‹ La belle histoire de Geneviève, ornée de dessinsChapitre 31 sur 41 · ATTILA · texte numérisé non relu

ATTILA

Le camp d'Attila, au petit jour, en mai, dans la campagne un peu après Augustohona (i).

Isolée et séparée du camp par une triple et haute palissade de bois épais et pointus, la tente royale, vaste et basse, couvre le sol sur une grande étendue circulaire. Elle est en soie noire doublée de cuir et brochée de zigzags d'or. Elle a l'air de recouvrir, comme une bâche, on ne sait quelle horreur : monceau de cadavres jetés pêle-mêle ou débris fumants... quelque chose de sinistre que l'on voudrait cacher; elle interdit de regarder ce qu'il y a dessous... et elle en donne l'affreuse envie. De temps' à autre ses parois remuent, se soulèvent, par places, comme si des gens, en marchant, la repoussaient de leur front qu'elle écrase. Elle peut contenir cent personnes. Elle n'a pas d'autre ouverture que celle, très étroite, par oii il n'est possible d'entrer qu'un par un. Elle est constamment veillée tout autour par des hommes d'élite, au torse nu, qui debout tiennent chacun, droits dans leurs poings

(i) Troyes.

comme si c'étaient des flambeaux, deux couteaux, et ils ont les paupières à moite coupées, afin qu'ils ne puissent pas s'endormir. Près de l'entrée, en haut d'une perche plantée en terre, pend un « régime » de crânes enfilés par les orbites dans une corde d'or.

A l'intérieur de la tente éclairée seulement par une flamme verte qui brûle en sautillant dans un grand coquillage posé à terre, Attila, vêtu pour la nuit de guenilles d'or et d'argent, étendu sur un lit de roseaux recouvert de peaux de lion, écoute, accoudé, le menton dans son poing, le bouffon Zercon qui s'incline, avec des soupirs d'humilité.

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