plusieurs pas dans sa chambre, en proie à une agitation toujours croissante, puis portant la main à son front et fixant devant elle un regard effaré :
— Qu'ai-je fai(, mon Dieu! qu'ai-je fait? murmura-t-ello avec un accent désespéré.
Tout à coup elle frissonna.
On i'rai)puit à la porto du palier.
— Qui peut venir à cette heure? dit-file. i Elle écouta et reconnut la voix do la concierge. Puis celle-ci se retira, la porto se referma sur
elle, et cinq minutes s'écoulèrent dans le plus profond silence.
Remise du vague sentiment de crainte qu'elle avait éprouvé sans se l'expliquer, Athénaïs commençait à .se déshabiller quand elle entendit sa mère l'appeler d'une voix émue.
Redoutant quelque accident, elle ouvrit rapidement sa porto et s'élança vers la marquise. Elle trouva celle-ci une lettre à la main, et dans un tel état d'exaltation qu'il était impossible de deviner si cette émotion avait pour cause une grande joie ou ime immense douleur.
— ( irand Dieu ! ma mère, qu'avez-vous donc ? lui demanda la jeune fille saisie de crainte.
Avant de répondre la marquise l'attira à elle, la pressa avec force dans ses bras, puis, essuyant ses larmes :
— Oh ! ma chère enfant, balbutia-t-elle d'une voix à peine intelligible, si tu savais ce qui nous arrive !
— Parlez donc, ma mère, je vous en supplie.
— Mon enfant, rien ne s'oppose plus à ton mariage avec M. Cliambon.
Athénaïs frissonna et on eût dit que ses jambes fléchissaient sous elle.
— Tu ne me crois pas, n'est-ce pas ? reprit la marquise, interprétant ainsi le .silence de sa fille, eh bien, écoute cette lettre.
Elle lut ce qui suit :
« Madame la Marquise,
» J'ai l'honneur de vous faire part qu'une per- » sonne qui ne se nomme pas, vient de faire déposer » entre mes mains une somme de quatre-vingt-cinq » raille francs pour vous être remise à titre de res- » titution. Je vous prie de vouloir bien passer à » mon étude pour y prendre ce dépôt.
» Agréez, madame la marquise...
» Maître Duval, notaire.
» 5, rue de la Ferme-des-Mathiuins. »
— Eh bien, que dis-tu de ce coup de la providence? dit la marquise en relevant sur sa fille des regards raiis.
Mais Athénaïs semblait pétrifiée, muette, immobile, la tête penchée sur la poitrine, elle semblait ne pas comprendre les paroles de sa mère.
LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS
Marie-Reiiie resta seule agenouillée sur la tombe.
. — ^lon enfant, lui dit celle-ci avec inquiétude, cst-CG que tu ne m'entends pas ?
-^ Oui, oui, ma mère, répondit celle-ci avec un sourire qui contracta ses traits, c'est la fortune, c'est mon mariage.
— Et tu es heureuse, n'est-ce pas ?
— Oh ! bien heureuse, dit Athénaïs avec un sourire plus navrant que l'explosion du désespoir.
— Oui, oui, je vois ce que c'est, dit la marquise en souriant, c'est la surprise, c'est l'excès de la joie qui te rend ainsi.
— C'est cela, ma mère.
— Eh! bien va dormir et nous reparlerons demain de notre bonheur.
Athénaïs embrassa sa mère avec une tendresse frénétique, puis elle s'élança dans sa chambre, les traits défigurés et les membres agités d'un tremblement convulsif .