Ce qu'on rêve en aimant, p
qui tout semble avoir été littérature, eut du moins, dans sa petite enfance, son heure de sincérité. Mais là-dessus l'histoire est muette. Sur M"'® Colet, petite fille, nous savons très peu de chose. Il est à croire qu'elle fut une jeune provinciale comme beaucoup d'autres, en qui rien ne faisait prévoir la destinée tapageuse que lui réservait l'avenir.
Elle-même, pourtant, eut de très bonne heure le sentiment de sa vocation poétique. A dix ans, elle rimait déjà, et le peu de cas que faisait de ses vers une famille au sens obtus, fermée à l'admiration de son naissant génie, fut une des amertumes essentielles de ses jeunes années.
Les oncles, tantes, cousins, étaient plus réfractaires à l'emballement que ne devaient l'être plus tard Chateaubriand, Victor Hugo et Flaubert, Le « jeune alcyon » ne parvenait pas à capter i'allention d'une de ces sociétés de petites villes où le dénigrement s'exerce
volontiers sur tout ce qui ne porte pas l'estampille de Paris.
Sauf peut-être sa mère, personne ne voulait s'apercevoir que le front de la jeune Louise fût marqué pour cette couronne de laurier qu'elle maudit avec des accents tragiques, en la comparant à la couronne d'épines posée au front du Christ. Il arriva même plus d'une fois à quelque parent, agacé par ses attitudes d'inspirée, de rabattre sans pitié son caquet. Tant d'injustice lui arracha, naturellement, une plainte rimée :
... Jeune aiglon, on a coupé mes ailes,
On a ravi mon vol aux sphères éternelles.
Pour me faire marcher ici-has en rampant !
Si la Muse, parfois, vient visiter ma route.
Mon chant meurt sans écho, personne ne l'écoute ;
Et l'hymne inachevé en larmes se répand ^ !