SCÈNE IV
Les mêmes, moins L'INSPECTEUR
Dellia, épouvantée. — Les soldats !
(L'assistance est muette d'effroi.)
Le Médecin, dont la voix tremble un peu. — N'ayez donc péLS peur. Puisque je suis là.
Dellia. — S'ils l'enlèvent de force?
Le Médecin, sans grande conviction. — Mais non. Et puis, d'ici ce soir, il peut se passer tant de choses 1 Elle peut, d'abord, mourir pour de bon...
Dellia. — Ah !
(Emotion générale.)
Le Médecin. — Ce qui réglerait tout I... Et aussi, très bien se réveiller !
Un Assistant. — Mais oui.
Un Autre. — Tout d'un coup. Et s'asseoir, a Bonjour 1 »
Dellla., abattue. — Je n'y compte plus. Et si elle ne s'éveille pas? Que ferons-nous?
Une des jeunes Filles, à sa compagne. — Prions, ma sœur ! Prions !
(Elle se jette à genoux, l'autre aussi.)
Un Boucher, s' avançant. — Écoutez? Moi, je crois aux anciens dieux.
Dellia. — Malheureux !
Le Boucher. — Chacim sa croyance. J'y crois. (A Dellia.) Un conseil : Féiis donc un joli sacrifice... Un agneau? (Engageant.) Ah ! si tu savais !
Dellia. — Laisse-moi tranquille.
Le Boucher. — Ou deux colombes frisées.
Delll\. — Ne m'offense pas.
Le Boucher, renoftçani. — Tu as tort. Le sang piaît aux dieux.
Un petit Vieillard bossu. — Pour moi, ce n'est pas une maladie qu'elle a.
Le Médecin. — Mais si, et je vous ai dit laquelle : le délire mélanco...
Le Bossu. — Non. C'est ime espèce de démon qui est
enfermé dans son corps et qu'il faudrait chasser, par des imprécations.
Le Médecin, haussant les épaules. — Imbécile !
Un Cultivateur. — A une Ueue, dans un grand espace découvert, sous une tente plate et brune, moi je connais un Arabe qui guérit par les serpents. Des serpents qu'il porte autour du cou. Je vais le chercher. (Pendant qu'il dit ces mois, un homme qui les entend paraît sur le seuil, au fond. Il est dans la force de l'âge, maigre avec une barbe déjà grise. Enveloppé d'un manteau et couvert de poussière, il a un bâton de route à la main.)