Œuvres de M"« Louise Golct. Préface
sa grandeur et de toute son unité les mille talents confondus qui se heurtent dans la grande ville. M. de Chateaubriand est pour moi l'homme du siècle ; j'étais émue en face de cette majesté du génie *. »
A peine rentrée chez elle, confiante dans l'impression produite, la jeune femme reprend sa bonne plume et prie le grand écrivain de bien vouloir accepter le parrainage de son recueil de vers. Hélas I elle essuie un refus ; mais ce refus était formulé d'une manière qui lui paraît si flatteuse qu'elle n'hésite pas à publier, en tête du volume, la lettre de son illustre correspondant. Chateaubriand, d'un geste poli, la renvoyait à quelqu'un de ses collègues en lettres, Lamartine ou Victor Hugo. « Voyez à la porte en face, semblaitil dire ; vous y serez certainement bien accueillie. » Et lui-même refermait doucement la sienne.
!. Œuvres do M"« Louise Colct. Préface.
Paris, 23 novembre 1835.
« Je serais heureux, Madame, de pouvoir faire ce que vous désirez; par malheur, je suis bien loin d'avoir l'autorité que votre politesse me veut bien accorder, et je n'ai pas la présomption de me croire un juge dont le public adopte les arrêts. S'il ne s'agit que de mon opinion particulière, je pense qu'une femme qui a écrit la Consolation à un poète américain^ V Elégie sur un vieux père mourant^ a droit à tous les suffrages. Mais, Madame, ce sont les poètes qui doivent annoncer un poète. Choisissez parmi ceux qui ont de la gloire ; ils tiendront à honneur de prédire la vôtre'. »
Le volume parut, et ne fit pas grand bruit. Bien que le métier de poète fût alors peutêtre moins improductif qu'aujourd'hui, la publication de ces stances et de ces élégies n'améliora guère le budget du ménage. Aussitôt, avec un courage dont il faut lui savoir