L'Italie des Italiens, vol., I. p
et les articles de mode ne suffisant pas à la faire vivre, M"*^ Colet essaya de la littérature d'éducation. Une série de petits récits, Les Enfances célèbres^ fut rééditée, et eut même les honneurs d'une traduction en espagnol.
Ces historiettes écrites du ton précieux et pédant de la littérature enfantine de l'époque mettent en scène de jeunes héros, Du Guesclin. Agrippa d'Aubigné, Turenne, qui se comportent comme de petits vieux, remouchent parents et précepteurs, et font regretter au lecteur de ne pouvoir les ressusciter pour leur administrer le fouet. C'est ainsi qu'on nous montre le petit Agrippa d'Aubigné, âgé de dix ans, sur le point d'être jeté au bûcher comme huguenot, et dansant la gaillarde devant les flammes pétillantes : heureux entrechats qui lui valurent la vie sauve, à lui et à ses compagnons.
Ailleurs, le petit Turenne reprend vertement sa mère à propos d'une leçon d'histoire :
« Le grand, l'héroïque, tiennent de la fable pour ceux qui n'en ont pas l'instinct en soi, répliqua l'enfant. Pour moi, je crois à la vie d'Alexandre. »
M""^ Golet ne donnait pas toutes ses heures [à cette littérature mièvre et innocente. Il lui irestait du temps pour des pamphlets, des portraits de contemporains. Plusieurs sont barbouillés de fiel. Je renvoie le lecteur qui en serait curieux à un ouvrage oii on en trouve à profusion, Les Dévotes du grand monde.
Ces extraits, et ceux que l'on a pu lire jusqu'ici d'autres œuvres de M™^ Golet, suffisent, sans doute, à expliquer le mutisme obstiné de la critique sérieuse, et en particulier de Sainte-Beuve, à l'égard de cette littérature. Mais ce silence offensait l'auteur, qui n'en pouvait pas prendre son parti. A une lettre où elle se plaignait avec amertume à Sainte- Beuve de ce qu'il persistait à ne pas lui faire,
dans les Lundis, la place à laquelle elle croyait avoir droit, elle reçut, datée du 4 juin 1853, la réponse suivante :
« Madame,
« Je ne m'explique pas bien la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire. Il semble,en vérité, que j'aie quelque tort envers vous et envers votre talent. Je ne crois pas qu'il y ait eu quelque décret qui m'obligea parler au public de vos poèmes: et j'ai le droit de trouver vos exigences, madame, des plus étranges. Quoi ! il faut que, sous peine de paraître vous manquer, j'explique au public en quoi je vous admire et en quoi je cesse de vous admirer, là oii je vous trouve de la force et de la puissance, là oii je souffre de ne pas rencontrer la délicatesse et la pudeur qui sied dans l'expression des sentiments î Si comme femme du monde et de la société, vous me demandez des compliments et des louanges, je suis tout prêt à vous en donner, certain, d'ailleurs, que votre talent en mérite toujours
en quelques parties ; si, comme femme de lettres, vous me mettez, comme cette fois, le couteau sous la gorge, pour me forcer à dire tout haut ce que je pense, je me révolte, — ou plutôt je demande grâce, — et je vous supplie, madame, de me permettre de rester poli, respectueux et plein d'hommages pour le talent et la personne en général, sans que j'aie à entrer dans les explications du critique ^ »
Mais M""^ Colet ne se tint pas pour battue. A une nouvelle lettre de récriminations violentes, et même, semble-t-il, de menaces, Sainte-Beuve réplique en ces termes :
« Madame,
(( Vous penserez de moi tout ce qu'il vous plaira de penser, et qui plus est, vous direz et imprimerez tout ce qu'il vous plaira de dire et d'imprimer. Je n'ai qu'une remarque