CHAPITRE XII
Louise Colet luttait vaillamment contre l'âge. Frisant la cinquantaine, elle était encore belle, mais surtout elle était plus que jamais remuante. La littérature proprement dite X l'occupait moins, à présent, que les questions politiques et sociales. A grands cris et à grands gestes, elle protestait infatigablement contre l'Empire, contre le pouvoir temporel du pape, contre la corruption du siècle, contre l'asservissement des femmes. De plus en plus, la Muse devenait virago. En parlant d'elle Barbey d'Aurevilly s'écrie :
« Vanité monstrueuse qui ne décoléra jamais ! qui se posa jusqu'à son dernier jour
sur un trépied de Pythonisse, prête à vous le jeter à la tête, pour peu que vous eussiez seulement contesté l'inspiration ou le trépied!
« Son pédantisme était échevelé, enflammé, sibyllin. Elle avait reçu dans l'esprit cette espèce de coup de tampon que donnent le ciel et la mer du Midi aux imaginations même vulgaires. La sienne l'était, comme sa beauté, qui ne manquait ni d'éclat tapageur, ni d'opulence charnue, mais qui n'avait ni distinction idéale, ni chasteté... C'était une beauté républicaine, taillée pour faire une déesse de la liberté, aux puissantes mamelles, sur les [autels de Notre-Dame, dans ces jours d'orgie •évolutionnaire qui pour elle auraient été des iours heureux... * »
« On n'a pas oublié, dit-il encore, le cra-
Ichat dont un soir, en plein salon, elle étoila le
[visage surpris du capitaine d'Arpentigny,
parce qu'il avait osé vanter devant elle George
Sand... ' »