CHAPITRE IX
Il est souvent fort difficile, à propos de M"'^ Louise Golet, de faire avec équité leur part soit à l'histoire, soit au roman. Cette femme, inlassablement, mettait du roman dans sa vie ; puis, non moins inlassablement, elle mettait sa vie dans ses romans ; de tout cela résulte un mélange où le biographe a grand'peine à se reconnaître, et oiiM"'^ Colet, sans doute, devait se perdre la première.
Dans ses relations avec Alfred de Musset, nous rencontrons pas mal de ces obscurités et de ces points d'interrogation. Le poète et la Muse (une Muse qui ne ressemblait guère à celle des Nuits) firent connaissance en 1852, le jour oii Musset fut reçu de l'Académie.
Louise Colet,à ce que M""^ Martellet raconte, fit prier Musset de la recevoir, et lui demanda de bien vouloir lire, à la séance suivante, les versqu'elle avait faits sur V Orphelinat du Petit Bourg,
Est-ce le charme des yeux bleus et des boucles blondes qui opéra cette fois encore, comme tant d'autres fois, ou bien Musset n'osa-t-il pas se dérober à la requête d'une femme ? Quoi qu'il en soit, il lut les vers, qui furent couronnés par les Quarante.
Ce service méritait récompense. M™® Colet se lit toute charmante pour le poète, l'attira chez elle, et bientôt s'établirent des relations assez suivies, parfaitement innocentes, à en croire la première strophe de la petite pièce que Louise Colet consacra à Musset au lendemain de sa mort.
Du sein des choses éternelles, Heureux, tu dois te rappeler Nos chastes heures fraternelles En voyant ces larmes couler.
LA BELLE MADAME COLET \ib
On se divertissait — jeux de poètes — à faire des vers ensemble :
Un autre jour c^'était des joutes d^ironie, La Muse nous soufflait en burlesque harmonie Ses triolets moqueurs, ses rondeaux familiers ; [ Courant sus à Tidée et pourchassant la rime, Nous luttions de prestesse en cette vive escrime ; Ah! les bons passe-temps que ces jeux d'écoliers! *
D'après les souvenirs d'une visite au poète des Nuils^ que publia, dans la Revue de France ' M. Eugène Asse, nous pouvons ^nous représenter le Musset de cette époque *
« Ce n'était plus cette image presque d'adolescent, sorte de Chérubin de la Muse, [que David d'Angers nous a conservée dans son admirable médaillon ; mais combien ce beau visage grave, résolu, presque énergi-