‹ La belle madame ColetChapitre 11 sur 120 · Œuvres de M™" Louise Colet. Préface · texte numérisé non relu

Œuvres de M™" Louise Colet. Préface

Chateaubriand quelques pièces de vers : elle aimait à préluder ainsi, par l'envoi d'alexandrins, à ses conversations avec les grands hommes du temps. Voici la lettre qu'elle reçut en retour :

Paris, 7 octobre 1835.

(( J'ai été. Madame, sensiblement touché de la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire. Si j'étais cet astre que vous annoncez dans une si belle poésie, je craindrais de tomber du ciel par orgueil, comme on raconte que cela est arrivé jadis à l'étoile porte-lumière. Mais, Madame, je ne dois prendre vos éloges que pour le songe brillant d'une femme jeune, belle, et poète. Permettez-moi toutefois de vous dire, avec ma vieille expérience, que vous louez beaucoup trop le malheur; la peine ignorée vous a dicté des stances pleines de charme et de mélancolie ; la douleur connue n'inspire pas si bien. Ne dites plus :

« Laissez des jours de joie à des mortels obscurs.

« Il faut maintenant prier pour vous-même, Madame. Quant à moi, je demande au ciel qu'il ne sépare jamais pour vous le bonheur de la gloire*.

«. Chateaubriand. »

Cette lettre, où un sens critique plus aiguisé eût discerné sans peine le vague et la banalité de l'éloge, n'en remplit pas moins le cœur de M"'^ Colet d'une joie orgueilleuse. Comme Chateaubriand, sans marquer grand enthousiasme, ne se dérobait cependant pas d'une manière absolue à une entrevue sollicitée par sa correspondante, celle-ci se rendit chez lui. L'idée d'être admise tout à l'heure en présence de « René » lui inspire des phrases nombreuses, au rythme ample et balancé :

« Je ne saurais peindre le sentiment que j'éprouvais en approchant de cette demeure calme et isolée, d'oii le génie domine de toute

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