LE VASE DE SOISSONS
A Lutèce, au Palais des Thermes, en 511. Une aprèsmidi de mai.
Elevées dans toute leur longueur sur un souterrain à deux étages, les deux ailes de l'édifice embrassent un large espace où sont compris de magnifiques jardins, ordonnés à la mode d'Italie et descendant en pentes et en terrasses sur la rive gauche de la Seine, jusqu'à ses bords. Au delà de l'aile droite, les bois des Arènes entourent un ancien cirque romain. Au delà de l'aile gauche et de ses verdures naissantes s'étend un champ de Mars borné sur un de ses côtés par les arches de l'aqueduc qui amène aux Thermes l'eau d'Arcueil.
Dans une chambre des « Grands Appartements », située au premier étage, se trouvent réunies trois personnes : une femme aux cheveux blonds, la reine Clotilde, une femme aux cheveux blancs, Geneviève, et un homme aux cheveux bruns tirant sur le roux, dans toute la force de l'âge et l'éclat de la beauté virile, et le front ceint d'un étroit bandeau d'or, incrusté de camées : c'est le roi Clovis.
Assises sur de hauts tabourets, les deux femmes sont ins-
taUées à un très grand métier de cèdre, ayant presque les mêmes dimensions qu'une des parois de la chambre, et côte à côte, elles travaillent à la même tapisserie.
Cette tapisserie, en cours d'exécution, représente seules ment encore la hase d'un monument dont le dessin architectural, entier et achevé, est tracé sur le mur où il sert de modèle — ce qui permet de voir que c'est une église.
A portée de la main des augustes ouvrières, pendent de nombreux écheveaux de soie et de laine, de fils d'argent et d'or glissant sur les tringles de bronze où ils sont rangés.
A peu de distance et en face de la baie à balustrade donnant sur les jardins, le roi Clovis est assis dans une chaise curule aux pieds et aux bras de marbre rouge.
Des harpes font entendre dans la pièce voisine un mélodieux murmure. Du même geste, les deux femmes, muettes, promènent l'aiguille de corail. Par moments, le roi rompt le silence et prononce quelques mots... et puis, il songe, agaçant et flattant tour à tour deux oiseaux apprivoisés qui, près de lui posés flanc contre flanc sur le même perchoir, y vivent en parfait accord : un faucon et une colofnbe.