‹ La belle madame ColetChapitre 30 sur 120 · Quarante-cinq lettres de Béranger · texte numérisé non relu

Quarante-cinq lettres de Béranger

(( M""^ Récamier n'avait aucun reste de beauté, mais une expression enchanteresse dans le sourire et le regard. Ce fut au mois de février 1841 que je la vis pour la première fois ; mon nom avait à cette époque quelque retentissement dans les journaux. M"'® Récamier désira me connaître et me fit écrire à plusieurs reprises par M. Ballanche...

«... Dès le premier jour, M™® Récamier m'inspira un profond attrait. Nous nous liâmes d'une amitié très vive, malgré la différence d'âge. Elle voulait sans cesse m'avoir auprès d'elle, elle aimait, disait-elle, quoiqu'elle les redoutât parfois, ce qu'elle appelait mes boutades de sauvage. Si la distance qui nous séparait — je logeais alors près de Montmartre — m'empêchait de la voir pendant quelques jours, elle me faisait écrire par M. Ballanche ou Ampère de venir bien vite. Quand elle était à Auteuil ou à Passy, elle m'engageait pour y passer des journées entières. Elle me disait : Si vous étiez libre, je vous demanderais de ne pas me quitter ; votre vivacité, vos enthousias-

mes, et vos indignations mêmes me rappellent M"^^ de Staël \ »

J.-J. Ampère écrit à M™^ Colet à propos de vers sur Benjamin Constant, qu'elle venait de lui envoyer :

« Madame,

« J'ai reçu vos beaux vers avant-hier soir et je les ai lus hier à M"^^ Récamier et à M. de Chateaubriand. M. de Chateaubriand a dit : « c'est très beau )>. M""^ Récamier et moi avons ressenti aussi une vive admiration. En même temps M""^ Récamier a été extrêmement touchée de plusieurs passages oi^i elle trouve ainsi que moi que vous avez, madame, exprimé avec un rare bonheur le charme intime de l'ami qu'elle regrette si profondément. Nous trouvions aussi que l'ensemble de la composition a un caractère harmonieux et poétique, un tour d'imagination antique, un nombre et une

1. Louise Colet. L'Italie des Italiens, H, p. 315 et suiv. {Dentu, 1864).

grâce qui eussent plu particulièrement à celui que vous célébrez. Je vous transmets bien sincèrement et bien fidèlement, madame, l'impression que vous avez produite. Vos vers sont destinés à un succès plus étendu, mais peutêtre celui-là aura-t-il son prix à vos yeux *. »

Entre les deux amies les confidences, concernant le présent pour l'une, pour l'autre le passé, ne tarissaient pas. Un soir, en se promenant avec M"^® Golet dans le couvent des Augustines, rue de la Santé, oii M"'® Récamier faisait un séjour, elle s'écria, à propos de Benjamin Constant :

« Oui, il avait toutes les délicatesses des cœurs tendres, il savait aimer, je vous l'atteste ! Je l'ai fait souffrir dans la vie ; je l'aime à mon tour dans la mort, et je veux le défendre. Tout ce que vous venez de me dire me donne la certitude que vous parlerez de lui avec vérité. Nous lirons ses lettres ensemble.

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