‹ La belle histoire de Geneviève, ornée de dessinsChapitre 30 sur 41 · LES AILES DE L'ANGE · texte numérisé non relu

LES AILES DE L'ANGE

Le soir tombe. Devant la porte, restée grande ouverte, de l'église Saint-Etienne vide, Geneviève Prie, sur le parvis, face à l'entrée.

Geneviève. — ...et s'il est vrai, mon Dieu, comme vous m'en avez avertie par la voix de Proxime, que cette ville soit épargnée, je vous adore et je vous rends grâces, et je me prosterne en vous jusqu'au jugement dernier. Disposez de votre ser\'antel

(Proxime apparaît aussitôt, immobile. Tout de blanc vêtu, de la tête auv pieds, sans qu'cni puisse dire si ce qui l'habille est une vapeur, un tissu, un réseau de lis, un nuage d'argent, un tnanteau de neige, un rayon de lune... il se tient debout. Aussi blanches que son corps éblouissant ei de même taille que lui, attachées à ses épaules par des cartilages d'or et des muscles de diamantt ses deux ailes tombent tout droit et touchent le sol de leur pointe semblant deux harpes, contre lesquelles l'ange, adossé, s'appuierait.

Proxime, parlant à Geneviève. — Lève-toi, Tout n'est pas fini,

Geneviève, se levant, sans être étonnée. — Que dois-je faire?

Proxime, — Aller voir Attila.

Geneviève. — C'est nécessaire?

Proxime. — Indispensable.

Geneviève. — J'irai. Et que lui dirai-je?

Proxime. — ...Et tu lui diras qu'il s'en aille, que c'est la volonté de Dieu.

Geneviève. — Je le lui dirai.

Proxime. — Et il s'en ira.

Geneviève. — Où est-il, cet Attila?

Proxime. — A deux marches d'Aureliani.

Geneviève. — Quand dois-je partir?

Proxime. — Tout de suite.

Geneviève. — Quand dois-je arriver?

Proxime. — Tout de suite.

Geneviève. — Comment dois-je y aller?

Proxime. — Par les airs.

Geneviève. — Comment vais-je voler?

Proxime. — Je t'emmène.

Geneviève, à la fois rassurée et tremblante. — Ah ! Proxime !

Proxime. — As-tu peur?

Geneviève. — Avec toi? Je ne crains rien.

Proxime. — Alors, pourquoi ce soupir?

Geneviève. — C'est que voir Attila m'afflige. Ne pourrais-tu pas... dis-le-moi... y aller tout seul?

Proxime. — Eh bien? et toi? pendant ce temps?

Geneviève. — Je t'attendrai ici, la face contre terre.

Proxime. — Impossible. Nous sommes liés l'un à l'autre. Tu ne peux pas te déplacer sans moi ; ni moi sans toi ! Défense à l'Ange Gardien, même pendant l'éternité de la moindre seconde, de quitter celui qa'il garde ! Ainsi, nous irons ensemble voir Attila.

Geneviève. — Enfin... je ne serai pas seule.

PROxniE. — Mais tu le pîiraitras.

'Geneviève, effarée. — Ah?

Proxime. — Je dois rester invisible. (Avec décision.) A présent, il faut partir. Avant que je les déploie, prends mes ailes. (Geneviève, légèrement inclinée derrière Proxime, étend les bras sur le haut des ailes et les prend de chaque main.) Tu les tiens?

Geneviève, émerveillée. — Non... Mais... c'est elles qui me tiennent !

Proxime. — Je les ouvre ! (En un ébrouement d'immense envergure et qui fait du coup, jusqu'aux banlieues, clapoter la Seine et se courber les peupliers, et le long des quais danser les gabares, l'Ange s'enlève avec Geneviève; et de sa voix d'argent qui a le son de la trompette, il lance en montant : Gloria !)

Geneviève, qui continue. — ...in excelsis...

L'Ange, qui achève. — ...Deo !

(Ils disparaissent.)

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