‹ La belle histoire de Geneviève, ornée de dessinsChapitre 14 sur 41 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SEVERUS. — GÉRONTIA

La nuit suivante. Severus et Gérontia dorment dans leur chambre qu'éclaire un rayon de lune. — Geneviève dort aussi dans la chambre voisine. — Soudain Gérontia se dresse sur son séant et touche à l'épaule son mari étendu près d'elle.

GÉRONTIA, appelant. — Severus !

Severus, tiré du sommeil. — Qu'y a-t-il? Tu es malade?

GÉRONTIA. — Non. Es-tu bien réveillé?

Severus. — Tout à fait.

GÉRONTIA. — Tu m'écoutes?

Severus. — Oui.

GÉRONTIA. — Je viens d'avoir, à l'instant même, un songe. Non, pas un songe. Une \ision... Non plus, puisque je n'ai rien vu..'. Comment dire? Une audition ! C'est bien cela. Une voix m'a parlé.

Severus. — Une voix? Une voix comment? Jeune? Vieille? D'homme? D'enfant? De femme?

GÉRONTIA. — De jeuAe homme, grave, ferme... et mélodieuse, à croire que c'était de l'or qui résonnait, qui vibrait, qui parlait.

Severus. — Bah? Tu es sûre de cela?

GÉRONTIA, — Absolument.

Severus, — Tu l'as rêvé !

GÉRONTiA. — Non.

Severus. — Puisque tu donnais.

GÉRONTIA. — Sans doute. Mais quand la voix s'est élevée, ce n'était pas en rêve. Je ne dormais plus.

Severus. — Et que disait-elle, ta voix? Tu l'as retenu?

GÉRONTIA, — Mot pour mot (Imitant la voix.) • Gérontia ! Dieu a eu pitié de ton repentir ! •

Severus, saisi. — Dieu?

GÉRONTIA, inclinant la tête. — Oui. (Continuant.) « ... Commande à ta fille d'aller tout de suite s'agenouiller au bord du puits qui est dans le jardin, et d'y prier toute la nuit. Quand poindra l'aube — qu'elle prenne de l'eau du puits — dans le creux de ses deux mains — et qu'elle te l'apporte. — Avec cette eau... (Géroniia s'arrête^ comme suffoquée paru qui lui reste à dire.)

Severus. — Avec cette eau?... Continue...

GÉRONTIA. — ... Baigne- toi les yeux...

Severus. — Ciel ! Je n'ose deviner !

GÉRONTIA. — ... et tu reverras la lumière ! »

Severus. — La voix a dit cela?

GÉRONTIA. — Sur mon âme, sur mon salut, elle l'a dit.

Severus. — Et après?

GÉRONTIA. — EUe s'est tue. Je l'ai interrogée. Je lui ai demandé : « Est-ce tout? » Pas de réponse. Alors, je t'ai réveillé! Qu'en penses-tu? Moi, j'ai mon idée ; C'est la voix de l'Ange.

Severus. — Mais om !... l'ange de Geneviève ! Il faut faire ce qu'il dit sans perdre une minute ! Ah ! Gérontia ! ma femme ! ma bien-aimée ! Si tu retrouvais tes yeux ! tes beaux yeux, tes chers yeux qui me regardaient dans le temps... Lève-toi. Je vais t'aider.

9i LA BELLE HISTOIRE DE GENEVIÈVE

GéRONTiA. — Tu es bien d'avis, vraiment, d'envoyer Geneviève?

Severus. — A l'instant, mon amie ! On dirait que tu doutes?

GÉRONTIA. — Non. Et pourtant, je sais bien que depuis un an le puits est tari, desséché, qu'on n'y trouverait pas ime goutte ! y

Severus. — L'ange a dit : « Qu'elle prenne de l'eau du puits, » Ça me suffit. Il y en aura. Ma confiance est illimitée ! Et la tienne?

GÉRONTIA. — Plus grande encore... aveugle !

Severus. — Mais tu ne parais pas bien te rendre compte? et ta froideur m'étonne 1 As-tu pensé que dans quelques heures, demain matin, tu peux revoir? tout revoir? Il y a là de quoi ravir, ou terrifier 1 Moi j'en suis fou!

GÉRONTIA, — Si, je me rends compte. Mais j'ai tant espéré, désespéré, souffert et renoncé, que rien à présent ne m'émeut plus. Il en sera ce que Dieu voudra. Réveille Geneviève.

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