‹ La belle madame ColetChapitre 95 sur 120 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

A Milan, M™^ Colet avait remué ciel et terre pour lancer un journal, r Annexion, sur lequel elle fondait de grands espoirs de fortune. Au point de vue pécuniaire, la littérature, qui n'avait jamais brillamment marché, marchait de plus en plus mal depuis que grandissait l'indifférence des Parisiens à l'égard des vers de la Musc. Le journalisme, dans un pays nouvellement constitué, tout vibrant d'enthousiasme, serait peut-être d'un meilleur rendement. M""*^ Colet avait de fougueuses convictions humanitaires, féministes, et surtout anticléricales : avec cela, il n'est pas impossible de battre monnaie.

Un libraire parisien, que des affaires louches avaient forcé à quitter la France, vint lui proposer, un jour, cette entreprise. Il comptait sur M""® Colet pour trouver les fonds nécessaires, et plus encore, pour faire patronner le nouveau journal par des personnalités éminentes du monde de la politique et des lettres.

(( J'aime les talents hardis comme le vôtre, lui dit-il. 11 en faut de cette trempe aux événements qui vont surgir. Puis, en dehors de votre plume, vous avez une autre puissance. L'Italie vous fête de ville en ville, vous connaissez à Milan des gens très haut placés... )>

Bref M"^® Colet, très froide au premier abord, assure-t-elle, fmit par se laisser séduire, et aussitôt se mit en campagne. Manzoni fut un des premiers à essuyer le feu. Il écrivit à son gendre le marquis d'Azeglio :

Mon cher Massimo,

« Personne ne désirerait plus que moi ne jamais te donner d'embarras ; mais dis-moi toi-même comment, en un cas pareil, je m'en pouvais dispenser.

« M"'^ Louise Colet, qui part au commencement de la semaine prochaine, m'écrit ce qui suit :

« Je ne voudrais pas quitter Milan sans voir M. le Marquis d'Azeglio, et causer avec lui de ce journal français, r Annexion, pour lequel M. de Cavour m'a témoigné un véritable intérêt, et dont il doit avoir parlé à M. d'Azeglio. Est-ce trop préjuger de votre bonté parfaite que d'espérer pour moi l'intermédiaire du beau-père... auprès de son gendre glorieux ?

(( Que dois-je répondre ?

« Un bon baiser de ton très affectionné papa,

« Manzoni *. »

1. Gvecchi.Lellere inédite di Alcssa,ndro Manzoni, 2* édition, Milan, 1900, p. 115.

D'Azeglio, submergé de besogne, n'en fut pas moins charmant — les Italiens le sont toujours — mais peu productif. « Comme je ne veux pas vous donner de l'eau bénite de cour, dit-il à M'""^ Colet, jene vous promettrai point de m'occuper personnellement de votre journal. Hélas ! en fait d'affaires, j'ai bien assez de celles de mon gouvernement \ »

Mis à son tour au pied du mur, Cavour promit tout ce qu'on voulut comme approbation politique mais déclara tout net qu'il ne risquerait pasune lire dans l'affaire. Plusieurs banquiers, pressentis également, se récusèrent avec ensemble.

M""® Colet, qui s'était déjà fait adjuger par le libraire fondateur du journal 500 francs par mois pour sa collaboration de trois articles par semaine tirés de son livre sur l'Italie, plus une prime de 2.000 francs quand

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