‹ La belle madame ColetChapitre 78 sur 120 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le temps passait, mais Louise Colet ne désarmait pas. Il fallait toujours à son talent des couronnes, des louanges à sa beauté. Son salon, moins couru que pendant ses années d'éclat, n'était cependant point encore déserté. Elle n'épargnait rien pour y attirer des hommes qui, souvent, faisaient une apparition, puis disparaissaient pour ne plus revenir.

M™^ Colet, qui depuis longtemps vivait séparée de son mari (le ménage n'était resté uni que très peu de temps), était veuve à la date où nous sommes. Elle recevait beaucoup. Les vendredis soir en particulier étaient

jours d'Académie ; et les réunions du salon de la rue de Sèvres, quoique moins brillantes que dix ans auparavant, avaient pourtant encore de l'éclat. Les défections qui se produisaient dans les rangs des anciens habitués étaient compensées par l'apparition de nouveaux venus. Lanfrey, à cette époque, venait souvent rue de Sèvres. Leconte de Lille A s'y montrait aussi, de même que Baudelaire ; mais ce dernier, mis en fuite par Alfred de Vigny, qu'il détestait, ne devint pas un intime.

Vigny, toujours très assidu, ne causait guère, à ce que rapporte Ignoliis ; il racontait rarement, mais de façon à faire regretter qu'il ne racontât pas davantage. Préault et Babinet l'appelaient « la momie aux longs cheveux d'ardoise ».

Cousin, lui, dont les relations avec Louise Colet se refroidissaient de plus "sahs avoir cessé tout à fait, ne tenant guère à une so-

ciété nombreuse, venait surtout le dimanche. « Quand quelqu'un entrait, il se levait, serrait la main de la dame, ne saluait pas le nouveau venu, et s'en allait solennellement, les mains croisées sur le creux de l'estomac, comme s'il eût porté une bannière invisible \ »

A force de démarches, de peines, d'intrigues, et il faut le reconnaître, à force aussi de persévérance courageuse. M"" Golet parvenait à faire face aux besoins de son ménage et aux frais de ses réceptions. Sa pension, qui avait été portée à 4.000 francs, et ses travaux de plume y suffisaient avec peine, mais y suffisaient cependant : car malgré tout ce qu'il y a de défavorable à dire de cette femme aux amours faciles, il faut lui rendre cette justice qu'elle ne fut jamais vénale. Sans trêve ni repos, elle continuait à bâcler des nouvelles, des articles, qui mettaient quelquefois un

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