‹ La belle madame ColetChapitre 88 sur 120 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

M™® Colet avait en effet voué à George Sand une inimitié violente, qui s'étale à toutes les pages de son roman intitulé Lui^ publié à cette époque. Le 20 janvier 1861, George Sand écrivait de Nohant à Sainte-Beuve :

« Mon ami,

« C'est un grand service que je vous demande. Il s'agit d'un conseil à me donner.

«... J'ai fait un roman intitulé Elle el Lui. . . Vous verrez bien vite que ce livre n'a pas été écrit avec amertume, et qu'il est plein du respect du passé, respect du génie, respect de la mort.

«... Ceci a donné lieu à deux répliques pleines de fiel, de grossièreté et d'imposture : un prétendu roman intitulé Lui et Elle., et un prétendu récit intitulé Lui., où une femme de talent et de mérite a oublié ce qu'elle se devait à elle-même pour satisfaire je ne sais quelle haine, dont il m'est impossible de deviner la cause. Je ne lui ai jamais été hostile:

je ne lui ai jamais dit d'impertinences comme elle le prétend ; je n'ai même jamais songé à lui être désagréable. Tout mon tort est de n'avoir pas voulu me lier avec elle, parce que je la trouvais trop littéraire, d'une certaine façon, pour mes goûts et mes habitudes d'esprit *. »

Tant d'agitations, de tapage, de querelles, commençaient à fatiguer les plus zélés admirateurs de charmes désormais un peu ternis, et qui ne suffisaient plus, comme aux beaux jours de Victor Cousin et de Flaubert, à donner l'illusion du génie. Il faut beaucoup de talent, pour que les hommes lui en reconnaissent, à une femme qui a franchi la cinquantaine : le sens critique de ceux qu'avait jadis éblouis une beauté qui maintenant s'en va reprend toute sa pénétration, et l'indulgence attendrie se change en impitoyable

1. Cité par Spoclberg de Lovenjoul dans La véritable histoire d' c Elle et Lui ».

sévérité. Plus de pharmacien enthousiaste pour faire éditer sur vélin, à vingt-cinq exemplaires, les vers de Louise Colet. A part Victor Hugo qui tenait bon, les flatteurs se faisaient rares. Le salon delà rue de Sèvres était moins encombré de gens notoires ; plus d'un commençait à être choqué de ce « moi aux pieds d'éléphant qui se fourraient partout et écrasaient tout * ».

Le séjour à Paris, dans ces conditions, perdait beaucoup de son charme. M""^ Colet prit le parti de voyager : aussi bien, l'Italie, qui venait de faire son unité, ne pouvait guère se passer de sa présence. Mais, pour voyager, il faut de l'argent, et nous savons de vieille date que M""^ Colet n'avait jamais Tescarcelle très bien garnie. Combien d'articles sur les savons et les fards dut-elle bâcler pour amasser la somme nécessaire! « Pour accomplir mon

l. Barbey d'Aurevilly. Les Bas bleus.

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dessein, — dit-elle dans son style moins correct qu'énergique, — je dus subir la glèbe d'un travail sans trêve durant plusieurs mois... 1 )) Enfin elle put partir, et passant par le midi de la France, elle s'arrêta d'abord à Aix pour revoir le berceau de ses jeunes années.

(( Je voulus savoir en quelles mains était tombé l'ancien château de mon père, — ditelle ; — la mort avait pris toute ma famille, et l'on m'apprit que ces biens si chers avaient été vendus à un Belge, à un industriel sans .' entrailles et sans intelligence... »

Jugeant superflu de demander à ce Belge l'autorisation de pénétrer chez lui, M"^^ Colet s'introduisit dans le parc, où, au détour d'une allée, elle rencontra le propriétaire.

« Sans l'avoir jamais vu, je reconnus le nouveau maître du château ; ses traits

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