‹ La belle madame ColetChapitre 46 sur 120 · Correspondance^ V série, p · texte numérisé non relu

Correspondance^ V série, p

d'attraction semblait à M"'^ Colet trop pur pour être croyable ; sa jalousie soupçonne, là derrière, quelque raison qu'on n'avoue pas.

« Je t'ai toujours dit toute la vérité et rien que la vérité, — lui écrit Flaubert le l"octobre 1846. — Si je ne peux pas venir à Paris, comme tu le désires, c'est qu'il faut que je reste ici. Ma mère a besoin de moi, la moindre absence lui fait mal, sa douleur m'impose mille tyrannies inimaginables, ce qui serait nul pour d'audres est pour moi beaucoup. Je ne sais pas envoyer promener les gens qui me prient avec un visage triste et les larmes dans les yeux. Je suis faible comme un enfant et je cède parce que je n'aime pas les reproches, les prières, les soupirs; l'année dernière par exemple j'allais tous les jours en canot à voile, je n'y courais aucun risque, puisque, outre mon talent maritime, je suis un nageur de force assez remarquable; eh bien, cette année, il lui a pris une idée d'avoir de l'inquiétude, elle ne m'a pas prié de ne plus me livrer à cet exercice

qui pour moi et par les fortes marées comme maintenant est plein de charmes ; je coupe la lame qui me mouille en rebondissant sur les flancs de l'embarcation, je laisse ma voile qui frissonne et bat avec des mouvements joyeux, je suis seul, sans parler, sans penser, abandonné aux forces de la nature et jouissant à me sentir dominé par elles; elle ne m'a rien dit là-dessus, dis-je, néanmoins j'ai mis tout mon attirail au grenier et il n'est pas de jour 011 je n'aie envie de le reprendre. Je n'en fais rien pour éviter certaines allusions, certains regards, voilà tout. C'est de même que pendant dix ans je me suis caché d'écrire pour m'épargner une raillerie possible. 11 me faudrait un prétexte pour aller à Paris, et lequel? Au voyage suivant, un second, et ainsi de suite ; n'ayant plus que moi qui la rattache à la vie, ma mère est toute la journée à se creuser la tête sur les malheurs et accidents qui peuvent me survenir. Quand j'ai besoin de quelque chose je ne sonne pas, parce que si cela m'arrive, je l'entends qui court toute haletante dans l'escalier pour venir voir si je ne me

trouve pas mal. Aussi par là je suis obligé de descendre chercher moi-même mon bois quand je n'en ai plus, mon tabac quand j'ai envie de fumer, mes bougies quand les miennes sont usées : encore un coup, pauvre âme, je t'assure que si je pouvais non pas aller à Paris, mais y vivre avec toi, près de toi du moins, je le ferais. Mais.,. Mais... hélas! » *

Louise Colet n'était pas femme à comprendre de semblables raisons. Son intransigeant orgueil admettait avec peine qu'elle ne fût pas en tout et partout la première. Pourtant, comme Flaubert tient bon, elle finit par s'apaiser, et il lui vient alors, pour sceller la réconciliation,des idées que l'on ne saurait qualifier de très délicates : tel l'envoi à Flaubert des * lettres que lui écrivait Cousin, encore amoureux, et dont elle ne décourageait point l'amour. On voudrait que Flaubert se fût nion-

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